Parce que le Racing est porté par beaucoup plus de personnes que les seuls joueurs de foot, Pokaa continue sa série de portraits sur ceux et celles qui font vivre le club et transmettent son esprit. Aujourd’hui : un portrait au féminin avec Femmes de Foot, une association qui a commencé par faire venir durablement plus de femmes à la Meinau et qui est par la suite devenue une association qui aide concrètement les plus démunis sur le terrain.


Si vous êtes allés ces dernières années à la Meinau, impossible que vous soyez passés à côté des couleurs fuchsia qui trônent fièrement dans le stade. Ces couleurs sont celles de l’association Femmes de Foot, qui prend de plus en plus de place dans le paysage footballistique et associatif strasbourgeois. Pour en savoir plus, on a contacté Sabryna Keller, présidente de Femmes de Foot.

© Emmanuel Wanner


Femmes de Foot, pour les femmes et pour le foot

Jointe par téléphone, Sabryna Keller me dit tout de suite : « L’asso a pris une telle ampleur avec le Covid qu’on oublie un peu le concept de base. » Ce concept : le football. L’idée a commencé a germé lors d’une période sombre pour le Racing, à savoir le plus grand club de l’Est qui n’avait plus son statut pro. « Quand mon mari – Marc Keller, actuel président du Racing, ndlr – a repris le club avec ses actionnaires, on s’est retrouvé avec beaucoup de témoignages de supporters qui souffraient de voir leur club dépérir. » Dans ses supporters, il y avait également beaucoup de femmes, mais qui étaient bien moins audibles par les décisionnaires. Dès lors, l’idée s’est affinée : il fallait donner plus de place aux supportrices. « On n’entendait pas les supportrices, qui étaient déjà là. C’est dommage de les réduire qu’à des accompagnatrices de leur mari, enfants ou partenaires et je voulais créer un vrai statut de supportrice. »

Arrive alors l’idée de mettre en place une réelle culture de supportérisme au féminin, dans la durée et non plus seulement pour des événements ponctuels. « Personnellement, je vois le fait de prendre la responsabilité de prendre sa place, pour assister aux matchs, comme une manière de déjouer un peu le cliché que j’ai pu voir dans certains stades de Ligue 1, où c’était qu’au mois de mars qu’on invitait gratuitement des femmes une fois dans l’année. Pour un coup de com’ mais pas dans l’ambition de créer quelque chose de pérenne. »

© Michel Grasso – Document remis


Faire des femmes de vraies actrices des matchs du Racing

Au départ, Femmes de Foot commença par des événements une fois par an, généralement sur le dernier ou avant-dernier match de la saison du Racing à la Meinau. Le tout pour faire découvrir l’ambiance si particulière de ce stade cher aux Strasbourgeoises et aux Strasbourgeois : « C’était sous la forme un événement un match, pour confirmer le statut de celles qui étaient supportrices et attirer des supportrices d’un jour, pour découvrir l’ambiance de la Meinau. » Loin d’être un événement monté à la va-vite pour faire joli et inclusif, c’est une véritable expérience Racing qui a été mise en place : « On a créé des conditions pour les accompagner dans leur expérience de la Meinau : arriver en amont, pour bien profiter de l’événement et monter en pression graduellement avant le match. »

Événement après événement, Femmes de Foot grandit et aboutit même à la tribune Kop’in – le jeu de mots est subtil – dans le quart de virage sud-est de la Meinau. Là encore, chaque nouvelle étape pour Femmes de Foot est pensée dans le développement de la place des femmes à la Meinau. Mais attention : dans un rôle actif : « L’événement a grandi et on avait de plus en plus de femmes. Le Kop’in, c’est une porte d’entrée pour garder une place pour les femmes pour qu’elles puissent rentrer au stade et ensuite elles décident d’y aller. En plus, ça crée beaucoup de liens. Il fallait que les femmes puissent apporter l’ambiance à la Meinau aussi, et la bonne ambiance du stade n’est pas un hasard. »

© Michel Grasso – Document remis


Une association solidaire pour et en l’Alsace : le début d’une toute autre aventure

Déjà bien implantée dans la vie footballistique strasbourgeoise, l’association en tant que telle est créée il y a trois ans. Le point de départ ? Une récompense de la Ligue de Football Professionnelle (LFP) : « Il y a trois ans, la LFP avait décidé de créer un prix « meilleur ambiance femme » et Femmes de Foot a gagné et le chèque de 10 000 euros devait aller à une assoCe n’était pas facile de trouver ce qui nous plaisait et il fallait qu’il y ait une touche Racing. » Finalement, Sabryna Keller crée sa propre association, dans l’idée de faire des supporters du Racing des supporters solidaires. « Pourquoi pas, dans notre écosystème, donner la possibilité aux gens d’être solidaires dans ce qu’ils aiment, donc le Racing ? Les gens ont adhéré, on a surtout fait attention pour que les gens sentent que leurs dons soient et restent pour l’Alsace. »

Pour les causes que l’association défend, le choix s’est très vite porté sur deux thématiques, les enfants et les femmes atteintes du cancer du sein : « On a choisi des causes qui ont un rapport avec ce qu’on fait. J’avais envie que ça concerne les enfants, mais j’ai aussi rajouté le cancer du sein. Je trouvais que le football ne s’emparait pas trop de causes importantes, qui touchent les femmes. Quoi de mieux que le football pour sensibiliser en plus ? J’avais envie de profiter de ce milieu pour apporter de l’aide dans nos hôpitaux. » 

Pour les enfants, Femmes de Foot a aidé à la remise en forme de l’Institut Universitaire de Réadaptation Clemenceau, « un service avec des enfants malades qui étaient un peu laissé à l’abandon ». Sabryna Keller précise : « On a réussi à refaire tout l’étage, avec un espace de jeu, une salle de classe connectée, une salle à manger pour les infirmières. Des enfants sont venus avec nous à Lille pour la finale de la Coupe de la Ligue, c’était vraiment un chouette souvenir. » Pour le cancer du sein, l’association travaille en étroite collaboration avec l’ICANS, inauguré en novembre 2019. Au sein du service de chirurgie spécialisé dans le cancer du sein, le Professeur Mathelin a développé, avec le soutien financier de l’association Femmes de Foot, le premier manchon connecté permettant le traitement du lymphœdème du membre supérieur post-cancer du sein, ainsi qu’une unité socio-esthétique, qui aide les patientes à surmonter les changements physiques entraînés par la maladie et ses traitements. Comme le dit Sabryna Keller : « Ce n’est pas du one-shot, on s’intéresse à des causes et ensuite on y va. »

© Justine Touvenot – Document remis


Un engagement multiple, accru par la crise du Covid

Pour cette année 2020, Femmes de Foot a forcément dû faire avec le Covid. Cela n’a pas empêché Femmes de Foot de s’engager, bien au contraire : « Le Covid est arrivé en mars et on s’est finalement retrouvé avec une responsabilité. L’institution Racing devait, à travers Femmes de Foot, s’engager. On s’est dit qu’il fallait se retrousser les manches, aider et être présent sur tout le territoire – l’Alsace, ndlr. On a financé pour 300 000 euros d’action, avec par exemple des repas livrés 7j/7 aux pompiers et au SAMU. On a essayé d’opérer dans un cercle vertueux : on a fait travailler le traiteur du Racing, qui ne travaillait plus par ailleurs. On a travaillé sur toute la génération Racing, des enfants aux anciens, en passant par les étudiants. » Cela se traduit notamment par des actions menées avec le Secours populaire, l’AFGES et Strasbourg Action Solidarité.

Cela a donné naissance à de nombreux dons et initiatives pendant tout le confinement, pour au total 400 000 euros de projet. Sabryna Keller l’affirme : « On a pris de l’ampleur, au point où les gens commencent à vraiment compter sur nous. » Et les choses n’ont pas changé pour le deuxième confinement, bien au contraire. Avec un mot d’ordre, et notamment pour les fêtes : rester positif. « Pour Noël, j’ai quand même voulu que ce soit festif. Une opération dans tous les EHPAD, qui ont beaucoup souffert, on s’est dit que ça serait sympa d’offrir un peu de chocolat. Sauf que j’étais pas au courant qu’il y avait 200 EHPAD et 17 300 personnes en tout. Mais je m’étais engagée et du coup on a livré les 17 300 boîtes de chocolat à nos séniors. C’est simple mais ça suffit pour leur faire plaisir. »

En plus de cela, le Racing et Femmes de Foot ont offert des mini-bibliothèques composées d’une centaine de livres acquis auprès de librairies indépendantes alsaciennes, qui bénéficieront aux unités pédiatriques de quatre centres hospitaliers de la région. Le tout grâce à la vente des calendriers de l’avent de cette année. Toujours pour les enfants, des voitures électriques ont été remises notamment au NHC de Strasbourg. Le but de ces engins ? Que l’enfant aille lui-même au bloc opératoire. Une initiative très positive sur les enfants et un engagement protéiforme qui fait dire à Sabryna Keller : « Plus on fait d’actions sur le terrain, plus les gens nous suivent. »


Consolider la place des supportrices à la Meinau

Pour une année 2021 qui s’annonce très incertaine, Sabryna Keller a tout de même quelques objectifs : « L’envie de retrouver des stades pleins, de continuer à développer l’ambiance à travers Femmes de Foot, qu’il y ait davantage d’abonnées. » Un objectif dans la lignée de tout ce qui a déjà été mis en place et qui donne au Racing une multitude de supporters : « J’ai la sensation qu’aujourd’hui au Racing, y a des femmes au stade et j’en suis très heureuse, où qu’elles se trouvent. L’essentiel c’est qu’elles puissent supporter leur équipe, qu’elles apportent leur touche et qu’elles soient heureuses de venir. »

Il est vrai que la Meinau est un endroit à part, où tout un public soutient le Racing. « Personne ne reste indifférent quand il rentre à la Meinau, les personnes sont 100 % séduites par le stade et l’ambiance. Pas une nana m’a dit qu’elle s’était ennuyée. Il se passe toujours quelque chose. On arrive à faire d’une supportrice d’un jour une supportrice de toujours. » En espérant que tout cela continue !

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