Parce que Strasbourg regorge de sportives et de sportifs, parce que certains sports ne bénéficient pas d’une médiatisation suffisante et tout simplement parce que raconter des histoires sur le sport me passionne, Pokaa continue sa série de portraits sur les sportives et sportifs à Strasbourg. Aujourd’hui, l’équipe strasbourgeoise de water-polo du Team Strasbourg, double championne de France en 2018 et en 2019.

Note de l’auteur : cet entretien a été réalisé avant l’annonce du confinement par Emmanuel Macron mercredi 28 octobre. Depuis, un autre entretien a été réalisé concernant les nouvelles mesures sur le sport professionnel, que vous retrouverez dans le dernier paragraphe.

Le water-polo, un sport physique à l’histoire ancienne…

Pour ceux qui sont friands d’anecdotes historiques sur le sport, le water-polo a été l’un des premiers sports où la France a excellé aux Jeux Olympiques. Elle a en effet été championne olympique en 1924. Au-delà de cela, quand je demande à Stéphane Metzger, directeur général du Team Strasbourg, de m’expliquer les règles, il garde les choses simples : « C’est du handball dans l’eau. Il y a des stratégies très similaires, on joue à 7 contre 7, on peut faire autant de changements qu’on veut, on a un joueur qui a le rôle d’une pointe alors qu’au hand c’est un pivot. On a quatre quart-temps de huit minutes, de temps effectif, donc comme au basket : quand le ballon s’arrête, le chrono aussi. »

La pratique va donc à mille à l’heure et pour bien y jouer, il faut posséder plusieurs qualités : « Il faut savoir nager, c’est une qualité fondamentale. Le polo c’est très rapide, il faut nager bien et vite. Il faut avoir une vraie vision du jeu ; très souvent on a la tête sous l’eau et faut quand même être capable de se projeter dans l’espace du jeu. Et enfin, il faut aimer le contact, parce que le polo est vraiment un sport de contactLes balles vont à 90 km/h, faut que les gardiens les arrêtent, dans l’eau, en gardant un équilibre, alors qu’elles sont mouillées. Ça demande une coordination et une forme physique optimale. »

Il ne faut pas avoir peur du contact. © Cyril Gife Photography – Document remis

… qui a réussi à se renouveler

Pourtant, malgré ces qualités qui promettent un spectacle physique impressionnant, le water-polo était relativement peu présent dans la sphère sportive et médiatique française, comme me le précise Stéphane. « En 2013 on n’existe pas dans le paysage médiatique français et en Europe c’est pareil, le niveau de notre championnat ne suffisait pas. À partir de cette date-là, il y a des gens venant du privé qui ont pris la direction des clubs et qui ont décidé de rendre ce sport attractif au plus grand nombre. Mécaniquement, les partenaires privés sont arrivés et les clubs ont pu se développer financièrement. De facto on a pu faire venir de meilleurs joueurs et on fait maintenant partie des quatre meilleurs championnats européens. »

Une (r)évolution que n’a pas manqué de prendre au bond le Team Strasbourg, qui joue tous ses matchs à la piscine de la Kibitzenau, dans le Neuhof. « On a essayé de créer un habillage pour que ce soit festif, que les gens ne viennent pas seulement pour voir un match. En 2010, il n’y avait pas cinquante personnes qui prenaient des billets, et c’étaient des érudits du sport. Sur les deux dernières finales de 2018 et 2019, on a fait guichet fermés avec 1 000 places. » Un développement autour du water-polo qui s’est fait sur plusieurs aspects : « L’idée était donc d’accueillir plus de monde, donc on a investi dans un speaker, des jeux, des lots à gagner, des tribunes VIP, des LEDs pour l’ambiance… Plein de choses pour faire vivre l’événement de manière différente. »

© Cyril Gife Photography – Document remis

Un club historique au succès récent

Mais pour attirer du public, l’habillage ne fait pas tout, il faut également avoir une bonne équipe. Et Strasbourg n’est clairement pas démunie dans ce domaine. Au commencement, le club historique de water-polo strasbourgeois était la Société de natation de Strasbourg (SNS). Créé en 1901, soit cinq ans avant le Racing, il a été cinq fois champion de France dans les années 50 et 60. Le club que l’on connaît aujourd’hui néanmoins date de 2013 : « En septembre 2013 la SNS et l’ASPTT ont fusionné, l’année d’après le Plongeon Club Strasbourg a intégré le Team. C’était une volonté de la collectivité d’être plus représentative à haut niveau. »

Les résultats ne se sont pas fait attendre, mettant Strasbourg tout en haut de la carte du water-polo français. « Tout au long de sa petite histoire, le club n’a pas arrêté de progresser dans la hiérarchie française. En 2016 on était en demi-finale du championnat de France, en 2017 en finale et en 2018 et 2019 on est champions de France. En plus, depuis 2015, on est en Coupe d’Europe de manière ininterrompue. » Ça pose la régularité au plus haut-niveau : faire une finale c’est bien, mais gagner en étant régulier dans le temps, c’est la marque des grandes équipes.

La recette du succès ? « Déjà on a un turnover relativement faible : dans l’encadrement ou les joueurs, on essaye de garder le même effectif, de fonctionner par petites touches. On s’assure qu’un joueur qu’on veut faire venir s’inscrive parfaitement dans la philosophie du club. On est un club d’altruistes : on gagne ensemble ou on perd ensemble. Ce qui compte, c’est le résultat final. » Pourtant, qu’on ne s’y trompe pas, Strasbourg sait accueillir les meilleurs : « On a un champion du Monde et un vice-champion du Monde dans l’équipe, ça situe le niveau d’attractivité. Avant les meilleurs venaient pour l’aspect pécuniaire, plus maintenant. Le niveau du championnat français a augmenté, les matchs sont plus serrés. Ce qui, d’un simple point de vue économique, fait que notre produit est plus facile à vendre. »

Une équipe soudée. © Cyril Gife Photography – Document remis

Les difficultés du Covid

Avec ses deux titres de champion de France sur les deux dernières saisons, Strasbourg se savait attendu. Et la saison dernière avait mal commencé pour le Team : « Notre saison dernière a été compliquée : on a été frappé par des blessures, des chocs pendant des matchs qui ont éliminé nos joueurs pendant deux/trois mois. Ça n’a pas arrêté, une lois des séries qui a influencé négativement notre classement. En plus, dès qu’ils étaient tous revenus, qu’on était enfin prêts à remonter au classement, le Covid a tout arrêté. » Petite « satisfaction » néanmoins : la saison a été déclarée blanche, ce qui signifie que le dernier champion de France en date reste Strasbourg.

Bien décidé à mettre ces mauvais souvenirs derrière eux, la nouvelle saison a vraiment bien débuté pour le Team Strasbourg. Cinq matchs et cinq victoires, ce qui les propulse à la deuxième place du classement, avec un match en moins sur Marseille, leur prochain adversaire. Néanmoins, il reste une peur dans tous les esprits : le Covid. Qui provoque de gros problèmes d’organisation : « La vraie difficulté cette saison c’est se déplacer dans une France avec le Covid, où je sais pas si des restaurants ou des hôtels seront encore ouverts. Mais les clubs s’entraident plus qu’avant et ça c’est positif. On arrête autant d’anticiper les choses parce que les réalités de cette semaine ne sont pas celles de la semaine prochaine. »

Un gardien au top. © Cyril Gife Photography – Document remis

Méli-mélo en haute sphère

Ce capharnaüm entre les différents décideurs fait que l’avenir est un peu compliqué à lire pour le Team Strasbourg. Si la ministre des Sports a annoncé que le sport professionnel pourrait continuer de s’exercer, cela dépend aussi des fédérations. À tel point que Stéphane, joint à nouveau ce jeudi 29 octobre dans la matinée, ne sait pas encore, à l’heure où est publié cet article, s’ils vont pouvoir aller à Marseille ce week-end – finalement, le match est programmé, ndlr : « Tout ça c’est du conditionnel : ma Fédé ou le ministère, c’est tout sauf clair. On a un match samedi soir à Marseille et on sait pas si on peut y aller. En fait, dans les sports pro c’est pas les clubs qui décident. Si notre Fédé nous interdit quelque chose, nous on peut rien faire, on suit les autorités compétentes. » 

Une situation d’autant plus inconfortable que forcément, ils sont en première ligne des demandes et inquiétudes des utilisateurs du lieu, alors qu’ils n’en savent pas plus : « On travaille, les gens nous appellent et veulent des infos que nous on a pas. Il y a un vide, un mouvement d’inquiétude. On a 1 000 personnes qui utilisent ce lieux et on doit suivre les annonces de Castex, comment je les préviens ? C’est compliqué : on comprend la situation d’urgence, on ne la remet absolument pas en cause. Tout le monde doit être dans l’urgence mais pour nous c’est compliqué. Il faut juste qu’on soit sur une échelle temporelle qui nous permette de communiquer. Tout simplement, il faut qu’on sache. »

Enfin, au-delà de ces imbroglios gouvernementaux, il y a également la question du huis-clos dans les stades et piscines, qui vont forcément impacter durablement les clubs strasbourgeois professionnels : « Ça sert à rien de mettre un speaker dans une salle videOn a tout l’aspect événementiel autour de la venue. Le plus gros impact se retrouvera sur le partenaire, le huis-clos va avoir un impact majeur sur la visibilité. In fine, ça devient économique malheureusement. » Une situation partagée par de nombreux clubs strasbourgeois, sur laquelle on reviendra prochainement.

Strasbourg a la chance d’avoir un club de water-polo qui rayonne en France et même en Europe. Un sport physique, spectaculaire et qui attire de plus en plus de monde, aidé par la modernisation de l’accueil du public et de la prestation fournie. Aujourd’hui néanmoins, avec le Covid et les incertitudes qui en découlent, le water-polo, comme le sport strasbourgeois, a un peu la tête sous l’eau. Mais ça n’a jamais arrêté le Team Strasbourg de marquer des buts, alors on ne peut qu’avoir de l’espoir.


Crédit photo de couverture : Cyril Gife Photography

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