Par un après-midi pluvieux de confinement, alors que nous scrollions sur nos écrans, nous sommes tombés sur l’univers tendre et coloré de Pauline Recht, anciennement Mønster Fabrik. Ne vous méprenez pas, la fabrique ne réalise que des monstres inoffensifs et débordant d’amour. Nous sommes donc allés à la rencontre de Pauline, le docteur Frankenstein qui donne vie à cette armada de créatures croquignolettes. 


Peu importe le chemin que vous emprunterez pour découvrir ses travaux : en gravissant les marches qui vous conduiront à son atelier ou en allant visiter son site internet, Pauline donne le ton dès le départ. C’est un océan de joie et de bonne humeur qui vous submerge, et vous emporte ; des couleurs, des mots tout doux, des petits oiseaux de toutes les nuances. Il est difficile de lutter contre l’envie d’adopter et de câliner les jolies choses qu’elle fabrique. Pauline, illustratrice, artisane graveuse et graphiste strasbourgeoise, nous a reçus dans son atelier, habité de dizaines de jolies boîtes contenant tout autant de trésors. Son univers nous a tout de suite enrobés, comme si nous étions happés par une vague de guimauve toute tendre. 

© Pauline Recht


Strasbourg comme muse

Pauline est une Alsacienne pure souche. Elle a grandi dans le nord de l’Alsace et a fait ses études à Strasbourg, avant de partir vivre à Paris quelques années, le temps de se former en communication, puis d’exercer quelques années en tant que professeur des écoles. Mais la capitale alsacienne lui manquait beaucoup trop. Il y a un peu plus d’un an, elle a pris son amoureux, ses cartons et son gros chat bavard sous le bras, et a décidé de venir exercer dans une ville qui lui est chère : “J’adore Strasbourg ! Je la trouve belle, je m’y sens bien. Ma famille n’est pas loin et j’ai mes amis ici”.

L’artiste aime la ville, ses rues, ses parcs, ses arbres. Les millions de petits détails qui façonnent Strasbourg et la rendent unique, sont pour elle une source d’inspiration inépuisable. Elle aime notamment se promener au parc de l’Orangerie pour y glaner un peu de poésie, observer la nature et les animaux : « J’adore ce parc, j’aime être dans la nature et la forêt. Je me plais à m’installer et à prendre le temps de regarder le monde qui m’entoure […] je m’inspire de la nature, de mon quotidien, des fleurs, des plantes, de mon chat…”

© Pauline Recht


Une formation en autodidacte

Pauline aime prendre le temps de réaliser chacune de ses œuvres. Son métier, c’est avant tout sa passion, car Pauline est autodidacte. Artisane graveuse et illustratrice, elle n’a suivi aucune formation spécialisée : “Je me suis formée seule en tant qu’artiste. J’ai fait un bac littéraire option arts plastiques, suivi d’une licence de langue. Puis, je suis allée en région parisienne où j’ai fait un master en communication, des stages en agence de design, pour ensuite refaire un master de professorat. J’ai enseigné pendant quatre ans. J’ai fait un peu tout et n’importe quoi, mais en parallèle de cela, je continuais les activités artistiques comme un hobby. J’ai toujours eu des activités créatives. »

« Un jour, j’ai découvert une artiste suédoise qui faisait de la gravure, j’ai trouvé ça génial, et j’ai eu envie d’en faire aussi […] j’ai créé mon compte Instagram, et j’ai commencé à faire un marché de créateurs une fois par mois, celui des Grands Voisins à Paris, un lieu alternatif culturel. Des personnes ont commencé à me demander de faire des tampons sur-mesure, et c’est comme ça que l’aventure a commencé […] En parallèle, à cette époque, on [elle et son compagnon] avait envie de revenir à Strasbourg, ça devenait obsessionnel. Mais je travaillais dans l’éducation nationale et c’était compliqué […] J’ai pris la décision radicale de démissionner et de vivre de mes gravures”.

© Charlie Picci-Claude pour Pokaa


Prendre le temps

Ce que Pauline aime dans l’art, et dans l’acte créateur, c’est le côté ressourçant, le fait de prendre un moment pour donner naissance à un objet, de prendre le temps d’apporter une petite touche au monde :
Dès le début, ce qui m’a plu dans la fabrication de tampons, c’était le côté méditatif. Les heures passent, je suis concentrée sur mon travail, c’est très reposant. C’est le fait d’être dans mon monde, d’enlever la gomme pour donner forme à un motif ; le geste est apaisant […] et puis ce qui me plaît aussi, c’est l’idée de produire à l’infini un motif qui sort de l’imaginaire. Imprimer ce qu’on veut, où on veut. J’aime le rendu texturé et le fait que chaque tampon soit unique en fonction du support ou de l’encre choisis…”

© Charlie Picci-Claude pour Pokaa

Ce côté méditatif, l’artiste essaie de l’appliquer dans son mode de vie quotidien. Le fait de prendre du plaisir dans chaque chose, de prendre soin de soi et des êtres qui nous entourent. Pauline aime faire les choses à son rythme, et vivre loin du tumulte métro-boulot-dodo qu’elle a connu pendant ses années parisiennes, laisser chaque jour lui réserver son lot de surprises :  “Des fois, je repense à la vie que j’avais avant. Je m’arrête et me dis que j’ai de la chance. Quand j’étais prof, je partais de chez moi avant 7h le matin pour arriver à 8h à l’école. J’étais avec mes élèves jusqu’à la fin de la journée, après je devais encore travailler trois heures chez moi, je bossais le mercredi, les dimanches… Je n’avais pas de temps pour moi”.

© Charlie Picci-Claude pour Pokaa


Des ateliers comme une pause (ré)créative

Pauline aime également prendre le temps d’inviter les autres à entrer dans son univers, transmettre sa passion, voir les gens prendre une pause le temps de la création d’un tampon. Ainsi, chaque mois, elle organise en partenariat avec la boutique de créateurs Little Nuage à Strasbourg, des ateliers de gravure lors desquels elle fait découvrir sa passion à quelques participant.e.s, qu’elle initie à la fabrication de petits tampons personnalisés : “J’adore le moment des ateliers, parce que c’est un moment de partage. J’échange avec les gens. Ce moment est agréable. Je fais découvrir aux autres les mille et une possibilités de motifs et d’impression que permet le tampon ! Se dire qu’on peut tout faire soi-même, c’est valorisant […] les ateliers ont lieu une fois par mois à la boutique de créateurs Little Nuage à Strasbourg, mais je peux aussi me déplacer pour des ateliers privés dans le cadre d’enterrements de vie de jeune fille par exemple, d’anniversaires… Je peux aussi choisir une thématique avec les personnes intéressées, et proposer des motifs en lien avec le projet que nous avons définis ensemble”.

© Charlie Picci-Claude pour Pokaa


Des tampons pour toutes les occasions

Pauline Recht propose aussi des créations sur-mesure à la demande, comme la réalisation de tampons personnalisés pour pouvoir déposer les prénoms des petits monstres sur leurs vêtements quand ils vont à la crèche ou à l’école par exemple : “J’ai beaucoup de commandes de tampons en cadeau de naissance. On peut l’utiliser sur les faire-parts et sur les affaires du bébé. Plus tard, l’enfant pourra l’utiliser lui-même sur ses cahiers et ses affaires quand il ira à l’école…”

© Charlie Picci-Claude pour Pokaa

Elle réalise aussi des tampons de mariage, et pour toutes sortes d’occasions. Ils permettent de personnaliser des invitations ou des pochettes-cadeaux destinées aux invités. Pauline a même collaboré avec certain.e.s autres artistes, mais aussi des entreprises qui lui font confiance pour pouvoir imprimer leur signature de manière originale et plus intime qu’avec un tampon uniformisé commandé sur Internet.

© Charlie Picci-Claude pour Pokaa


“J’aime transmettre des messages tout simples qui rendent les gens heureux”

En plus de la création de tampons, Pauline crée aussi des cartes postales arborant des messages doux et positifs : “Bon dimanche”, “Bonjour” … Les motifs sont des instantanés de vie saisis dans leur simplicité, dans leur couleur sans fioritures, ni contours : “Avec mes cartes postales, je me dis que si je peux apporter un peu de joie à quelqu’un, c’est toujours ça de gagné. J’aime transmettre des messages tout simples qui rendent les gens heureux. Il suffit de pas grand chose pour mettre un peu de bonheur dans une journée. Quand j’ai créé les petites cartes “Bonjour”, je me suis dis que ce sont des cartes que l’on peut envoyer toute l’année, sans même forcément ajouter un message derrière. Juste pour souhaiter une belle journée à quelqu’un qu’on aime”.

© Pauline Recht


Ses créations permettent à Pauline de s’échapper quelques instants, et de construire un nouveau monde qui lui ressemble. À l’instar des histoires que l’on se racontait quand on était petits, donnant une vie et une personnalité à tout ce que l’on voyait : “Je n’ai jamais illustré de livres pour enfants, mais j’adorerais. J’aime le fait qu’on puisse raconter ce qu’on veut, qu’on puisse créer un monde qui n’existe pas dans lequel on peut mettre un peu tout et n’importe quoi. Assez souvent, quand je parle de mon travail, il y a cette idée de déconnexion avec le monde réel, que ça soit dans la gravure méditative ou le dessin…”

© Pauline Recht

Elle nous a confiés avoir récemment signé un contrat avec un éditeur, pour un projet qui devrait voir le jour dans les prochaines semaines. Pauline aura l’opportunité de diffuser ses cartes à plus large échelle, et ainsi d’infuser le monde de bienveillance. C’est d’ailleurs le leitmotiv de son travail : “Au travers de mon travail j’ai envie de transmettre de la douceur, de la gaieté par les choses toutes simples parce que j’adore les joies au quotidien, les petites fleurs, les jolis mots … J’essaye de mettre ça dans mon travail au travers de petits bonheurs”.

© Charlie Picci-Claude pour Pokaa

Après cet entretien tout doux, nous sommes ressortis le ventre plein de thé et de viennoiseries, mais surtout le cœur bourré de couleurs. Les créations de Pauline ne vous laisseront pas indifférent.e ! Peut-être car l’artiste semble chérir toutes les belles choses de la vie et laisse des fragments de sa tendresse dans ses productions.

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Suivre le travail de Pauline

Son site internet: https://paulinerecht.fr/
Sa page Instagram: @pauline.recht
Sa page Facebook: Pauline Recht

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