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La chasse en Alsace : son histoire, son rôle et ses spécificités

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Si en 2021, la chasse est devenue un sujet épineux qui provoque souvent des débats houleux, cela n’a pas toujours été le cas. Apparue il y a environ trois millions d’années, la chasse est aujourd’hui un loisir qui n’est plus une nécessité pour notre alimentation. Dans une région comme l’Alsace avec ses grandes plaines et ses belles forêts, la chasse est évidemment présente et compte de nombreux pratiquants qui évoluent dans le cadre d’un droit local bien particulier.

Mais alors, quelle est l’histoire de la chasse et quelles sont ses particularités en Alsace ? Lassés des éternels débats bourrés sur un coin de table, on a décidé de prendre le taureau par les cornes, pour en apprendre un peu plus sur la chasse.

© Envato


De la nécessité au loisir : une brève histoire de la chasse

Oui, car avant de vous parler de la chasse en l’Alsace, on va devoir parler un peu d’histoire. Remontons à l’âge des premiers êtres humains au mode de vie nomade. Quand ils introduisent la viande dans leur alimentation il y a environ trois millions d’années, leurs festins sont d’abord constitués de corps d’animaux fraîchement morts, de larves trouvées sur les charognes et d’autres insectes (miam miam miam). Puis ils commencent à se dire que frais, ce serait quand même meilleur, et mettent alors à chercher des proies et à développer des techniques de chasse au moyen d’armes et de stratagèmes, somme toute assez primaires.

Au Néolithique, l’élevage et l’agriculture débarquent dans le game et relèguent la chasse au second plan. Elle devient alors une pratique défensive, ayant pour but de protéger les populations et les cultures des animaux dévastateurs. Mais la chasse de nécessité subsiste tout de même. De nos jours, elle est notamment présente chez certaines ethnies et tribus de pays africains, en Thaïlande ou encore en Indonésie, où elle vient combler le manque de nourriture quand les conditions d’élevage sont problématiques.

Durant l’Antiquité, la chasse devient une pratique réservée à « la haute ». Les cultures et l’élevage couvrent les besoins alimentaires de base mais la chasse offre aux classes supérieures un choix plus large de viandes. Au Moyen Âge, on commence à mettre un peu d’ordre parce que c’est un peu n’importe quoi ! Et la pratique de la chasse se codifie. En Europe, des lois sont mises en place pour réguler la chasse sur les territoires royaux.

À cette même période, les aménagements des forêts et les privilèges accordés à une minorité provoquent une prolifération d’animaux qui nuit aux cultures paysannes. La chasse vise alors à les éliminer afin de protéger les plantations. Dès le 13e siècle, les ouvrages théoriques sur l’animal sauvage, la typologie des proies et les techniques de chasse abondent.

© Chasse aux loups et aux renards de Pierre Paul Rubens 

Lors de la Renaissance française, la chasse à courre – particulièrement critiquée aujourd’hui – devient un art de vivre sous François Ier. Après de grosses parties de chasse, le roi fait péter d’immenses banquets et affiche par la même occasion les rapports sociaux de la cour, en présentant par exemple les pièces de choix aux invités importants, tout en mettant en scène la « prouesse » du chasseur, plutôt que celle du cuisinier.

Plus tard, la Révolution met un terme au privilège aristocratique et rend la pratique ouverte plus ou moins à tous, entraînant évidemment une vague de chasse complètement freestyle et généralisée. L’écosystème forestier en paiera ensuite l’addition, avec entre autres, la disparition de certaines espèces. Il faudra attendre Napoléon Ier pour voir apparaître un soupçon d’organisation, avec la mise en place du permis et d’une réglementation de la période et des lieux de chasse.

De nos jours enfin, la chasse est strictement réglementée. L’obtention d’un permis est soumise à un examen et elle est dépendante d’autres lois comme celle du port d’arme. La chasse est principalement devenue une pratique de loisir ou de régulation des populations de gibier.

© Envato


En Alsace, le gibier est considéré comme patrimoine des communes

Maintenant que vous êtes à jour, on peut se concentrer sur notre petit nombril alsacien et ses spécificités en matière de chasse. L’histoire commence à la suite de notre rattachement à l’Empire allemand en 1870. Les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle ont ainsi été soumis à un régime particulier sur de nombreux sujets et la chasse ne fait pas exception.

Chez nous, le gibier est considéré par le droit local comme patrimoine des communes et doit donc être géré et réglementé par celles-ci, avec contrôle d’une police de chasse. Dans ce sens, la commune peut aussi choisir d’interdire totalement la chasse sur son territoire. Même si ce sont leurs terres, les propriétaires fonciers n’ont alors aucun droit sur la chasse qui se déroule sur leur propriété, sauf si cette dernière dépasse vingt-cinq hectares de surface. Ils ne peuvent pas non plus interdire l’abattage du gibier, ni même l’accès de leur propriété à des chasseurs. Alors que dans le reste de la France, chaque propriétaire d’un terrain bénéficie, sous certaines conditions, du droit de chasse sur ses terres. Il peut également accorder le droit de chasser à un tiers.

Le loyer de la chasse (contrat de location du droit de chasse en vue de l’exercice du droit de chasser) revient donc, en Alsace-Moselle, directement à la commune, qui décide elle-même des tarifs liés à l’exercice. Quant aux coûts liés à la réparation des dégâts provoqués par le gibier, ils sont à la charge des chasseurs eux-mêmes.

En Alsace, on veille également au stress que subissent les animaux suite à leur introduction et au passage d’humains sur leur territoire, car il est une des causes reconnues de l’intensification des dégâts de gibier. Ainsi, on limite au maximum les perturbations dues aux différents utilisateurs de la nature (randonneurs, touristes, sportifs, forestiers et chasseurs eux-mêmes). Sur un même lot de chasse, les battues espacées de moins de deux semaines et les chasses collectives (battues et poussées) organisées deux jours de suite sont, pour ces raisons, interdites en Alsace. Les battues peuvent également être arrêtées pendant les périodes de fort enneigement.

En outre, on va constater plusieurs spécificités dans la région, notamment en lien avec le tir de nuit du sanglier, les modes et engins de chasse, les périodes d’ouverture de la chasse ou encore le traitement et le cadre des infractions commises par les chasseurs.

© Martin Lelievre / Pokaa


Près de 10 000 chasseurs en Alsace


Pour commencer, avec un point de vue national, la France détient de bien tristes records à l’échelle de l’Europe… En effet, notre pays détient le record du nombre d’espèces chassées (91), celui du nombre d’animaux tués chaque année (env. 40 millions) et celui de la période d’ouverture de la chasse la plus longue (6-7 mois). Il est également le seul pays d’Europe où la chasse est ouverte tous les jours de la semaine. Dans tous les autres pays européens, la chasse se limite à quelques jours par semaine, et à une seule journée le week-end.

Pour les données plus locales, on compte environ 6 000 chasseurs dans le Bas-Rhin et autour des 10 000 en Alsace. En consultant la revue des Chasseurs du 67, on peut se faire une idée des tableaux de chasse. Pour le Bas-Rhin, d’après les données partielles de la FDC (tous les chasseurs ne renvoient pas leurs données), on constate que plus de 50 000 animaux sont tirés tous les ans. Il faut cependant savoir que les tableaux de chasse des cervidés ne figurent pas dans ces données. Selon le directeur de la LPO Alsace Christian Braun, il faudrait donc ajouter environ 2 000 cerfs et daims et plusieurs milliers de chevreuils. À ces chiffres, manque aussi le nombre d’animaux « nuisibles » abattus par tirs (mais hors acte de chasse) et par piège par les chasseurs. Pour le 67, il faut rajouter autour de 10 000 animaux. On comptabilise au final au-delà de 70 000 animaux tués tous les ans, rien que dans le Bas Rhin.

© Mathilde Piaud / Pokaa

Toujours localement, le poids économique de la chasse en Alsace avoisine les 50 millions d’euros. Si les chasseurs doivent mettre la main à la poche pour se voir octroyer leur permis et leur arme, une grosse part de leurs dépenses contribue surtout aux budgets communaux et à la prise en charge des dégâts causés par le gibier, comme évoqué plus haut. Si on se concentre sur la moyenne des dépenses dans le Grand Est, elle est même plus élevée que le niveau national. Et l’Alsace, tout particulièrement, demeure une terre où chasser coûte particulièrement cher avec des dépenses annuelles moyennes pour un chasseur estimées à 2 627 euros.

Dans le Haut-Rhin par exemple, ce sont plus de 5,4 millions d’euros qui sont reversés chaque année aux communes ou aux propriétaires fonciers, si bien sûr s’ils n’ont pas renoncé au produit de la chasse, pour une moyenne de 14 820 euros par commune.

© Mathilde Piaud / Pokaa


Loisir, activité nourricière, préservation de l’équilibre : à quoi sert la chasse en Alsace aujourd’hui ?

Nos ancêtres chassaient pour manger… Et ils n’avaient pas vraiment le choix d’ailleurs. Aujourd’hui les choses ont changé, je ne vous apprends rien, mais d’après certains chasseurs « modernes », ça reste toujours le meilleur moyen de manger de la viande de qualité, et bio. Mais la chasse comme vous l’avez compris, ça sert surtout aujourd’hui à réguler certaines populations animales, à contrôler le nombre d’animaux d’une espèce.

Prenons les sangliers, pour donner un exemple en Alsace : il en faut, mais pas trop. Déjà parce qu’ils se reproduisent rapidement, ensuite parce qu’ils ont tendance à dévaster les champs de leurs voisins, les agriculteurs.

© Envato

Pour Aline, une chasseuse alsacienne de 30 ans, c’est là l’un des rôles majeur de la chasse et l’une des raisons pour lesquelles elle la pratique : « La chasse c’est une passion mais également une nécessité. Nous œuvrons pour protéger les animaux en mettant à disposition de la nourriture en hiver quand la nature se montre peu clémente (chutes de neige importantes…) ou de l’eau en cas de sécheresse. Nous œuvrons aussi pour protéger les exploitations agricoles et forestières, et nous préservons l‘équilibre agro-sylvo-cynégétique pour ne pas perturber la nature. »

Cependant, pour Christian, directeur de la LPO Alsace, c’est justement parce qu’on a perturbé ces équilibres par le passé, que la nécessité de chasser est apparue : « Quand on décide d’éliminer une espèce, il y a toujours des répercussions. Certes, les chasseurs ont peut-être un rôle à jouer avec les sangliers ; si demain on n’a plus de chasseurs, on va inévitablement avoir des soucis, mais ceci est vrai parce que les écosystèmes ont été déréglés et que d’autres chasseurs il y a longtemps, ont exterminé les loups. »

La réflexion de Christian semble évidente, mais Aline voit les choses sous un autre angle. Pour elle, les chasseurs essayent de respecter les intérêts de chacun, agriculteurs et forestiers, tout en essayant de ne pas décimer les populations : « L’intérêt des chasseurs est d’avoir des animaux, celui des forestiers et des agriculteurs est d’en avoir un minimum. De plus, on est confrontés à une urbanisation du territoire alsacien qui met à mal le biotope des animaux. Nous achetons et louons des parcelles de terrain (cultures à gibiers) que nous aménageons pour offrir des abris aux animaux car la monoculture du maïs et l’urbanisation dégradent l’environnement. » 

Aujourd’hui, la chasse est aussi le 3e loisir des Français, derrière le football et la pêche avec plus d’un million de pratiquants à travers le pays. Si la plupart des animaux tués en chasse sont bien destinés à finir dans nos assiettes, la pratique reste toutefois un loisir non-essentiel pour notre alimentation, et dangereux qui plus est, avec 141 victimes d’accidents pour la saison 2019-2020.

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