Aussi mystérieux que la Bête du Gévaudan en son temps, le loup ne cesse de fasciner. D’autant plus, quand il réapparaît dans un territoire qui s’est déshabitué de lui : les Vosges. En 2011, le loup repose la patte dans notre massif, et ses crocs sur des brebis égarées, devant l’effarement d’éleveurs ovins, dont quelques révoltés qui veulent lui faire la peau. Pour l’instant encore de passage, le loup soulève déjà quelques inquiétudes parmi les riverains… La cohabitation entre l’humain et l’animal serait-elle donc possible par chez nous s’il venait à s’y installer ? C’est la question préambule d’un documentaire sorti il y a quelques jours : « Le Loup face aux Vosges », de Lucas Ruch, Alsacien vivant « au pied des Vosges », et étudiant journaliste. Un reportage d’actualité, quand on sait qu’un jeune loup solitaire a encore été aperçu le mois dernier, et cette fois-ci à seulement 10 min de Strasbourg.


Loup y es-tu ?

C’est pour clore son Master 2 de Journalisme et médias numériques à Metz, que Lucas Ruch s’est retrouvé caméra à l’épaule, à suivre les traces du loup. Alors que certains de sa promo partaient à l’étranger pour tourner leur projet de fin d’études, cet originaire de Bischoffsheim décide, fin 2020, en pleine crise du Covid, de traiter un sujet local, proche de ses racines.

Conscient du « buzz » que crée le loup sur son passage, comme des débats qu’il engendre sur les réseaux sociaux, et les mythes et croyances qui l’entourent encore, Lucas a choisi ce sujet brûlant « pour démêler le vrai du faux ». Si l’on parle du retour du loup dans les Alpes, celui dans les Vosges, plus récent, n’a pas été tant abordé. L’occasion parfaite de défricher le terrain, et de se positionner sur un sujet peu traité.

Les loups blancs de Sainte-Croix © Coraline Lafon



Dans la gueule du loup


De janvier à mars 2021, il est alors parti à la rencontre de tous ceux qui avaient croisé l’animal, de près ou de loin, ou étudiaient ses apparitions. Un travail d’investigation, pour comprendre l’espèce, et les raisons de son retour. Ainsi que, comme Lucas le précise, « comprendre ce qu’est le travail d’éleveur, que c’est très dur pour eux, et que cela reflète aussi un métier qui est en crise ».

Ajoutant qu’ « on ne peut pas mettre tous les éleveurs dans le même sac », Lucas explique que la question divise même la profession. Chacun s’adapte et se positionne. Des points de vue différents auxquels il laisse place dans une première partie.

L’un d’eux, Francis Schick, prêt à vivre avec le loup, mais désemparé face au désintérêt général pour les problématiques liées à sa profession témoigne : « On n’est plus des paysans, aujourd’hui, on est des chefs d’entreprise. Mais je le déplore : un éleveur, un agriculteur, c’est tout sauf un chef d’entreprise. On ne travaille pas avec de la matière. On travaille avec du vivant ».

Teaser du documentaire de Lucas Ruch :
« Le loup face aux Vosges : une cohabitation possible ? »



Car derrière cette problématique de la cohabitation, une « question philosophique : quelle place a-t-on face au sauvage et quel rapport veut-on avoir face à lui ? », développe Lucas.

Alors, pour se faire sa propre idée, il faudra le visionner. D’ailleurs, avec son reportage, Lucas fait un beau démarrage : déjà plus de 1300 vues, en quelques jours, ce qui réjouit l’étudiant, surpris du bon accueil qui lui est réservé. Et mis à part quelques réserves de la part d’un des éleveurs interrogés – contre le retour du loup, et déjà méfiant envers les médias –, les retours sont positifs.

Lucas ajoute que ce projet universitaire a été une réelle opportunité pour lui de jouir d’une liberté d’expression qu’il ne retrouvera peut-être pas dès son début de carrière et, qui plus est, sur un sujet qu’il voulait approfondir. Le tout, malgré la situation sanitaire actuelle et les moyens qu’il avait à sa disposition.



Quand on parle du loup :

Pour aller plus loin, Lucas suggère la bande-dessinée Le Loup de Rochette sortie en 2019 aux éditions Casterman. L’histoire entre un éleveur ayant perdu son troupeau et un loup dont il a tué la mère. Le récit d’une cohabitation, tout comme son reportage, mais ici, dans le Massif des Écrins, dans les Alpes. Et dans un autre genre, encore, les documentaires de Jean-Michel Bertrand : La Vallée des Loups (2016) et Marche avec les Loups (2019). Un point de vue plus naturaliste, que soulève Lucas : « le premier film, c’est un beau travail d’enquête, le deuxième, c’est plus militant ».


Alors, s’il est inutile de crier au loup en plein centre-ville de Strasbourg, le documentaire de Lucas Ruch permet lui, de tirer la sonnette d’alarme sur un sujet encore épineux qui anime nos campagnes. Celui de l’accompagnement des éleveurs dans l’aménagement de leurs pratiques et exploitations, sans quoi il sera difficile de faire cohabiter en paix l’Homme et le loup. Et ainsi, replacer l’humain au sein de la biodiversité de laquelle il s’est parfois trop extrait.

Pour voir le film complet, c’est par ici :


Pour suivre l’aventure du « Le Loup face aux Vosges » :

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Fanny Soriano

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