Le 19 mai prochain, les cinémas strasbourgeois pourront lever leurs rideau rouge et faire tourner les projecteurs. En attendant, les équipes sont à pied d’œuvre pour préparer au mieux les retrouvailles avec les spectateurs.



« Je suis en plein dans les plannings de reprise des équipes », s’enthousiasme Laurence Algret, directrice de l’UGC de Strasbourg. Pour les cinémas strasbourgeois, il est temps de se remettre en marche, après avoir éteint lumières et les projecteurs le 29 octobre 2020. Le rendez-vous est pris pour le 19 mai et tout doit être prêt. Cette annonce, c’est avant tout la fin d’une longue attente sans perspective. « On était impatients, commence Laurence Algret, ça fait du bien d’avoir un objectif. Quand on a fermé le 29 octobre, on était quasiment certains que c’était pour un mois. Après, chaque mois et demi on se demandait si ça allait être pour cette fois, on était dans l’expectative. Ce qui était difficile, c’était de ne pas savoir. »

Au cinéma Vox aussi, l’heure est au soulagement. « On a le cœur plus léger ! Se réjouit Eva Ltezgus, cogérante du cinéma Vox. On est heureux de se remettre en mouvement après un tel immobilisme. » En attendant l’ouverture des portes, les équipes de ménage vont s’affairer au dépoussiérage des fauteuils et moquettes. Les projecteurs, eux, ont continué à tourner régulièrement, pour éviter les pannes. « D’habitude les projecteurs tournent toute la journée, 365 jours par an », explique la responsable du cinéma Vox.

© Mathilde Piaud pour Pokaa


Mesures sanitaires et jauges de fréquentation

Les salariés, en majorité au chômage partiel depuis plus de six mois, vont devoir se remettre en selle. La reprise se fera toutefois progressivement. Tout d’abord en raison du couvre-feu, maintenu à 21 h jusqu’au 9 juin puis à 23h jusqu’au 30 juin. La fréquentation sera aussi limitée par les jauges imposées : seuls 35 % des fauteuils pourront être occupés dans un premier temps, avant de pouvoir passer à 65 % le 9 juin. « À 35%, on travaille à perte, constate Eva Letzgus. Mais les 2000 cinémas de France vont quasiment tous décider de rouvrir en même temps, pour jouer le jeu et envoyer un signal fort au public, montrer qu’on est heureux de renouer le lien. »

Le directeur du cinéma l’Odyssée, Faruk Gunaltay est un peu moins inquiet. « À l’Odyssée nous avons un modèle économique qui fait que nous ne recherchons pas le profit mais un budget équilibré. Nous avons une subvention de la ville de Strasbourg qui représente environ 35% de notre chiffre d’affaires. Avec 35%, on peut fonctionner même si ce sont des conditions difficiles. »

Le protocole sanitaire mis en place l’an dernier sera quant à lui maintenu : espacement des spectateurs, masque obligatoire et sens de circulation. « L’année dernière, des spectateurs nous ont dit qu’ils se sentaient plus en sécurité au cinéma qu’en allant faire leurs courses », se rappelle Laurence Algret qui comprend malgré tout que certains préféreront attendre un peu avant de renouer avec le Septième Art. « Ce ne sera peut-être pas le moment pour certains spectateurs de revenir, mais pour nous c’est important de rouvrir. Chacun reviendra quand il en aura envie », complète-t-elle.

© Coraline Lafon / Pokaa


Que verra-t-on au cinéma ?

Des professionnels heureux de nous accueillir, des salles propres et sécurisées… Mais que pourra-t-on voir au cinéma à partir du 19 mai ? La programmation, c’est l’autre grande mission des jours à venir. Après plus de six mois d’arrêt, ça se bouscule au guichet et de nombreux films sont prêts à être projetés sur grand écran. « Les distributeurs ont beaucoup de films sur les bras, détaille Eva Letzgus, également présidente du syndicat des directeurs de cinémas de Rhin et Moselle. Les distributeurs ont une autorisation exceptionnelle de l’autorité de la concurrence en France pour proposer un calendrier des sorties. »

Cette multitude de films, pour Laurence Algret, c’est plutôt une bonne nouvelle. « Les spectateurs vont être les rois, ils avoir le choix », se réjouit-elle. Il y aura d’abord la reprise des films sortis fin octobre : « Il y aura les films qui cartonnaient à ce momentlà comme « Adieu les cons », d’Albert Dupontel, « ADN » de Maïwenn ou encore « Drunk » de Thomas Vinterberg. », détaille la directrice. Du côté des sorties, on devrait pouvoir compter sur le nouveau Quentin Dupieux, « Mandibules », ou pour les familles, « Tom et Jerry » de Tim Story. D’autres films très attendus sortiront alors progressivement : « The Father », le 26 mai, « OSS 117 », le 4 août ou encore « Kaamelott » qui pourrait finalement sortir à l’automne. Une programmation progressive qui pourrait laisser la place à de plus petites productions.

Cet embouteillage dans la programmation, le cinéma l’Odyssée, lui, n’y est pas confronté, car le cinéma n’est pas tributaire des sorties nationales. « Une formule résume l’esprit de l’Odyssée : « le cinéma autrement. ». Nous créons notre propre actualité de programmation, nous sommes éditeurs de programmes d’une certaine manière », analyse Faruk Gunaltay. Alors que pourra-t-on voir, rue des Francs-Bourgeois à l’ouverture ? « On ouvrira avec un cycle appelé « Rire, aimer, pleurer : la vie au cinéma » et on travaille aussi sur un cycle « Les cons au cinéma ». Ce sont des cycles positifs, peut-être que les gens ont envie de rire. C’est le temps de la fête, du déconfinement. »

Une partie de l’équipe du cinéma L’Odyssée
© Mathilde Piaud pour Pokaa


Les spectateurs au rendez-vous ?

Un programme alléchant pour tenter de faire revenir les spectateurs après six mois d’absence. « Il pourrait y avoir des réticences, des timidités, des frilosités de la part des gens. On est dans l’incertitude, craint Faruk Gunaltay. Les gens qui ont été enfermés chez eux vont essayer de profiter des terrasses, du beau temps. Il y aura aussi la coupe d’Europe de football de mi-juin à mi-juillet. Après, la volonté de partir en vacances. »

Malgré tout, les responsables sont optimistes. « Le cinéma est essentiel. La culture sous quelle que forme que ce soit, ça fait voyager, se balader l’esprit, partager des moments forts. 2019 a été une très bonne année pour le cinéma, même avec l’arrivée des plateformes », précise Laurence Algret. Si les cinéphiles ont, en effet, pu se tourner vers les plateformes de VOD pendant la fermeture, rien ne remplacera le cinéma selon Eva Letzgus : « Regarder des films chez soi dans son lit c’est une expérience, mais ce n’est pas la même que celle en salle. Au cinéma, on aime être entouré de ses amis, partager une sortie. » Un avis partagé par Faruk Gunaltay qui conclut : « Ce qui est magique dans le cinéma c’est qu’on se retrouve à plusieurs, avec des gens qu’on ne connaît pas pour partager des émotions. Ce n’est pas dans son canapé que l’on retrouve ça. » 

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