Hip-hop, afro, dancehall… le Studio 116 propose de pratiquer tout un éventail de danses urbaines. Mais plus qu’une école de danse, le lieu est avant tout un espace de découverte culturelle et de rencontres.


Ce mardi soir, il pleut sans discontinuer à l’extérieur. Mais derrière les portes du Studio 116, rue Saglio la température monte au rythme de la musique. Depuis le hall au décor urbain, à travers la fenêtre taillée dans brique, on aperçoit le groupe de hip-hop travailler de nouveaux pas de danse. Au bout du couloir en murs gris, le seul à ne pas être recouvert de graffs colorés, un second groupe est en plein apprentissage d’une chorégraphie de Dancehall, encouragé par Yoh : “Allez, on réessaye un peu plus vite !

Bienvenue au Studio 116. Ici la danse est derrière chaque porte. “La spécialité c’est la danse urbaine, explique Mélissa, la fondatrice. Ça englobe l’afro, la dancehall, le hip-hop et les sous disciplines du hip-hop comme le break. Il y a des choses un peu plus commerciales, d’autres un peu plus old-school. Il y a 12 professeurs professionnels, spécialisés dans chaque discipline qui donnent les cours”. 

Pour ceux qui ne voudraient pas se contenter d’un seul cours ou qui voudraient passer d’une discipline à l’autre en fonction de leurs horaires aucun problème, ici les cours c’est un peu à la carte. “On essaie de construire les cours pour que les gens puissent switcher facilement, même s’ils ont tous leur préférence. Il y a dans tous les cas une progression générale”, constate Mélissa. Différents forfaits existent également en fonction du nombre de cours souhaités. 

© Mathilde Piaud pour Pokaa


« Ça répondait à un besoin« 

Mais venir au Studio 116, ce n’est pas seulement apprendre des pas. C’est avant tout se plonger dans la culture ou plutôt les cultures auxquelles appartiennent les différentes disciplines.C’est important, c’est de l’art, une culture qu’il faut respecter et transmettre. Ici c’est un lieu où on transmet. Si on ne le fait pas, qui le fera ? Les professeurs peuvent par exemple expliquer l’histoire des danses, d’où viennent certains mouvements ou même orienter vers des lectures. Il y a par exemple autour de la Dancehall toute une culture jamaïcaine”, partage Mélissa, vêtue de son sweat et de son pantalon large. 

© Mathilde Piaud pour Pokaa

Il faut dire que la danse fait partie de la vie de Mélissa depuis presque toujours. “Je danse depuis que j’ai 4 ans. Je viens d’un petit village en Lorraine et j’étais assez frustrée de ne pas avoir de proposition. Ma mère m’emmenait parfois jusqu’en Allemagne.En arrivant à Strasbourg pour ses études, Mélissa peine également à trouver un espace consacré aux danses urbaines. “J’étais frustrée”, se souvient-elle.

L’idée fait du chemin dans l’esprit de cette passionnée, qui travaille à ce moment là dans une crèche. “ Je donnais aussi des cours de danse et je ne trouvais pas de lieu adéquat, se souvient Mélissa. J’étais bloquée et en voyant les autres aussi bloqués, je me suis dit qu’il fallait faire un lieu comme celui-ci, où la culture puisse être libre et circuler. On est toujours un peu dépendant de la place qu’on nous donne, alors j’ai décidé de prendre cette place.” Et d’ajouter : ça répondait à un besoin. Elle crée Studio 116 en 2018 et après un an passé dans le quartier de la gare, Mélissa trouve ces locaux, qu’elle réaménage à son image. 

Désormais, le Studio 116 accueille également d’autres disciplines, elles aussi en mal de salle, telles que de la capoeira ou de la danse traditionnelle géorgienne, dont les professeurs ou associations louent une salle. Ça crée aussi une rencontre avec d’autres disciplines, sourit Mélissa. 

© Mathilde Piaud pour Pokaa
© Mathilde Piaud pour Pokaa


Un lieu de partage

Ce lieu, créé de toute pièce par la jeune trentenaire, lui ressemble. Un espace ouvert, de partage et de rencontre, où la culture urbaine trouve sa place et s’épanouit. Un lieu que l’entrepreneur aimerait voir devenir un point de rendez-vous incontournable. Car Mélissa insiste, le Studio n’est pas un simple espace de cours. C’est un lieu de vie et de moments partagés.J’ai voulu faire un lieu de vie, où les gens ont envie de venir. Dans la culture hip-hop, l’échange est important. Ici les gens se sentent bien, ils restent après les cours, créent des liens entre eux. Parfois ils dansent dehors dans l’allée.” Le nom, Studio 116, n’a d’ailleurs pas été choisi au hasard. “C’est le numéro de ma maison familiale. Je veux qu’ici on se sente bien, comme à la maison.” 

© Mathilde Piaud pour Pokaa

Et même si le Covid-19 ne lui simplifie pas la tâche, la danseuse tente d’organiser des moments de rencontre entre tous les membres du Studio. “En décembre on a pu faire une jam, c’est moment où on peut free styler ensemble, sur la musique d’un DJ hip-hop. Et en janvier on organise un stage avec tous les professeurs du Studio 116 et ceux y louant une salle , comme ceux de capoeira ou de salsa. Toutes les heures les participants changeront de danse. L’idée c’est de se mélanger et de rencontrer d’autres disciplines. Le stage sera ouvert à tout le monde, y compris de l’extérieur” . 

Le partage c’est le maître mot, qui revient encore et encore de la bouche de Mélissa. Les cours du Studio 116 sont d’ailleurs ouverts à tous et quelque soit le niveau de danse ou l’âge. “Il y a des enfants à partir de 4ans. Tout le monde peut venir, c’est bienveillant. Il y a des gens qui arrivent et qui ne sont pas à l’aise avec leur corps puis ça change, parce que la danse c’est quelque chose de fort en terme de développement de soi et de confiance. J’essaie de faire des choses inclusives, il y a aussi des personnes porteuses de handicap. Le but c’est vraiment de mélanger, qu’il y ait de l’ouverture d’esprit et des rencontres.

© Mathilde Piaud pour Pokaa
© Mathilde Piaud pour Pokaa


« Ils se sentent bien ici« 

Certains s’y s’entent tellement bien qu’ils y reviennent dès que leur emploi du temps le leur permet. C’est le cas de Charlène qui s’entraîne seule dans une salle ce mardi soir. Elle vient au Studio 116 dès qu’elle le peut. “Il y a des jeunes qui viennent tous les jours, sont super motivés et veulent en faire leur métier. Quand on rencontre des danseurs qui vivent de ça, ça nourrit des ambitions. Il y en a qui me disent que ce lieu a changé leur vie, qu’ils se sentent bien ici. Je suis contente d’entendre ça. Et ça nous donne envie de les accompagner.

Trois ans et demi après l’ouverture de son entreprise, Mélissa est épanouie. Elle a, aujourd’hui encore, des projets plein la tête à commencer par des spectacles et des rendez-vous autour de la culture hip-hop qu’elle aimerait voir prendre place au Studio. 

J’ai créé une base, mais il y a tellement de choses à développer encore”, conclut-elle.


STUDIO 116

23 Rue Saglio, 67100 Strasbourg
03 67 97 19 16
site web / page Facebook


© Mathilde Piaud pour Pokaa
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*Article soutenu mais non relu par Studio 116.

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