Bienvenue sur le site de Pokaa.fr

Votre navigateur est obsolète.

Merci de le mettre à jour pour voir le site correctement

Mettre à jour

Recherche

Lance une recherche dans les articles ou vidéos parmi l’ensemble des publications de Pokaa.

Publicité

« Noyés dans une vague violente » : récit d’un jeudi difficile pour les lycées de Strasbourg

85 Lectures
Publicité

Ce jeudi 1er octobre, Strasbourg a été le théâtre d’une importante mobilisation lycéenne. Dans une dizaine d’établissements, aux quatre coins de la ville, les élèves se sont rassemblé(e)s pour dénoncer le manque de moyens de l’Éducation nationale, critiquer Parcoursup et condamner les violences subies par leurs camarades ces derniers jours. Une manifestation d’une ampleur inattendue qui a marqué la journée, et dans laquelle des casseurs se sont invités. On fait le point.

Nombreuses étaient les personnes qui savaient que plusieurs lycées strasbourgeois allaient être concernés par des mobilisations ce jeudi 1er octobre. Mais difficile d’imaginer une mobilisation d’une telle ampleur. Circulation des trams interrompue, forces de l’ordre et lycéen(ne)s blessé(e)s… Strasbourg a connu une journée de fortes manifestations, avec des rassemblements bon enfant à certains endroits, mais aussi d’importantes dégradations ailleurs.

Le mouvement, qui a pris de l’ampleur ce jeudi dans toute la France, s’est surtout construit autour de revendications liées à un manque de moyens dans l’Éducation nationale. Les problématiques avancées sont relatives aux bâtiments, à l’équipement, aux emplois du temps et aux personnels.

Publicité
lycée manifestation
© Martin Savail / Pokaa

À cela s’est ajoutée une accumulation de tensions liées à des « faits de violences » dans la réponse policière. Des faits relayés sur les réseaux sociaux, sur lesquels on a pu voir des lycéen(ne)s du reste de la France blessé(e)s suite à des mobilisations.

À Strasbourg, les blocus qui se sont tenus au lycée Fustel-de-Coulanges mardi et Kléber mercredi, ainsi que les affrontements qui les ont accompagnés, ont fini de faire monter la tension.

Une première au lycée Jean-Rostand

C’est la première fois qu’un tel blocage a lieu au lycée Jean-Rostand, qui semblait jusque-là épargné. Ce jeudi, dès le début de la matinée et de la mobilisation, le lycée déclenche le protocole PPMS (plan de particulier de mise en sûreté). Les élèves présent(e)s à l’intérieur de l’établissement sont confiné(e)s, aucune circulation dans les couloirs n’est autorisée.

Devant le portail, les élèves manifestant(e)s s’amassent. Les différentes boucles de mobilisation prévoient une convergence d’élèves de plusieurs établissements devant le Rostand. En début de matinée, plusieurs palettes sont enflammées devant le portail, à proximité directe du bâtiment abritant des logements de fonction du personnel. Il est rapidement éteint. Le reste de la matinée se passe sans heurts.

Auriane, élève en terminale, a participé à l’organisation du blocus. Elle insiste sur des règles claires qui auraient été fixées par le collectif « Rostand Militant » : « On a dit immédiatement pas de dégâts, pas de blessés ! »

La raison ? La veille, quelques élèves avaient tenté une action isolée en lançant des pétards et des feux d’artifice dans l’enceinte de l’établissement. Une initiative rapidement stoppée par le collectif : « On les a calmés direct : c’est inadmissible. Ce n’est pas du tout le message qu’on veut transmettre » souligne Auriane.

Dans la foule d’élèves rassemblé(e)s, les revendications fusent. Rebecca, 16 ans, dit être venue pour le manque général de moyens, mais aussi contre Parcoursup. Si elle dit être très touchée par la crainte de voir sa liberté d’expression bafouée par des charges policières, elle nuance : « Ce matin, il n’y a pas eu de problèmes avec la police. »

Blocus Rostand
© Martin Savail / Pokaa

Élève au lycée des Pontonniers, Gustave n’avait pas prévu de prendre part aux blocus, le voilà pourtant devant le lycée Jean-Rostand, mégaphone à la main. Chirurgical, il enchaîne les arguments, cite Emmanuel Macron, égrène des chiffres budgétaires et en tire accusations et revendications. Le discours est dense mais maitrisé. « On n’incite pas à brûler, moi je préfère prendre la parole. Encore faut-il que quelqu’un nous entende. »

Revendiquant de faire partie d’aucun groupe ou collectif politique, Gustave sait qu’il n’est pas des plus à plaindre : son établissement est en bon état. Pour lui, le mouvement est global et nécessite une solidarité de chaque lycéen(ne), en réponse aux violences qui ont touché des élèves partout en France, relayées sur les réseaux sociaux.

C’est notre devoir de prendre part à cette lutte. On salue les personnels d’éducation qui se joignent à nos revendications. Tout le monde est concerné.
Gustave, 16 ans, élève au lycée des Pontonniers
rostand
© Martin Savail / Pokaa

Si Auriane regrette « un jeune policier violent » en début de matinée, elle dresse aussi un bilan très positif de cette grande première au lycée Jean-Rostand. Les quelques élèves monté(e)s sur des voitures n’y sont pas resté(e)s bien longtemps grâce aux réprimandes de leurs camarades. À plusieurs reprises, un début de feu est déclenché, au milieu de la chaussée. Des élèves l’éteignent spontanément sous les applaudissements.

Dans la foule, on croise deux professeures. La première explique sa présence au milieu de ses élèves : « Je pense qu’ils ont raison de se révolter, d’essayer de se faire entendre, parce que ça a déjà pu fonctionner par le passé. » Elle pointe un manque de moyens financiers qu’elle dit subir régulièrement depuis sa prise de poste, trois ans plus tôt.

La seconde développe : « Leurs revendications sont très diverses. Elles sont justes et traduisent le manque de perspectives de la jeunesse ainsi que ses mauvaises conditions de scolarité. »

Du côté des personnels du lycée, on observe attentivement, de loin, avec une préoccupation exprimée pour la sécurité des élèves.

La violence qu’ils se prennent depuis plusieurs années lors des mobilisations, ça touche tout le monde. Je les soutiens.
Une professeure interrogée devant le lycée Jean-Rostand

Une situation tendue voire très tendue ailleurs

Les mobilisations étudiantes n’ont pas épargné les autres établissements. Au lycée des Pontonniers, la mobilisation relativement calme dans un premier temps a été perturbée par l’arrivée de plusieurs casseurs. Une présence dont se sont immédiatement désolidarisé(e)s les élèves de l’établissement, à coup de slogans « pas de feu, on est civilisés ».

Pontonniers manif
© Jules Scheuer / Pokaa

Les lycéen(ne)s ont également mis en garde leurs camarades. « Faites attention si vous vous interposez devant les casseurs, ils peuvent s’en prendre à vous. » Dans ce climat de tension, la député écologiste Sandra Regol est venue apporter son soutien au mouvement, après un passage devant le lycée Kléber.

« On fait face à des jeunes qui demandent juste à pouvoir étudier. Ça dit beaucoup du délitement de ce qu’ils peuvent espérer dans l’avenir. On devrait toutes et tous être là pour les soutenir », clame la députée de la 1re circonscription du Bas-Rhin.

Du côté de l’Esplanade, le lycée Marie-Curie a été le théâtre de tensions accrues et de confrontations avec les forces de l’ordre. La rue de Leicester, qui mène à l’établissement, a été plongée sous des nuages réguliers des gaz lacrymogènes pendant une bonne partie de la matinée.

Un professeur, croisé devant la grille du lycée fait part de sa surprise, face « à l’ampleur que ça prend », après une journée sans heurt et « tout à fait normale » ce mercredi. Le programme de la journée a rapidement été modifié pour faire face à la situation.

« Pour nous, les conditions de travail se dégradent aussi »

« On nous a demandé de partir, les cours ont été suspendus. Le portail a été endommagé, donc il s’agit de mesures de sécurité pour les élèves », explique encore le corps professoral. Pour autant, au coeur de cette atmosphère, l’enseignant « ne se sent pas en danger, nos lycéens ne sont pas menaçants. Ça chambre, ça braille, mais ce ne sont pas des casseurs ».

Il se joint par ailleurs aux constats faits par ses élèves ce jeudi. « Les classes sont chargées, on fait au mieux pour que ça se passe bien pour tout le monde, mais la réalité est là. Pour nous, les conditions de travail se dégradent aussi. » À l’issue des affrontements avec les forces de l’ordre ce jeudi, deux élèves de l’établissement ont été interpellés.

À la Meinau, le lycée Couffignal a cristallisé les troubles dès le début de la matinée. Dès 8h, un panache de fumée sombre est visible à bonne distance. Plusieurs feux sont allumés à base de poubelles et de matelas, les vitres des arrêts de tram sont détruites, des câbles sont endommagés.

L’établissement est tristement connu pour l’état de vétusté de ses bâtiments. Plusieurs actions de la communauté éducative avaient d’ailleurs déjà fait état de nombreux problèmes techniques ainsi que d’un manque de moyens humains. 

Sur place en début de matinée, plusieurs groupes se démarquent. On voit des élèves qui scandent des slogans tandis que d’autres allument des feux. La majorité des élèves se contentent d’assister à la scène. Certain(e)s sont amusé(e)s, d’autres désabusé(e)s. Plusieurs lycéen(ne)s pointent la présence d’élèves d’autres établissements, comme le lycée Gutenberg.

Du côté des Poteries, le lycée Marcel-Rudloff a également subi des dégradations. Contactée, Carole Wenner, CPE dans l’établissement et adjointe à la maire de Strasbourg, raconte une situation qui a rapidement dégénéré. La grille, installée devant l’établissement depuis un an et demi, a été mise à terre, plusieurs départs de feu ont été enregistrés et la baie vitrée du bâtiment endommagée. 

Face à cela, elle relate une incertitude éprouvée par les personnels vis-à-vis de la sécurité des élèves entré(e)s avant le début de la mobilisation. Après un confinement décrété dans un premier temps par la direction, la décision est prise d’évacuer élèves et personnels par l’arrière de l’établissement.

Vous réclamez de la clim. Comment voulez-vous que la Région la paie alors qu'elle doit maintenant repayer ce portail qui a coûté une blinde ?
Carole Wenner, CPE au lycée Marcel Rudloff, adjointe à la maire de Strasbourg
IMG_2855
Au lycée Marcel-Rudloff. © Anthony Jilli / Pokaa

L’élue et CPE assure comprendre les revendications pour vivre elle-même les désagréments dont il est question. Elle déplore cependant que « ceux qui avaient une démarche légitime se sont retrouvés noyés dans une vague violente et insupportable ». 

Au terme de cette journée, elle se dit surtout triste que ces revendications n’aient pas pu être exprimées dans le calme : « Ce n’est pas une manifestation ou un blocus qui a dégénéré, c’était tout de suite de la violence. »

Dénouement du jour et réactions

À la mi-journée, la plupart des blocus dans les différents établissements étaient terminés.

Différents cortèges lycéens ont brièvement convergé vers le campus de l’Esplanade, appuyés par des étudiant(e)s, dont plusieurs organisations comme la FSE ou AES affichent un soutien aux mouvements lycéens. Contactée en fin d’après-midi, l’AFGES confirme également son appui aux revendications portées par les lycéen(ne)s mobilisé(e)s aujourd’hui.  

Le Patio, bâtiment du campus de l’Esplanade, a également été bloqué un temps pendant la matinée.

Campus Esplanade 4
© Samuel Compion / Pokaa

La journée s’est finalement conclue par un rassemblement de lycéen(ne)s issu(e)s de plusieurs établissements au lycée Kléber. Plusieurs lycéen(ne)s ont confirmé l’importance du lieu comme marqueur de leur protestation face aux interpellations et aux violences ayant eu lieu lors de la mobilisation de mercredi.

Ce dernier rassemblement, émaillé par plusieurs dégradations, a finalement été dispersé vers le milieu de l’après-midi, sous un nuage de gaz lacrymogènes.

Lycée Marie-Curie
© Jules Scheuer / Pokaa

La journée a marqué une mobilisation lycéenne d’une ampleur inédite depuis plus de 20 ans, lors des précédentes protestations contre le CPF. Elle a réuni des lycéen(ne)s de tous horizons et de différentes classes sociales, venu(e)s faire entendre leurs préoccupations face à un système éducatif en manque de moyens.

Si l’on a pu constater une véritable démarche d’organisation militante, la présence de casseurs/ses a aussi fortement marqué la journée, au grand dam de la majorité des lycéen(ne)s interrogé(e)s.

Sur ce sujet, la préfecture a aussi pris la parole : « Le préfet du Bas-Rhin condamne avec la plus grande fermeté les violences commises contre les personnes et les biens dans plusieurs lycées. » Ainsi, elle précise que « le préfet appelle l’ensemble des manifestants à se dissocier des casseurs, à refuser de prêter leur concours aux auteurs de destructions et de violences, qui devront répondre de leurs actes devant la justice. Les nombreux casseurs présents à Strasbourg ce matin n’ont rien à voir avec les revendications du mouvement lycéen, ni ne sont scolarisés pour beaucoup d’entre eux dans les établissements concernés. »

Capture d’écran 2026-10-01 à 12.55.48
Communiqué de Catherine Trautmann. © Capture d'écran

Plusieurs établissements concernés resteront fermés demain. La préfecture a annoncé l’interdiction, pour la journée de vendredi, du transport et de la détention d’artifices de divertissement et de carburant en bidon ou récipients divers.

De son côté, le rectorat, condamnant les débordements, a annoncé vouloir maintenir le dialogue avec les lycéen(ne)s. Le gouvernement ouvrira, lundi, une « plateforme de concertation » pour recueillir les revendications et annonce un « temps de restitution » à l’issue de cette consultation, ainsi que « des réponses structurées ».

En parallèle, le garde des Sceaux a appelé les magistrats du parquet à faire preuve de fermeté dans la réponse pénale apportée aux événements du jour. Selon les DNA, sur l’Eurométropole de Strasbourg et depuis mercredi, 36 jeunes dont sept majeurs ont été interpellé(e)s, dont 18 ce jeudi. Plusieurs policiers/ères et lycéen(ne)s seraient également blessé(e)s. Plus d’informations à venir. 

Ça pourrait vous intéresser

+ d'articles "Info locale"

À la une

« Noyés dans une vague violente » : récit d’un jeudi difficile pour les lycées de Strasbourg

Aucun commentaire pour l'instant!

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Répondre

En réponse à :

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Illustrations prolonger la lecture

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

Tous les articles “Info locale”
Contactez-nous

Contactez-nous

C’est par ici !