2 min 20 pour un film. C’est court, mais c’est le principe. Le 1er février, le Nikon Film Festival a dévoilé les 1 601 films en compétition de son concours annuel de courts-métrages. Tout autant de variations et de déclinaisons d’« Un rêve… », le thème imposé de cette année. 1601… Et dans le lot, on y retrouve une équipe de créatifs strasbourgeois, menée par un jeune réalisateur qui n’en est pas à son coup d’essai. Gros plan sur Anthony Marzin, un gars bourré de talent couplé d’un mec bien, et sur Les Créateur.ices, leur film en lice.



Réalisateur globe-trotteur

En s’égarant sur son site pro, dans sa bio, le badaud curieux lira de lui : « Réalisateur toqué. Je fais le dauphin quand je passe une porte. ». Avec des scénar’ un peu dingues toujours plein les poches, le comique au bout de la pellicule, et l’humour taquin au quotidien, y a peut-être bien un côté zinzin, chez le Marzin. S’il ne fait pas forcément le dauphin, il est bien né près de l’océan. Breton d’origine, enfant, il bougeait tous les trois ans, son père sauveteur-plongeur étant régulièrement muté ailleurs. Strasbourg, voilà six ans qu’il y vit : un record, pour lui. Un vrai coup de cœur pour la ville ; et pourtant, il en a fait du pays.

D’abord passé par une fac de ciné à Montpellier, il se retrouve à bosser sur deux saisons d’Hero Corp. En parallèle, aux alentours de 2006-07, il gagne un tour du monde grâce à une de ses vidéos. Avec un de ses potes, il part sur tous les continents, filme, et fait des blagues. Et le format fonctionne. Une productrice rencontrée sur la série d’Astier y croit et le propose à France 4. À la clef : une saison d’une émission de voyages, On n’a pas fait le tour. Un chapitre de sa vie aujourd’hui mis entre parenthèses au profit d’autres réalisations, comme un clip canon en stop-motion pour Sinsemilia (feat. Guizmo de Tryo et Balik de Danakil) en 2019 – Nourrissons nos cerveaux ; et pas mal de fiction, qu’elle soit au format court – dans lequel il excelle – ou au format long, sa nouvelle ambition. Dans les bacs pour 2022-23 ? « Plusieurs trucs dans les tuyaux », dont une série et la création d’une boîte de prod’ axée fiction.

Anthony Marzin en plein tournage
Anthony Marzin (à gauche) sur un précédent tournage. (À droite : Anthony Poulain)
© Fanny Soriano


« Drogué aux concours »

En 2012, Anthony Marzin participait déjà au Nikon Film Festival, sur l’une des toutes premières éditions de ce concours (inter-)national devenu incontournable. En pleine frénésie autour du calendrier Maya et de la fin du monde annoncée, il réalise Et demain... Un projet mené en solo. Tellement solo qu’il avait décidé de se dédoubler dans son court : derrière la caméra à tous les postes, et devant, dans tous les rôles. Un petit film qui avait déjà su taper dans l’œil du public, puisqu’il s’était retrouvé dans la sélection des cinquante projetés lors du Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand, mondialement réputé – alors encore partenaire du Nikon Film Festival.

Le jury de cette année compte Gilles Lellouche comme président, et une dizaine de membres dont les journalistes Pierre Lescure (président du festival de Cannes) et Augustin Trapenard, ainsi que les actrices Lyna Khoudri (The French Dispatch de Wes Anderson), et Aïssa Maïga (également réalisatrice). À gagner ? Du matériel vidéo, du financement de projet (dont 9 000€ de bourse du CNC) et de la visibilité sur BrutX, au ciné Grand Rex à Paris, etc. Mazette.

Et voilà que dix ans plus tard, Antho’ y retourne, avec dans les pattes d’autres films tournés, d’autres concours remportés. À peine débarqué à Strasbourg en 2018, il gagnait d’ailleurs le Grand Prix du Jury et le Prix du Public du Marathon Vidéo 48h avec 8 sec 64. Pour l’édition 2021 du festival strasbourgeois, il part avec le Prix d’interprétation pour Transit’ express, une pastille humoristique qui ne manque pas de cachet – c’est le cas de le dire. Et plus récemment, à l’automne dernier, au 48h Montpellier – qu’il annonce être son probable dernier 48h – il remporte trois prix avec son micro road-trip Hoop. C’est qu’on ne l’arrête pas, celui-là. Il avoue être « drogué à ça ». Au retour du public, à l’appréciation de ses pairs…. Les concours assouvissent « une ambition créative », mais il déplore qu’ils le détournent de projets plus longs.

« Transit Express » pour le Marathon vidéo 48h de Strasbourg (2021), tourné dans les locaux de Pokaa.


Le cœur à l’ouvrage

Dans Confidences pour Confinement – qu’il sort en 2020 avec des instants de vie confinée et des archives de ses réalisations passées – il parle du sens de son existence et du pourquoi il tourne. Il y raconte avoir eu besoin de faire ce film de confinement pour se souvenir qu’un jour, il « avai[t] l’impression d’avoir compris quelque chose ». Expliquant qu’il filme « pour que ça reste gravé quelque part », et « qu'[il] le fait pour [ses] amis ».

« Confidences pour confinement »



C’est finalement un peu ça qui l’a mené dans cette nouvelle aventure de copains, avec le Nikon Film Festival. Récemment installé aux Foundry Studios aux côtés d’amis, dans un tout nouveau hub de créatifs indépendants strasbourgeois, il s’est dit qu’il fallait réaliser un projet collaboratif. Une envie commune qu’il avait depuis longtemps avec Bastien Dreyer, un de ses partenaires (ici, en chef-op), ainsi qu’avec son acolyte producteur, Jean-Philippe Meyer. Le NFF leur a donné l’excuse qu’il leur fallait, pour se lancer, « avec une deadline […] pour être poussés au cul ».

S’il y a dix ans, il était seul, pour cette douzième édition, ils étaient neuf sur le tournage, trois en post-prod’, avec au casting, quatre acteurs et de la figu’. Une équipe à qui il doit beaucoup, constituée uniquement de bénévoles et de passionnés, prêts à se dépasser, pour un court-métrage tourné avec seulement 1 480€« que dalle du tout » plaisante-t-il –, pour principalement acheter de la bouffe et des objectifs. Un budget réuni grâce à un crowd-funding où un généreux donateur « Anonyme » – qu’il a su retrouver et salue encore – a donné 1 000€, que lui-même a complétés de 500€. De la débrouille, de la bonne volonté et une équipe de gens doués. Il rajoute d’ailleurs, beaucoup trop humble : « Mon seul talent sur ce film, c’est d’en avoir réuni d’autres ».


Les Créateur.ices, allégorie de la vraie vie

Pour un film aussi court (2m20 maximum), Anthony explique qu’il y avait deux voies possibles : l’humour, ou le format « pub », tout en esthétisme. Habitué des comédies, il prend le contre-pied de ce qu’il aurait habituellement choisi, et opte pour le second, persuadé qu’avec l’équipe qu’il a réunie, il faut voir grand.

Très vite, il veut intégrer de la 3D et des gros effets, avec une autre contrainte qu’il s’impose rapidement : éviter la voix off. Un choix qui le pousse à être plus original dans ses propositions… Une radio en fond sonore, la voix d’une amie, le message sur un répondeur ou la musique composée par TEAZ, sont tout autant d’outils narratifs qui lui permettent de raconter, et ce, tout en subtilité.

« Les Créateur.ices » pour le Nikon Film Festival 2022
Pour voter et soutenir le film, c’est par ici



Mais des idées de scénarios, entre novembre et janvier, il en avait sorti cinq à son équipe… Un mec amoureux d’une femme qu’il ne voit qu’en rêve ; la genèse de la création avec une femme des cavernes qui rêve de gens qui créent, puis se met à dessiner sur les murs d’une grotte et des gens venus du futur… Et une comédie proche de l’esprit de Transit’ express, avec un type qui vit un rêve des plus banals à base d’administration, et le raconte à sa collègue, dans une réalité complètement barrée peuplée d’extraterrestres et de gens qui volent. Alors que ce dernier faisait l’unanimité, Antho’ n’y croit plus, et est déçu. Il veut aller vers ce qui lui fout la trouille : un défi technique plutôt que la facilité.

Puis c’est l’histoire d’une épiphanie : bloqué en pleine création, une idée qui signe la libération. La sienne, mais aussi celle des Créateur.ices. Un titre inclusif pour un court qui l’est tout autant, avec trois personnages aux profils et âges variés, plongés dans des univers bien marqués qu’il souligne dans un triptyque qu’il imagine en trois couleurs, à l’image du système RVB. Rouge pour l’autrice, vert pour la scientifique et bleu pour le musicien. Une mise en abîme esthétique du travail de création. …La fiction qui rattrape sa réalité.

Affiche Les Créateur.ices d'Anthony Marzin pour le Nikon Film Festival
© Anthony Marzin
Extrait du storyboard "Les Créateur.ices" d'Anthony Marzin pour le Nikon Film Festival
Extrait du storyboard
© Capture d’écran storyboard « Les Créateur.ices » / Anthony Marzin



Il admet d’ailleurs être lui-même passé par une remise en question à mi-parcours. Des doutes inhérents à son processus créatif, qu’il voit comme une étape classique. Jusqu’à ce qu’il trouve la bonne version. …Et il en aura fallu plus d’une : de la V1 à V14, ce court de seulement 2 min 20, aura été monté, revu et corrigé quatorze fois. Pour un mec qui a longtemps géré ses courts-métrages en solo, cette œuvre à plusieurs têtes lui a permis de se concentrer sur ce qu’il préfère : la conceptualisation, l’écriture et la réalisation. Tout en le confrontant à de nouveaux défis : apprendre à déléguer, autant qu’à lâcher prise.

Des changements de casting de dernière minute, des plans dans l’Aedaen tournés entre deux services, de l’épicerie occupée dès l’aube jusqu’à l’arrivée des premiers clients, à la salle de bain squattée de son comédien, ou de la chambre de son ingé’ son transformée en bureau de romancière… Malgré les incertitudes et les galères, grâce à la bonne volonté des uns et des autres, à un moment-donné, « tout s’aligne » explique-t-il. Morale de l’histoire ? « Il faut se lancer même quand t’as pas tous les éléments ». Une belle leçon. …Alors, qui s’inscrit à la treizième édition du Nikon ?

Making Of du film

Anthony Marzin

Son site
Son profil Vimeo

Les Créateur.ices

Pour voter & soutenir le film au Nikon Film Festival
[Jusqu’au 10 avril 2022 à 23h59, pour désigner le Prix du Public]
Le site du film


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