2020 touche à sa fin et avec elle, arrive tout une nouvelle vague d’espoir concernant l’année prochaine. Celle de pouvoir progressivement reprendre le cours de nos vies, qui ont pris une tournure des plus particulières au 17 mars dernier. L’un de ces porteurs d’espoir : les vaccins contre le Covid, développés très rapidement et qui, si tout va bien, devraient signifier un pas de géant vers la maîtrise de l’épidémie. Mais à l’heure où les vaccins rencontrent une défiance de plus en plus forte dans la population française, opérons un petit retour sur la campagne de vaccination, pour un peu mieux comprendre ses rouages.

>> À lire ou à relire : Premier test et manque de confiance : on en est où du vaccin anti-covid ?

Ça a commencé quand ?

Avec quelques jours d’avance, la campagne de vaccination à la sauce française a débuté le dimanche 27 décembre, une date qui, on l’espère, rentrera dans l’histoire. La pionnière porte le doux nom de Mauricette, femme de 78 ans qui a reçu la toute première dose du vaccin développé par Pfizer-BioNTech à Sevran, en Seine-Saint-Denis. Après elle, huit autres personnes se sont fait vacciner au même endroit, auxquelles il faut rajouter trois personnes supplémentaires à Dijon.

En Alsace, ils arrivent quand les vaccins ?

Ce 27 décembre a donc marqué le départ symbolique de la campagne de vaccination française. Un bel espoir dans la lutte contre le virus. Pour le restant de la France, il faudra néanmoins attendre début janvier pour que les premiers vaccins soient administrés. Il est en effet inscrit sur le site du ministère de la Santé que cette campagne sera déployée « sur l’ensemble du territoire de façon progressive dès le mois de janvier. »

C’est donc exactement la même chose qui attend notre belle Alsace. Cela ne l’a pas empêchée de se préparer en amont à recevoir les vaccins, qui demandent un mode de conservation particulier, on y reviendra plus en détail en-dessous. En effet, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg ont fait savoir le lundi 21 décembre dernier, dans l’après-midi lors d’un point presse, qu’ils pourraient conserver jusqu’à 100 000 doses de vaccins, grâce à des super-congélateurs pouvant stocker jusqu’à des températures allant à – 80°C.

© Nicolas Kaspar/Pokaa

C’est quoi le calendrier de vaccination ?

Maintenant que l’on a parlé début, parlons calendrier. La campagne de vaccination va se dérouler en plusieurs temps. Tout d’abord, les premières personnes à bénéficier de la vaccination en France seront les plus de 75 ans dans les Ehpad – le cas de Mauricette – et les unités de soins de longue durée (USLD), ainsi que les professionnels de santé de plus de 65 ans, travaillant dans ces Ehpad et présentant un risque de développer une forme grave de Covid. Cette première étape concernera peu ou prou 1 million de Français, qui auront donné leur consentement.

Ensuite, comme l’explique franceinfo dans cet article, le calendrier de vaccination va se décliner en deux autres étapes. En février-mars, d’autres volontaires pourront être vaccinés, que ce soit avec les vaccins déjà sur le marché ou alors avec ceux qui vont arriver en début d’année 2021. Petit à petit, le périmètre de vaccination va s’élargir : les personnes de plus de 75 ans, celles de plus de 65 ans, les professionnels de santé de plus de 50 ans ou présentant des comorbidités… Selon les estimations, environ 14 millions de personnes devraient être concernées.

Enfin, la dernière étape se situe à l’été 2021 et concernera le restant de la population française, tout du moins celle qui le souhaitera. Selon, là encore, le site du ministère de la Santé, les personnes prioritaires de cette troisième étape seront celles âgées de 50 à 64 ans, les professionnels des secteurs essentiels au fonctionnement du pays en période épidémique (sécurité, éducation, alimentaire), les personnes vulnérables et précaires et des professionnels qui les prennent en charge et les personnes vivant dans des hébergements confinés ou des lieux clos. Pour enfin terminer avec le reste de la population majeure. Certaines définitions ne sont pas encore très claires et il faudra attendre des précisions du gouvernement pour savoir si oui ou non vous serez concernés. 

© Biosynex – Document remis

Quels vaccins se trouvent sur le marché ?

Ils sont pour le moment au nombre de deux dans l’Union européenne – celle-ci ne comptant pas sur le vaccin russe Gamaleya : l’américain Moderna et le germano-américain Pfizer-BioNTechcelui qui a été administré à Mauricette et qui est administré en France, ndlr. Les deux vaccins se sont rendus coup pour coup sur le marché de la communication, dans une bataille de pourcentages d’efficacité qui exciterait n’importe quel statisticien. C’est Pfizer qui a dégainé le premier en dévoilant le 9 novembre dernier un résultat de 90% d’efficacité pour leur vaccin. Moderna a répliqué une semaine plus tard en annonçant le 16 novembre une efficacité de 94.5 %. Et deux jours plus tard, Pfizer a remporté la bataille des chiffres en annonçant le 18 novembre, après une mise à jour, une efficacité de 95 %. Mais au-delà de cette absurde comparaison de longueur de vaccins, c’est surtout la technologie utilisée par ces deux vaccins qui est remarquable.

J’entends parler d’ARN messager concernant ces vaccins. Qu’est-ce que cela signifie ?

Le plus souvent, le fonctionnement des vaccins consiste à entraîner notre système immunitaire à reconnaître le virus, pour entraîner ses défenses afin qu’il puisse mettre un gros coup de stop au virus qui aurait la mauvaise idée de s’approcher de notre organisme. C’est pour cela que pour la grippe par exemple, on nous injecte un peu du virus inactivé. L’idée de Pfizer et de Moderna est novatrice et différente : on laisse notre organisme faire tout le boulot, grâce à la molécule de l’ARN messager – et non pas ADN, comme on peut le lire sur internet, cette molécule n’allant pas interférer avec notre système génétique.

Pour faire simple, c’est une sorte de… eh bien messager, qui dit à notre corps quoi faire et quoi produire. On s’intéresse particulièrement à la séquence génétique codant la protéine S, définie par l’INSERM comme « la clé qui permet au SARS-CoV-2 de pénétrer dans nos cellules. » Dès lors, l’ARN messager va être le chef de projet de la synthèse de la protéine S, qui, une fois identifiée par notre organisme, va donner lieu à la défense la plus solide de France depuis la charnière Desailly-Blanc à la Coupe du Monde 98. Et si le coronavirus se décide à affronter le mur, cette auto-défense l’en empêchera. Le seul problème ? Leur capacité de stockage, puisqu’il faudra les stocker à -20° pour Moderna et à au moins -80° pour Pfizer. Ce qui est légèrement contraignant.

Enfin, précisons tout de même que, pour le moment, ces vaccins restent efficaces contre le « virus mutant » provenant du Royaume-Uni et détecté pour la première fois en France, à Tours le 26 décembre dernier. On vous en disait plus sur le sujet dans cet article.

© Biosynex – Document remis

Quels sont les vaccins encore en développement ?

Pour le reste, il y a quatre autres candidats de vaccins choisis par l’Union européenne, mais qui sont encore en cours de développement. Il y a tout d’abord l’AstraZeneca, venant de Suède et du Royaume-Uni. Ses avantages ? Peu coûteux et surtout stockable dans des réfrigérateurs classiques, contrairement à Moderna et Pfizer. Son PDG Pascal Soriot, cocorico, a déclaré que son vaccin assurait une « protection de 100% » contre les formes sévères du virus, comme rapporté par franceinfo. Après un imbroglio de ses essais cliniques il y a quelques temps, le laboratoire semble s’être rapidement relancé et représente une vraie source d’espoir pour l’avenir.

Pour le reste, il y a également celui de Johnson & Johnson, venant des États-Unis et de Belgique, le CureVac d’Allemagne et enfin le franco-japonais de Sanofi et GSK. À un stade moins avancé que ceux cités précédemment, vous pouvez en apprendre plus à leur sujet, dans cet article de France Info

Je n’ai pas confiance en ces vaccins. Suis-je tout.e seul.e ?

Mille fois non. Au pays de Pasteur, le vaccin n’est plus roi. Clairement, la France se distingue du reste du monde en étant le pays le plus défiant envers la campagne de vaccination. 54 % des Français répondraient favorablement à l’affirmation « Si un vaccin contre le Covid-19 était disponible, je me le procurerais. », le taux le plus bas parmi les 15 pays étudiés dans le sondage réalisé en novembre par Odoxa-Dentsu Consulting pour franceinfo et Le Figaro. Champion du monde mon frère.

Si on creuse un peu plus l’article publié par franceinfo sur le sujet, ce sont également 49 % des personnes interrogées qui estiment que les annonces des laboratoires sont encore trop récentes et fragiles pour en déduire quoi que ce soit concernant le combat contre le virus, tandis que 53% des sondés seulement qui font confiance à leur médecin pour se faire vacciner.

Le plus récemment, avec le début de la campagne de vaccination française, la critique qui revenait le plus a été la rapidité d’autorisation des vaccins, notamment celui de Pfizer. Il faut dire qu’avec l’envol en bourse des compagnies concernées, le lien était facilement faisable. Sauf que ce qui explique cette rapidité réside tout d’abord dans la rapidité de production de vaccins à ARN messager. En effet, la synthèse est beaucoup plus simple et rapide, puisqu’elle est chimique et non biologique, ce qui implique ne pas avoir à attendre des plombes que des bactéries synthétisent notre protéine. À cela se combine le fait qu’il ait été testé sur 21 720 personnes, soit plus que tout autre vaccin dans l’histoire, que toute l’industrie pharmaceutique s’est concentrée sur un seul et même objectifs, dans un climat de carte blanche financière totale en se fondant également sur les recherches déjà extensives sur le SARS, datant de 2003. Des explications longues et très intéressantes, que vous retrouverez en bien mieux détaillées sur cette page.

Cette défiance vaccinale ne date d’ailleurs pas d’hier. Elle peut même être datée à la fin des années 2000, à la suite de campagnes vaccinales contre la grippe H1N1 – la grippe aviaire, ndlr. Lobbies pharmaceutiques soupçonnés de combiner avec les autorités politiques, affaire du Mediator et défiance généralisée envers les différents gouvernements qui se succèdent au pouvoir forment un cocktail explosif qui explique aujourd’hui une partie des commentaires que vous retrouvez sous chaque publication Facebook parlant de vaccin – et qui se retrouveront sans doute en-dessous de ce même article. Même s’il faut toujours analyser de manière critique le biais des sondages et des commentaires sur les réseaux sociaux, avec la fameuse majorité silencieuse, cette réalité est à prendre en compte et il faudra que les médecins, les scientifiques et surtout les politiques s’attellent à des efforts de pédagogie.

Voici donc ce qui nous attend dans cette campagne de vaccination française, qui oscille entre espoir de retrouver la vie d’avant et défiance d’une partie non négligeable de la population. C’est une nouvelle étape dans nos vies qui commencera en 2021 et on ne peut qu’espérer que le printemps qui vient sera plus beau que le précédent.

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