Stéphane Herrada est conteur. Depuis une quinzaine d’années, il sillonne l’Alsace avec ses histoires inspirées des légendes alsaciennes. Sa marque de fabrique ? Les contes à la ferme. Rencontre avec ce joyeux conteur bien ancré dans notre territoire.


© Fabrice Wittner

Qui êtes-vous, Stéphane Herrada ?

J’ai grandi en Bourgogne puis j’ai fait mes études à Bordeaux. Je suis venu en Alsace pour des raisons professionnelles. J’habite dans la vallée de Guebwiller depuis dix ans, à Buhl. Je ne suis conteur que depuis 15 ans. Avant, je travaillais dans l’agroalimentaire. Un domaine qui n’a rien à voir mais qui me passionnait aussi. J’ai toujours eu une très forte pratique du spectacle vivant en amateur. Au lycée, j’ai rapidement monté des troupes. On a tourné dans différents villages les étés. Dans ma vie, j’ai toujours allié à la fois études ou travail avec une pratique théâtrale. À mon arrivée en Alsace, j’ai créé la compagnie Ramdam. J’y ai été acteur et je mets en scène les spectacles aujourd’hui.

Pourquoi et comment êtes-vous devenu conteur ?

J’ai rencontré les conteurs du Cercle Saint-Thiébaut de Thann. Ils cherchaient du monde pour compléter leur troupe. C’est comme ça que je suis venu au conte quelques années avant d’en faire mon métier. Par envie, je me suis professionnalisé. Ça faisait longtemps que je me disais que j’allais consacrer tout mon temps au théâtre. Le moment était venu ! J’ai donc monté ma propre compagnie : Le Comptoir des 100 grillons.

© Fabrice Wittner

Inventez-vous vos contes ?

Quand j’ai commencé mon activité de conteur, j’ai mené deux projets de front. Je voulais à la fois créer des spectacles pour les lieux de diffusion classiques (scène, théâtre…) et monter les contes à la ferme.  Mes histoires sont puisées dans le légendaire alsacien et vosgien. Le travail classique du conteur est de faire sienne une histoire en ne retenant que le squelette et en l’habillant à sa propre sauce. La même histoire racontée par deux ou trois personnes différentes ne sera pas forcément la même.

Quelle place prend alors l’Alsace dans votre pratique ?

L’Alsace est une région riche de légendes donc c’était logique de les faire vivre ! Les gens ne les connaissent pas et c’est intéressant de continuer à faire vivre ce patrimoine. Je ne suis pas tout seul à le faire vivre aujourd’hui, certes, mais on n’est pas nombreux. L’Alsace est très présente dans mes contes parce que ça a du sens de faire vivre le patrimoine de la région dans laquelle on vit. Je pense que si les hasards de la vie m’avaient conduit en Auvergne ou en Bretagne, le répertoire des histoires serait tout autre !

© Fabrice Wittner


Parlez-moi des contes à la ferme, votre marque de fabrique…

C’est la 16e édition cette année des contes à la ferme. Au départ, ce projet était une évidence. Où pourrais-je raconter les contes ? À la ferme, bien sûr, dans ce lieu de vie traditionnel qui a un lien très fort avec son territoire. C’était évident de venir à la rencontre des paysans et d’y raconter les contes. J’ai monté cela en partenariat avec le Parc des Ballons des Vosges. On avait en tête de créer ce lien particulier avec la terre. Les spectacles sont agrémentés d’histoires et d’anecdotes de vie des paysans. L’idée des contes à la ferme est de se retrouver dans une grange, assis sur une botte de foin. Ce sont souvent des veillées. La volonté est aussi d’ouvrir les fermes au public. On a pas l’occasion d’aller à la ferme car c’est un lieu de travail avant tout. La vie des paysans est bien chargée. Lors de ces soirées, on peut créer ce lien-là ! Et il y a aussi un tas de gens qui viennent qui n’iront pas écouter les histoires ailleurs. Donc le lieu y contribue beaucoup. Enfin, les contes ne sont pas que pour les enfants. Souvent des adultes me disent qu’ils venaient avec leurs enfants mais qu’ils ont arrêté. Non, les adultes peuvent venir même quand ils n’ont plus d’enfants avec eux !


Racontez-nous un des contes pour nous mettre l’eau à la bouche…

Cette année, la thématique que j’ai choisie pour les contes à la ferme est “Trésors cachés”. Je parle donc de vrais trésors mais aussi d’allusions métaphoriques. Quand j’ai cherché des légendes dans mes ouvrages, je suis tombé sur le conte du Chariot d’or. C’est une histoire emblématique du légendaire alsacien au sujet d’un chariot qui est dans les lacs du vallon. Quand il ressort du lac, on peut s’emparer du chariot… à quelques conditions ! Et bien sûr on devient riche. J’avais mis cette histoire de côté en me disant que je ne la raconterai pas. En la relisant, j’ai finalement décidé de la mettre au programme. Le chariot d’or sort pour la première fois du vallon !

© Fabrice Wittner


Vous parlez beaucoup de l’Alsace, du Haut-Rhin. Quid des contrées lointaines bas-rhinoises ?

Chaque année, je travaille avec des écoles strasbourgeoises. Je co-organise le festival Tentinabul’ au mois de juin (manifestation culturelle destinée au jeune public pour allier l’approche du milieu naturel des Vosges et celle du spectacle vivant). Deux choses se profilent aussi pour cet automne, mais dans le Haut-Rhin. J’interviens dans une balade forestière à Rixheim qui allie pédagogie et spectacle. J’ai aussi un projet avec un EHPAD près de Mulhouse. L’idée est de faire des interventions récurrentes auprès des personnes atteintes de troubles cognitifs et d’Alzheimer. Je l’ai déjà fait et j’ai envie de recommencer car il y a un côté “petite bulle” où on sent que ça fait du bien aux gens. J’ai vraiment envie de leur apporter ça, de leur faire plaisir. J’ai aussi pris contact avec un établissement à Strasbourg pour le même projet.

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Propos recueillis par Bérénice Del Tatto

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