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Plus de 300 toutous éduqués : immersion dans l’unique école de chiens guides d’Alsace !

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Avec leurs harnais aux couleurs vives, les chiens guides sont les fidèles compagnons de personnes non ou malvoyantes dans tous leurs déplacements du quotidien. Mais être chien guide, ça ne s’improvise pas : on a poussé pour vous les portes de l’unique école alsacienne située à Cernay, dans le Haut-Rhin, à 1h20 de Strasbourg. Attention, cet article comporte des images très mignonnes !

Aucune marche à monter pour entrer dans le Centre de chiens guides de Cernay, complexe moderne achevé en 2021 : tout a été pensé pour favoriser l’accessibilité. À l’intérieur, on retrouve Lola Blangenwitsch, l’une des huit éducatrices de chiens guides de l’école.

Un métier de rêve, à en croire l’étincelle dans son regard quand elle parle des chiens qu’elle a éduqués. Nils, Oslo, Pumba, Rio, Texas : en sept ans, elle a formé une quinzaine de chiens et en a actuellement trois sous sa responsabilité, sur la trentaine de chiots et de chiens formés simultanément au centre.

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chiens guides Cernay
© Astrid Jurquet / Pokaa

Pour la jeune femme, qui a grandi en étant famille d’accueil pour handi-chiens, devenir éducatrice de chiens guides était une évidence depuis toute petite. Un peu comme ses protégés, « prédestinés à devenir chiens guides ». Les chiens formés naissent en effet tous dans l’un des trois élevages spécialisés de France.

Guide, un métier qui a... du chien !

Dès leur plus jeune âge, les chiots sont conditionnés et formés pour la mission qui les attend. Ils arrivent à l’école à l’âge de deux mois environ. Les promos se mélangent, entre les petits nouveaux et les plus grands, bientôt prêts à rejoindre leur futur(e) maître ou maîtresse.

Sur les photos de classe, on retrouve surtout des labradors et des golden retrievers, ou des croisés entre les deux. « Ce sont des chiens très intelligents et adaptables, c’est facile pour eux de changer d’environnement », précise Lola.

Mais on croise aussi des bergers allemands, « historiquement les premiers chiens guides », et des caniches et labradoodles, qui présentent l’avantage d’être « plus légers et hypoallergéniques car ils ne perdent pas leurs poils ».

chiens guides Cernay
© Astrid Jurquet / Pokaa

Premiers cours, examens et rattrapage

À leur arrivée à l’école, les chiots vivent d’abord entre un an et un an et demi dans des familles d’accueil bénévoles, chargées de leur apprendre la socialisation et les ordres basiques : assis, couché, marcher au pied, etc.

En parallèle, les chiots ont différents rendez-vous hebdomadaires et mensuels à l’école. Les plus jeunes réalisent par exemple des séances collectives de proprioception, pour s’habituer à éviter les obstacles. Les plus grands sont quant à eux emmenés en centre-ville pour repérer leurs futurs lieux de travail, notamment les transports en commun : tram, bus, escalators…

Pour les familiariser à leur future mission, les élèves chiens guides sont autorisés dans tous les lieux publics – du moins en théorie. « L’accessibilité n’est pas toujours garantie », regrette Lola.

tram
© Anthony Jilli / Pokaa

Une fois toutes ces bases acquises, les chiens restent 10 mois à l’école, pour suivre une formation spécifique à leur métier. Se déplacer entre les poubelles, voitures et autres obstacles qu’on peut trouver dans la rue ou « chercher les lignes » (les passages piétons).

Les chiens apprennent à devenir les yeux de leur futur maître(sse) dans tous les déplacements. Pour faciliter la transmission d’informations entre chien et maître(sse), les chiens doivent aussi s’habituer à marcher avec un harnais et un étrier. On a fait le test avec U2, un adorable labrador noir en fin de formation : grâce au harnais, la personne qui le tient ressent tous les mouvements du chien et peut le suivre plus facilement. Enfin, les chiens sont également entraînés à rechercher une porte, une boîte aux lettres ou encore une place assise.

chiens guides Cernay
© Astrid Jurquet / Pokaa

Au bout de 10 mois à l’école, les futurs chiens guides passent leur diplôme : le CAG, certificat d’aptitude au guidage. Pour être certifiés guides, ils doivent valider trois épreuves : guidage en ville sur un trajet inconnu, guidage en campagne pour serrer le bas-côté, et obéissance. Et s’il rate l’examen ? Pas grave, « comme pour le bac, il y a des rattrapages ».

« On refait un test sur les points précis qui ont péché, par exemple s’il a trop frôlé les obstacles ou était trop de biais sur les lignes. » Si le chien réussit l’examen, il part débuter sa carrière en famille d’accueil, à laquelle il est remis gratuitement. Les 25 000 € de formation sont assurés par l’école, qui dépend de dons et legs.

Les secrets d’une éducation réussie : jeux, câlins et friandises

Lola nous propose une petite démonstration avec Uxie, labrador retriever d’un an et demi. Au programme : une séance de « cliqueur », petit objet qui ressemble à un compteur à main et qui fait « clic » à chaque fois que l’éducatrice appuie dessus. « C’est un marqueur de comportement pour valider les actions du chien », explique la jeune femme.

Elle demande à Uxie de trouver « le siège » : la chienne doit poser sa tête sur une place assise libre et rester suffisamment longtemps pour que la personne non ou malvoyante puisse suivre sa tête de la main et ainsi trouver elle-même l’assise. « Pas mal, mais elle est un peu trop pressée, commente Lola. L’exercice n’est pas encore totalement acquis. »

La méthode du cliqueur permet d’accélérer le processus d’apprentissage, à moins que ce ne soient les récompenses généreusement distribuées : câlins, temps de jeu et friandises. Le centre de Cernay mise sur une éducation résolument positive, avec une augmentation progressive de la difficulté et du temps de travail des chiens.

« This is a match ! »

Le choix du duo maître(sse) / chien n’est pas laissé au hasard : dès qu’un chien atteint l’âge de six mois, l’école épluche les profils à la recherche du match idéal. Parmi les critères à prendre en compte : le caractère et l’allure de marche.

Les futur(e)s maître(sse)s doivent également remplir des prérequis pour obtenir un chien : être en situation d’invalidité, mais avec un niveau d’autonomie suffisant pour pouvoir se déplacer à l’extérieur en sécurité avec le chien. Et, bien évidemment : porter un intérêt à l’animal. 

chiens guides Cernay
© Astrid Jurquet / Pokaa

Une institutrice de locomotion est chargée de prendre en charge les personnes déficientes visuelles pour évaluer leur degré d’autonomie et les préparer à l’arrivée de leur futur compagnon à quatre pattes. Plusieurs essais sont effectués avant de prendre une décision d’appariement, à la fois à l’école et au domicile de la personne.

Selon Marion Meyer, directrice du centre, une trentaine de dossiers sont actuellement en cours d’instruction. Les délais d’attente sont variables : entre quelques mois et deux ans si beaucoup de travail de préparation est nécessaire.

chiens guides Cernay
© Astrid Jurquet / Pokaa

La retraite à 10 ans, 300 chiens en 30 ans

Si le match est confirmé, la remise du chien s’échelonne sur deux semaines. D’abord une semaine à l’école, où le nouveau duo apprend à travailler ensemble dans un environnement connu du chien. Puis une semaine au domicile de la personne en compagnie de l’éducateur ou de l’éducatrice, pour repérer tous les trajets indispensables : travail, pharmacie, boulangerie…

Une fois le chien remis, l’école en reste propriétaire : « On suit le chien tout au long de sa vie », insiste Lola. Des visites de suivi sont organisées au moins annuellement pendant toute la carrière. En général, les chiens guides sont remis vers l’âge de deux ans et travaillent environ huit ans.

chiens guides Cernay
© Astrid Jurquet / Pokaa

À 10 ans, ils « rendent le harnais » : il est temps pour eux de prendre un repos bien mérité comme chiens de compagnie. Les personnes non ou malvoyantes ne sont pas toujours en capacité de garder leur ex-guide, surtout si elles sollicitent l’école pour bénéficier des services d’un nouveau chien. Les jeunes retraités rejoignent alors l’entourage de la personne, ou une « famille de retraite » bénévole.

chiens guides Cernay
© Astrid Jurquet / Pokaa

Marion Meyer, la directrice du centre, tire un bilan positif de son activité : en 30 ans, le Centre de chiens guides de Cernay a remis plus de 300 chiens guides. Il se donne pour objectif de remettre 10 chiens par an, et espère même dépasser cet objectif cette année.

L’école de Woippy, avec laquelle le centre de Cernay a fusionné en une seule et même association, poursuit le même objectif. Soit au total 20 chiens remis chaque année dans le Grand Est. À l’échelle de la France, il existe une quinzaine de structures spécialisées dans la formation des chiens guides. Et bonne nouvelle : vous pouvez aussi vous y rendre ! 

chiens guides Cernay
© Astrid Jurquet / Pokaa

Tous les ans, le centre de Cernay organise des portes ouvertes le dernier dimanche de septembre. L’occasion d’échanger avec des éducateurs et éducatrices, personnes déficientes visuelles et familles d’accueil bénévoles, et surtout de s’extasier devant les boules de poils d’utilité publique. Cette année, la date est fixée au 28 septembre. À vos agendas, et pour plus d’informations, il suffit de cliquer ici !

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