Angine de Poitrine, Sam Sauvage, Atoem… Cette année encore, le Pelpass festival a ravi les yeux et les oreilles des Strasbourgeois(es) avec une programmation aussi léchée qu’éclectique. Mais le Pelpass, c’est aussi 570 bénévoles, une trentaine de référent(e)s et plusieurs mois de préparation pour chaque édition. Nous nous sommes glissé(e)s en arrière-scène pour vous raconter tout ça.
Au Jardin des Deux-Rives, les sourires brillent autant que les paillettes sur les pommettes malgré les nuages bas. Ce jeudi après-midi, le site du Pelpass se remplit doucement en cette première journée de festival. La soul de Malaka fait tanguer les premiers/ères festivaliers/ères devant la scène B tandis que d’autres se cherchent au pied du totem coloré ou devant les différents stands.
De l’autre côté de la barrière, derrière le restaurateur libanais Al Boustane, le bar bénévole sert de point de rendez-vous à celles et ceux qui s’activent en coulisse. Bob sur la tête et collier de fleurs autour du cou, Florian Schmidt salue les nouveaux arrivant(e)s et les vieilles connaissances.
Comme lui, certain(e)s sont sur le pont depuis plusieurs mois, car le Pelpass festival se prépare… dès la fin du Pelpass précédent. « Les programmateurs réattaquent quasiment juste après, explique le coprésident de l’association Pelpass. Mais comme on a pas mal d’événements, le coup d’accélérateur commence vraiment après le Fanfarodoï, en février. »
Plus d’un tiers de nouveaux bénévoles
C’est à ce moment-là que l’association recontacte les bénévoles des éditions précédentes pour savoir s’ils et elles sont prêt(e)s à revenir donner un coup de main. Pour fonctionner, l’événement s’appuie sur une équipe de 570 volontaires.
« C’est l’élément le plus important dans un festival, alors on les chouchoute », sourit Florian Schmidt. D’année en année, le Pelpass a fédéré une grande équipe d’habitué(e)s. Mais cette année, surprise : la team bénévole compte plus d’un tiers de nouvelles têtes. « C’est un bon signal pour la suite, juge le coprésident. À nous de faire en sorte de les accompagner et de les garder avec nous. »
Un peu plus loin dans les coulisses, derrière la grande scène, l’équipe du catering commence sa préparation du repas pour les bénévoles et les artistes. Économe à la main, une petite équipe épluche des patates sous les barnums. Parmi eux : Christine Rothan, l’une des figures bénévoles du Pelpass festival, présente depuis la première édition de l’événement au Jardin des Deux-Rives, en 2016.
« J’ai monté des chapiteaux, j’ai été référente crêpes, j’ai aidé un peu partout, mais j’aime bien être au catering. C’est super bon. Marie, la responsable cuisine, prépare de super repas et ça m’inspire pour le reste de l’année. »
« Il y a des gens qui reviennent une fois par an pour le Pelpass »
C’est aussi l’occasion de croiser les nombreux/ses volontaires qui portent l’événement. « Certains partent loin, mais reviennent une fois par an pour le Pelpass », détaille Christine qui pense notamment à une amie ayant fait le trajet depuis la Nouvelle-Zélande cette année.
Auparavant bénévole pour le Théâtre du Peuple à Bussang puis pour le festival La Rue Re-mue à Wasselonne, Christine se souvient des débuts du Pelpass festival, organisé en quelques mois. « On avait un chapiteau de moins, moins de place et pas du tout une cuisine aussi élaborée, sourit-elle. Mais on était une bande de fous un peu motivés et ça a donné quelque chose de super bien fait. »
Preuve en est côté scène. Ce jeudi soir, difficile de choisir son chapiteau tant la programmation fait envie. Après le rock alternatif de Fincher, scène B, c’est au tour du duo pop rock Copycat d’enflammer le public amassé contre la petite scène – anciennement connue sous le doux nom de Militente.
Suivent Sam Sauvage, révélation masculine de l’année aux Victoires de la musique, et TedaAk, au techno-rap queer particulièrement efficace. Mais le show le plus surprenant de ce premier jour reste sans doute celui de Snapped Ankles. Drôle de costume furtif sur les épaules et post-punk électro complètement barré. Un parfait cocktail pour danser jusqu’à l’oubli.
« Mettre les gens bien »
Après quelques grosses averses, le retour au Pelpass se fait en bottes de pluie vendredi. En ce deuxième jour de festival, les bénévoles se distinguent des festivaliers/ères par leur habileté à éviter les zones les plus boueuses. Direction le catering pour reprendre des forces et affronter le vent frisquet. C’est ici que nous retrouvons Jessica Goetz, alias Jess, chargée de prod du festival, en charge des artistes et des bénévoles. Entre une course et mille autres missions.
Membre de Pelpass depuis 20 ans, Jess chapeaute l’ensemble des équipes et s’occupe du recrutement des bénévoles chaque année. « On fonctionne beaucoup par cooptation, explique-t-elle. On essaie de faire en sorte que les gens viennent vers nous. »
Cette année, l’association avait mis en ligne un formulaire de contact à destination des postulant(e)s bénévoles. « Des gens m’ont sollicitée dès janvier pour s’investir », se rejouit Jess, agréablement surprise par cet engouement.
« Quand on me contacte, je renvoie un long formulaire avec beaucoup de questions. S’ils parlent anglais et qu’ils ont le permis, je peux proposer de les mettre à l’accueil artiste. S’ils sont à l’aise avec la monnaie, ils peuvent aller aux jetons ou à l’entrée. Mais ce que tout le monde veut faire, c’est le bar. C’est un peu le Saint Graal. »
Jess demande également aux futur(e)s bénévoles quels concerts ils et elles veulent voir ou, éventuellement, avec qui ils et elles veulent faire équipe. La seule condition pour faire partie de l’équipe, « c’est d’avoir envie d’aller vers, de rencontrer du monde ».
Une fois que les bénévoles ont confirmé leurs postes et leurs shifts, l’organisation peut se mettre en place. « Je propose une réunion ouverte une semaine avant le festoche, où je présente le guide des missions bénévoles, poursuit Jess. Je passe également en revue les différentes références – bar, crêpes, nettoyage, etc. »
Les volontaires peuvent alors poser leurs éventuelles questions. « Les bénévoles, c’est le visage de ce que l’on a créé avec le Pelpass. Il faut que cela corresponde aux valeurs de ce que l’on veut transmettre. Le fait que ce soit joyeux, festif. Quand on met les gens bien, ils vont être bien avec les festivaliers. »
Une ambiance « humaine et familiale »
À la table du catering, les retours des bénévoles font écho à ceux de Jess. Bénévole depuis 2017 « avec quelques années de pause », Arpad Arnould fait partie de ces visages familiers que les festivaliers/ères peuvent retrouver d’une année sur l’autre. « Ici, on est bien traité en tant que bénévole. Il y a une bonne ambiance, des copains et on voit des festivaliers sympathiques », s’enthousiasme celui qui aime particulièrement être affecté aux « chetons ».
« Tu vois tout le monde passer et comme il n’y a pas toujours de réseau, tu peux faire des blagues aux gens en attendant l’autorisation de la carte. »
« C’est familial, il y a une dimension humaine qui est très présente, renchérit Perrine Pateyron, bénévole pour la deuxième année après avoir découvert le festival aux côtés d’une amie et collègue. Il y a une certaine proximité avec les artistes et parmi les bénévoles, on retrouve souvent des habitués qui se connaissent. Tu passes sur le site, tout le monde te dit bonjour. Ça donne envie de revenir. »
Tandis que les bénévoles défilent aux tables du catering, les chapiteaux se remplissent sur le site. Sur la scène B, Joe and the Shitboys font bouger les festivaliers/ères avec leur shitpunk. Une heure plus tard, c’est Kimia qui plonge le même chapiteau en transe avec son afro-électro dansante et sa présence scénique magnétique. Scène A, ce sont Brama et Jasmine not Jafar qui créent l’engouement, faisant oublier le froid et la pluie de ce drôle de mois de maivembre.
« On prend beaucoup de plaisir à faire découvrir des trucs aux gens »
Samedi, la nuit tombe sur un Pelpass festival bondé. La soirée affiche en effet complet depuis plus d’un mois grâce à un duo mondialement connu : les Québecois d’Angine de Poitrine et leurs célèbres costumes à pois noir et blanc.
« À la base, on voulait faire un samedi soir sans tête d’affiche. On avait vu ce groupe jouer devant des salles de 80 personnes au Québec. On avait prévu de les faire jouer sur la scène C », retrace François-Xavier Laurent, en charge de la communication et des partenariats. Devant l’engouement créé par leurs vidéos, le festival les a finalement installés scène A. Mais c’est tout le festival qui a tenté de se presser sous le grand chapiteau. Au point de monter sur les tables pour mieux voir les musiciens.
Mais comment le Pelpass fait-il pour faire une aussi bonne programmation ? C’est LA question que se posent les festivaliers/ères qui découvrent l’artiste qu’ils et elles viennent d’ajouter à leur playlist parmi les invité(e)s du festival. On se demande parfois si la team Pelpass sait lire l’avenir quand on voit des noms comme celui de Luiza, exploser sur toutes les radios de France et de Navarre quelques semaines plus tard.
« On se déplace beaucoup, explique François-Xavier Laurent, alias FX. On fait beaucoup de festival. Les trois quarts des groupes que l’on programme, on les connaît et on les a vus jouer avant. »
Chaque année, le Pelpass festival mise sur deux ou trois noms pour attirer le public. Mais sinon, il s’agit surtout de proposer de nouvelles choses. « On prend beaucoup de plaisir à faire découvrir des trucs aux gens, résume FX. On a toujours bossé sur ces scènes-là. Il y a dix ans, je distribuais des flyers aux gens dans la rue et on me disait ‘je ne sais pas si je vais venir je ne connais rien’. Aujourd’hui, les festivaliers ne regardent même plus la programmation avant de prendre leurs places. »



