Cet été encore, l’espace médiatique a reflété le combat des plus de 250 000 sapeurs-pompiers de l’Hexagone. Au terme d’une période estivale marquée par les feux de forêts aux quatre coins de la France, des vocations sont même nées.
Rien que dans le Bas-Rhin, « on a enregistré une hausse de près de 47% de demandes d’engagement supplémentaires au mois de juillet et de 50% au mois d’août », relate le lieutenant-colonel Olivier Martin, chef du groupement volontariat et citoyenneté du SDIS du Bas-Rhin.
À titre d’exemple, 150 sapeurs-pompiers professionnel(le)s et volontaires du département ont prêté main-forte dans les autres régions de France, pour lutter contre les feux de forêts. Une petite partie était engagée avec le commandant Claude Boehm, chef de colonne en feu de forêt sur le terrain. Du 17 au 24 juillet dernier, il est intervenu sur les incendies de Taradeau et Pont-l’Évêque dans le Var.
Pendant cette semaine, « on a été engagé en préventif. Au vu des conditions météorologiques et de la sécheresse des végétaux, le département du Var était classé en risque très sévère. On est arrivés le vendredi dans la soirée et on a commencé les engagements dès le samedi », raconte le sapeur-pompier.
Deux colonnes mobilisables dans le Grand Est
Depuis plusieurs années, les régions françaises moins sujettes aux feux de forêts constituent des colonnes, composées de 72 pompiers et d’une quinzaine de véhicules, prêtes à intervenir. Durant toute la saison des feux de forêts, du 15 juin au 15 septembre, deux colonnes sont ainsi mobilisables dans le Grand Est.
Dès son deuxième jour sur le terrain avec les sapeurs-pompiers, le commandant Claude Boehm est rapidement passé à l’action sur le feu de Taradeau. « C’est un feu qui a avancé très vite et qui est arrivé très rapidement sur la commune voisine de Les Arcs. Plusieurs dizaines d’habitations ont été directement menacées par les flammes. On a été parmi les premiers à arriver. »
« Si je dois retenir une image, ce sont les gens qui n’avaient pas pu évacuer et qui essayaient de défendre leur bien, coûte que coûte. Certains se sont fait encercler par les flammes. Ça allait tellement vite qu’on a été obligés d’aller les chercher pour les dégager et les mettre à l’abri », se remémore-t-il.
Cette mobilisation s’est étendue sur sept jours et elle a laissé des organismes usés. « C’est bien simple, on n’a pas arrêté toute la semaine. On a pu dormir deux heures par-ci, deux heures par-là. On en sort extrêmement fatigué. On a quand même une part de déception, on aurait bien aimé rester sur le terrain, parce que les feux continuaient. On a été désengagés alors que le feu de Pont-l’Évêque était toujours en cours », explique le commandant.
Pendant la canicule, le secours à personne a explosé. On a doublé le nombre d'interventions journalières.
Lors de ces interventions, la fatigue peut rapidement devenir l’ennemi numéro un, notamment avec des équipements pouvant peser jusqu’à 30 kilos. « On peut aller jusqu’au malaise. Il suffit qu’on ait loupé une étape d’hydratation pendant qu’on défend la population ou des biens. »
« Il vaut mieux faire ce turnover pour ne pas aller à la blessure, voire au drame. Quand je pars en colonne avec 70 gars, l’idée c’est de revenir avec les 70 et qu’on ait pas de blessé. »
Selon le commandant Claude Boehm, la période estivale écoulée a été particulièrement singulière. « La difficulté, c’était de tenir dans le temps. Beaucoup de feux ont duré longtemps, ont été très techniques. Des fois, le vent se relevait et changeait la situation, l’arrière du feu devenait l’avant. Il a fallu faire face sans cesse. C’est le taux de rotation du personnel qu’il a fallu gérer cette année. »
« C’est aussi un été particulier parce qu’on a eu des feux en simultané. Les moyens nationaux de sécurité civile ont dû être disséminés partout sur le territoire, ce qui fait qu’on avait moins de moyens aériens massifs disponibles sur un gros feu, vu qu’il y en avait partout. On a l’impression que tous les étés battent de nouveaux records », commente-t-il, désabusé.
Alors que les températures baissent enfin dans une partie de l’Hexagone, la saison des feux de forêts n’est pas encore refermée, et un long travail de sape attend encore la profession. « On a un très long travail de noyage à la lisière de ce qui n’a pas brûlé. On doit aussi faire du grattage de souche, de l’abattage d’arbres qui menacent de tomber, et on va lutter contre les fumerons. Ça peut durer plusieurs jours, voire plusieurs semaines. »
« On n'a pas besoin d'un athlète de haut niveau »
Pour le sapeur-pompier, cette année a été « exceptionnelle à deux titres. La première c’est le nombre de pompiers engagés sur plusieurs feux simultanés sur toutes les régions de France. La deuxième, c’est qu’on avait ici aussi un état de sécheresse avancée avec une hygrométrie relativement basse ».
Car en parallèle du déploiement de ces 150 sapeurs-pompiers dans le reste de la France, il a fallu faire face à d’importants besoins dans le département. « Pendant la canicule, le secours à personne a explosé. On a doublé le nombre d’interventions journalières. Ça a été compliqué de garder de la ressource et en même temps de valider le fait qu’on parte donner un coup de main sur le territoire national. Mais il fallait qu’on se serre les coudes », explique Claude Boehm.
« Tous les ans, les interventions augmentent. Donc il faut de la main-d’oeuvre, il faut de la ressource », conclut-il. Alors que 78% des sapeurs-pompiers sont volontaires en France selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, l’explosion des demandes d’engagement dans la profession cet été est forcément bienvenue. Des demandes qui pourraient aboutir dès 2027. « Dans les six à neuf mois après le dépôt d’une candidature, on peut avoir un sapeur-pompier volontaire opérationnel dans nos camions », rappelle le lieutenant-colonel Olivier Martin.
Le chef du groupement volontariat et citoyenneté du SDIS du Bas-Rhin a également tenu à tempérer l’imaginaire collectif. « On n’a pas besoin d’un athlète de haut niveau. On cherche des gens engagés, avec un minimum de condition physique pour mener à bien les missions en sécurité. »



