Parce que Strasbourg regorge de sportives et de sportifs, parce que certains sports ne bénéficient pas d’une médiatisation suffisante, on continue la série de portraits sur les clubs de sport strasbourgeois. Aujourd’hui, présentation de Strasbourg Alsace Rugby (SAR), un club qui compte sur ses jeunes pour retrouver le plus haut niveau.

Lorsque l’on pense aux clubs sportifs à Strasbourg, on pense tout de suite au Racing et à la SIG. Puis à l’Étoile Noire et au Team Strasbourg. Pour le grand public néanmoins, il est rare qu’on sache que notre ville a accueilli pendant plus de 40 ans un club de rugby référence dans le Grand Est : le Rugby Club Strasbourg. Allant jusqu’au plus haut en troisième division nationale, il a fait rêver de nombreux Strasbourgeoises et Strasbourgeois fans d’ovalie.

La devanture du SAR
© Nicolas Kaspar/Pokaa


L’histoire d’une renaissance

Néanmoins, après de gros problèmes financiers, le club est placé en liquidation judiciaire le 25 février 2019. Laissant ainsi Strasbourg orpheline de rugby. Néanmoins, il était inconcevable que notre ville n’ait pas son club. Surtout qu’il restait énormément de jeunes joueurs encore présents, qui souhaitaient continuer à pratiquer le rugby à Strasbourg. C’est juste après qu’est arrivé le Strasbourg Alsace Rugby, créé par sept personnes, dont son nouveau président, Laurent Auvray.

Celui-ci confirme la renaissance du club et l’inclue dans la volonté de garder une place pour le rugby à Strasbourg : « Le club du SAR a été créé sur la volonté de continuer le rugby à Strasbourg. Mais surtout avec les jeunes et l’école de rugby. Quand on s’est mis autour de la table avec la ville et l’Eurométropole, c’était pour réunir des gens qui avaient envie de faire une association. Avec des bases solides, pérennes, ainsi qu’un projet derrière. » Après autorisation de la Fédération française de rugby, sous tutelle financière, le projet peur démarrer. Avec une seule contrainte : pas d’équipe sénior.

Vue du terrain du SAR
© Nicolas Kaspar/Pokaa


Une politique de formation des jeunes

Le projet débute alors autour d’une priorité : les jeunes. Après transferts de toutes les licences jeunes du RCS vers le SAR, ils ont pu démarrer au même niveau qu’auparavant. Petit à petit, les automatismes reviennent, et certains jeunes grandissent. Jusqu’à pousser les portes d’une éventuelle équipe sénior. Ainsi, en juin 2019, quatre mois après la création du club, le SAR revient devant la FFR : « On avait des U18 qui montaient en séniors et on voulait les garder au club. Vu leur niveau, la fédé et la ligue ont été d’accord de démarrer en sénior en Honneur, soit le plus haut niveau régional pour la saison 2019/2020 ». Les résultats ne se sont pas faits attendre : le SAR termine champion et invaincu dès sa première saison, avec une équipe de 21 ans de moyenne d’âge

Le club se retrouve ainsi en Fédérale 3, soit le sixième échelon national. Avec le Covid, la saison dernière a été gelée, actant le maintien du SAR. Désormais, la saison 2021/2022 est la première réelle opportunité pour le club de montrer ce dont ses jeunes sont capables : « À ce jour, on a redémarré enfin une saison normale. Toujours avec les mêmes jeunes, avec en plus six nouveaux joueurs avec de l’expérience pour étoffer le groupe. L’objectif est toujours néanmoins d’emmener cette équipe de jeune pour qu’ils puissent progresser et mûrir ». Par ailleurs, le SAR incarne un véritable pôle de formation pour ses jeunes joueurs. Un a en effet signé à La Rochelle, un club phare du rugby français, un autre au Stade Français, tandis que quatre autres joueurs se trouvent désormais au Pôle Espoirs à Dijon.

© Page Facebook Strasbourg Alsace Rugby


La place du rugby en Alsace

Côté sportif, tout va bien pour le SAR. Après deux défaites inaugurales, le club vient en effet d’enchaîner cinq victoires de suite, pointant ainsi à la 3ème place de sa poule. Une poule de Fédérale 3 très dense, avec plusieurs équipes alsaciennes comme Illkrich, Haguenau et Colmar. En plus de la possibilité de disputer plusieurs derbys dans la saison, c’est également l’opportunité de développer la place du rugby en Alsace et dans le Grand Est. Une place encore très faible aujourd’hui : « On est dans un secteur géographique assez désertique en termes de rugby. Notre projet a trois enjeux : social, éducatif et sportif. Le SAR doit aujourd’hui incarner la locomotive du rugby dans le Grand Est. Et pour ça, il doit se structurer pour permettre à tous nos jeunes de jouer au plus haut niveau de rugby possible, ainsi que de s’épanouir quelque part dans le rugby alsacien. »

Pour développer la place du rugby dans la région, le SAR souhaite alors la jouer collectif. En effet, les relations entre les différents clubs n’a, par le passé, pas toujours été apaisée : « Aujourd’hui, la difficulté qu’on a pu observer, c’était qu’il y avait une guerre de clochers où Strasbourg, pendant des années, a regardé de très haut les autres clubs. Le club n’a pas été à l’écoute. Il a un peu snobé les autres et on a perdu une capacité à fédérer, à créer ensemble ». Désormais, le SAR veut unir les différents clubs de la région : « Notre rôle maintenant c’est de recréer ce lien entre les différents clubs d’Alsace et du Grand Est, pour être plus fort ensemble. Je pense qu’en faisant ça, on doit pouvoir permettre à des clubs de s’agrandir. »

Tribune et vue du terrain du SAR
© Nicolas Kaspar/Pokaa


La problématique des revenus pour un club sportif

Justement, pour un club peu médiatisé, avec peu de revenus, comment s’agrandir ? Un aspect du monde sportif qu’on ne connaît guère, mais que de nombreux clubs en Alsace connaissent. Laurent Auvray développe : « Comment peut faire un club pour ne pas être tributaire que du mécénat, du sponsoring ou encore des institutions ? En fait, le modèle économique d’une association est en péril, puisqu’on ne vit que des bénéfices des chefs d’entreprise. Ça reste chronophage, alors il faut trouver des sources de revenus complémentaires ». Heureusement, le SAR ne manque pas d’idées. Le club possède en effet un projet de laverie automatique, le développement d’un club affaire ou encore celle du sport santé.

Car, pour faire fonctionner la structure, il faut pouvoir compter sur un bon nombre de personnes : « On souhaite faire grandir les personnes qui sont avec nous. On a la chance d’avoir nos coachs et éducateurs qui sont hyper diplômés, sans doute les meilleurs de la région ». Néanmoins, pour grandir, il faut également continuer à pouvoir compter sur les bénévoles. Sauf que, comme un nombre incalculable de clubs alsaciens, depuis le Covid, les bénévoles sont moins présents. Cela devient donc un des objectifs premiers du club : « Remobiliser et réintéresser les bénévoles, ça c’est notre premier objectifOn souhaite recréer un lien social entre tout le monde ». Le club compte donc bien se servir des prochaines grandes échéances, comme la Coupe du Monde 2023 et les JO 2024, pour continuer sa marché en avant.

© Nicolas Kaspar/Pokaa


Développer l’aspect sportif, mais aussi tout ce qu’il y a autour

Néanmoins, le club ne souhaite pas délaisser son rôle social, qu’il mène dans son quartier de Hautepierre. Il compte en effet six salariés à plein temps, qui ont pour mission d’intervenir en scolaire et periscolaire sur les valeurs du rugby, sur et en dehors du terrain. Autrement dit, le club souhaite tout simplement « permettre à des enfants dans la difficulté de pratiquer le rugby ». Au-delà de ça, il porte également un projet éducatif dans le quartier. Il devient en effet parfois une salle de classe, avec six postes de travail informatique avec ordinateurs, où les jeunes peuvent venir faire leurs devoirs. Enfin, ils ont également le projet de développer un potager collaboratif. Le tout, « toujours dans l’esprit de créer du lien ». 

Ainsi, pour cette année, le SAR ne manque pas d’objectifs. Tout d’abord sportifs : « Il faut continuer à être performant chez les jeunes, mas aussi chez les séniors. On souhaite monter chez les séniors et rester au même niveau pour les jeunes, soit le plus haut niveau national. On veut aussi augmenter le nombre de licenciés. Enfin, on souhaite également devenir camp d’entraînement labellisé ». De nombreux objectifs sportifs, qui, à terme, pourront replacer le SAR sur la carte du rugby français. 

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