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On a rencontré « les Footeureuxses », une équipe de football strasbourgeoise et queer

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Entre la fin de la Coupe du Monde et la Coupe d’Afrique des nations féminine qui a débuté le 26 juillet, le football rythme notre été. Pour continuer sur cette belle lancée, on vous emmène à la rencontre des Footeureuxses, une section de football strasbourgeoise, queer, militante et non compétitive qui bouscule les règles du jeu pour rendre le foot plus inclusif et plus engagé.

« Football Unites the World » (ou, en français : le football unit le monde). C’est en tout cas le message prôné par la FIFA (Fédération internationale de football association), instance qui dirige aujourd’hui l’ensemble des grandes compétitions dans le monde du football. Mais le sport unit-il réellement tout le monde ? Les stades sont-ils des espaces sûrs pour toutes et tous ?

Chants et banderoles homophobes dans les tribunes lors d’un match PSG-OM au Parc des Princes, campagne de harcèlement et agression visant l’arbitre Pascal Kaiser après sa demande en mariage à son conjoint sur un terrain… Les exemples ne manquent pas pour affirmer que des tribunes aux vestiaires, les violences et les discriminations à l’encontre des personnes LGBTQIA+ persistent, voire s’intensifient.

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Footeureuxses
© Julie Vezard / Pokaa

Dans ce contexte préoccupant, de nombreuses associations sportives LGBTQIA+ alertent sur les reculs symboliques qui traversent le monde du sport et sur le manque de sensibilisation qui continue de caractériser ce milieu. En mars 2026, la LFP (Ligue de Football Professionnel) a par exemple annoncé que le « Rainbow Flag » n’allait plus figurer sur les maillots de Ligue 1 et 2 lors de la Journée internationale de sensibilisation contre les LGBTQIA+phobies du 17 mai.

Pour expliquer ce choix, l’organisme a notamment travaillé sur un nouveau dispositif qui regroupe la lutte contre plusieurs formes de discrimination au sein d’une même campagne. Cette décision intervient pourtant dans un contexte déjà tendu : depuis plusieurs saisons, de nombreux joueurs/ses refusent de porter le symbole arc-en-ciel. 

En parallèle, selon la chercheuse en sociologie et études de genre Alison Hernandez-Joset, les clubs féministes et queers qui choisissent de pratiquer le foot en « mixité choisie queer » [sans hommes cisgenres hétérosexuels, ndlr] gagnent en popularité depuis une dizaine d’années en France. Face aux violences persistantes dans les milieux traditionnels, ces espaces autonomes en mixité choisie apparaissent comme des lieux d’expression qui privilégient l’émancipation. Actif à Strasbourg depuis 2021, le collectif des Footeureuxses s’inscrit pleinement dans cette dynamique.

Penser collectif

Pour découvrir les Footeureuxses, les membres nous donnent rendez-vous un mercredi à 18h. En cette fin de journée estivale, la chaleur devient peu à peu supportable. Habituellement, les séances du mercredi ont plutôt lieu en intérieur, mais les fortes chaleurs et les vacances scolaires ont contraint le collectif à fouler la pelouse d’un stade municipal jauni par le soleil.

Les participant(e)s arrivent progressivement, chacun(e) à son rythme. Léo, une joueuse du groupe, laisse glisser son sac de son épaule et annonce : « Il y a du houmous et des radis pour celleux qui veulent », un rituel devenu incontournable pour débuter l’entraînement et renforcer la convivialité du moment. 

Footeureuxses
© Julie Vezard / Pokaa

Après quelques échauffements, les joueurs/ses se rassemblent pour décider ensemble du déroulement de la séance du jour. L’association fonctionne en autogestion : les décisions sont prises collectivement, chacun(e) est libre de s’impliquer selon ses envies, personne ne décide pour le groupe.

Ce jour-là, les exercices sont délaissés au profit d’un match. Deux équipes se forment, les maillots rouges et bleus d’un côté, les noirs et blancs de l’autre (puisque le collectif ne joue pas sur son terrain habituel, il faut composer avec les moyens du bord et un peu d’imagination). Chaque équipe se réunit et discute : qui a envie de jouer ? À quel poste ? Ici, les rôles ne sont pas définis et figés. On prend le temps de s’exprimer, d’écouter les besoins des autres et de s’y adapter. 

Une autre manière de jouer au foot : la non compétitivité

Si l’expression peut sembler contre-intuitive (tant notre imaginaire du foot est encadré par des règles strictes), les Footeureuxses revendiquent une pratique non compétitive du sport. L’idée est plutôt simple : s’éloigner du traditionnel système de performance et de concurrence. Ici, on ne joue pas pour gagner et on ne compte pas les buts. Tout le monde vient pour apprendre, progresser et partager un bon moment

Aucun niveau n’est requis pour intégrer l’équipe. Certain(e)s débutent tandis que d’autres ont déjà pratiqué le foot en club. « Généralement, je n’aime pas le sport collectif parce que je me dis toujours que je vais être nulle. Ici, je n’ai jamais ce sentiment-là, donc c’est cool », explique Jeanne. « C’est ce qui a amené pas mal de gens à faire du foot ici. Tu t’en fous si tu rates, tu essayes de passer la balle et de faire des trucs, et en fait, tu joues quand même bien. »

Repenser la pratique du foot implique aussi de revoir quelques habitudes et modes de fonctionnement. Lorsque Luna* a rejoint le collectif, de nombreuses réflexions étaient déjà engagées, tant sur la manière de jouer que sur l’organisation de la « structure ». Parmi les principaux « chantiers » figure la prise en compte et en charge des Discriminations, violences et harcèlements sexistes et sexuels (DVHSS), et plus généralement de toute forme de violence.

« Même si on est un collectif queer, féministe et militant, ça n’exclut pas la possibilité que des violences existent. C’est important de pouvoir les anticiper et les prendre en charge. Si c’est juste un tabou et que ce n’est pas discuté, ça induit que ça va se répéter », explique Luna*. Chez les Footeureuxses, une charte est remise à chaque adhérent(e) qui s’engage à la signer. Une « safe team » veille au bien-être collectif et reste à l’écoute pour pouvoir accueillir la parole de celles et ceux qui en auraient besoin.

Footeureuxses
© Julie Vezard / Pokaa

Ce dispositif s’accompagne de temps de sensibilisation qui prennent la forme d’ateliers d’une demi-journée composés de moments théoriques et pratiques (rappel de définitions, études de cas…). « Ce qui est intéressant, c’est que ça permet aussi de produire des moments de partage. Je crois fondamentalement que si tout le monde s’inclut et participe à la discussion, on se sent responsable. C’est par là que ça passe », raconte Luna*.

Les outils se construisent petit à petit, évoluent selon les discussions et les besoins. Léo résume parfaitement ceci en une phrase : « On n’a pas tout à fait fini de tout déconstruire. »

Militer par et pour le foot

Avant le début de l’entraînement, les joueurs/ses évoquent le match de la veille qui a opposé l’équipe de France et celle de l’Espagne. Malgré leur passion commune pour le foot, peu semblent avoir envie de suivre cette Coupe du Monde. 

Effectivement, avant même le coup d’envoi de la compétition, de nombreuses voix s’élevaient, dans les médias comme sur les réseaux sociaux, pour alerter sur le choix des hôtes de cette édition. Les critiques visaient notamment le contexte social et politique des États-Unis depuis la réélection de Donald Trump et les inquiétudes concernaient en particulier le respect des droits humains dans le pays (attaques répétées sur les droits des personnes LGBTQIA+, montée des discours racistes et des politiques anti-immigration…). En bref, des informations qui donnent un goût amer à une compétition pourtant censée unir. 

Footeureuxses
© Julie Vezard / Pokaa

En parallèle de ses activités sportives, les Footeureuxses organisent aussi des actions militantes et des collectes de fonds en lien avec les thématiques LGBTQIA+, les luttes féministes, anticapitalistes et antiracistes, et collaborent régulièrement avec d’autres associations strasbourgeoises (comme le Bloc TPG).

Lors de la précédente Coupe du Monde, organisée au Qatar en 2022, le collectif avait mené sa première action devant le Palais de Justice de Strasbourg pour dénoncer les conditions de production de cette édition, et notamment les violations de nombreux droits humains. 

« À chaque entraînement, on fait un point sur les actions militantes, les soirées, les choses à venir. Il y a des gens qui ne viennent que pour le foot, d’autres qui ne viennent que pour les actions militantes, d’autres qui sont là pour les temps festifs », raconte Jeanne.

Pour suivre leurs aventures, vous pouvez cliquer ici ou là, et allez les Footeureuxses !

*Le prénom a été modifié
Rédactrice : Julie Vezard

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