Installée depuis 2017, l’arche du Christkindelsmärik de la place Broglie va connaître quelques changements lors du prochain marché de Noël. À la place : une nouvelle arcade qui devra « inciter à prendre une photo », pour un coût estimé à 140 000 €. Une décision qui fait débat, mais que la municipalité justifie par l’ancienneté de l’arche, qui connaît de fréquentes réparations depuis plusieurs années.
L’arche d’un des plus vieux marchés de Noël du monde va subir un gros coup de lifting cette année. Installée sur la Place Broglie, elle n’avait pas changé depuis 2017, et nécessitait régulièrement des réparations.
La nouvelle municipalité, la jugeant vieillissante, a publié en avril dernier un marché public pour la transformer. Une façon de lui donner une deuxième jeunesse, alors que l’arche est l’un des monuments les plus photographiés de Strasbourg durant la période du Marché de Noël. Une annonce qui a pourtant fait débat avant même que l’on sache à quoi ressemblerait cette nouvelle décoration.
Une nouvelle arche pour répondre aux codes d’Instagram
Selon les critères du marché public consulté par les DNA, l’arche nouvelle génération devrait mesurer entre 5 et 7 mètres de haut pour 8 à 10 mètres de large et devrait être illuminée de 16h à minuit. Surtout, le marché public attend de cette décoration géante qu’elle puisse « proposer aux visiteurs une vue esthétique les incitant à prendre une photographie permettant la mise en valeur du nom Christkindelsmärik ». En des termes plus simples : faire une arche « instagrammable », qui puisse ensuite inonder les réseaux et créer de la viralité.
Niveau design, des éléments de décor en bois ou autres matières naturelles seront favorisés, tout comme une mise en lumière créative et authentique. Surtout, l’arche devra être éco-responsable, avec des illuminations en LED et l’usage de matériaux recyclés. Si la nouvelle arche devrait apparaître avant la fin de l’année, elle resterait en place jusqu’au début de l’année 2030. Le tout, pour un budget de 140 000 €, dont 80 000€ pour la construction, montage, démontage et maintenance, puis 20 000 € chaque année pour les trois années suivantes.
La polémique du prix… et du contexte politique
C’est sur ce dernier point que la polémique est née, suite à un article des DNA datant du 11 juillet. 140 000 € n’est pas une énorme somme dans le budget d’une collectivité comme Strasbourg, mais c’est davantage le contexte politique qui est en cause. Depuis son retour aux manettes, la municipalité de Catherine Trautmann a mis en pause (voire annulé) de nombreux projets portés par les écologistes comme la Plaine festive, le Ring Vélo, la Maison urbaine de Santé dans le quartier Gare, la place d’Ostwald à la Montagne Verte ou le Festival des possibles.
Au-dessus de tous ces projets, mais aussi de tous ceux qui viendront dans les années à venir, plane l’ombre de l’audit financier demandé par Catherine Trautmann. Censé examiner les finances de la Ville, il dictera à partir de septembre la conduite de la municipalité dans la réalisation des projets à venir. Aujourd’hui, il sert à renvoyer à plus tard les éventuelles critiques concernant l’absence de propositions de la nouvelle municipalité. Un élément de contexte important.
Écologistes vs municipalité
Car pour les Écologistes, voir leurs projets retoqués, entendre leurs rivaux parler de sérieux financier et de situation difficile, et dans le même temps dépenser de l’argent pour une arche « instagrammable », c’était trop. Dans le traditionnel jeu opposition/majorité qui rythme la politique strasbourgeoise, l’ancienne élue Sophie Dupressoir s’est insurgée contre la décision le 12 juillet, tout comme l’ancien élu Alain Jund le lendemain. La bataille des réseaux sociaux fait le reste.
Mathieu Cahn, premier adjoint actuel, a répondu sous les différents posts de ses adversaires politiques : « Je n’ai fait que suivre l’orientation donnée par mon prédécesseur et le budget voté par la précédente municipalité qui a lancé ce projet. » En résumé, le projet était déjà décidé, et voyant l’arche fortement abîmée, la municipalité a cette fois choisi de poursuivre cette initiative. Il explique également que le prix est étalé sur plusieurs années, et qu’il bénéficiera à l’attractivité du marché de Noël.
Une explication qui n’a pas convaincu Floriane Varieras, actuelle élue d’opposition, répondant sur les réseaux : « La vérité est que le service qui s’occupe du marché de Noël voulait lancer cet appel d’offre depuis 2 ans, et que nous l’avons stoppé depuis 2 ans. » Cette nouvelle arche va donc arriver dans un contexte de polémiques, qui n’auront pas disparu d’un coup de baguette magique à Strasbourg avec le changement de municipalité. On se donne rendez-vous à Noël.


