Le 16 mars dernier, Emmanuel Macron annonçait un confinement généralisé pour tenter d’endiguer l’épidémie de coronavirus. La France entrait alors dans une période de confinement exceptionnelle, un moment historique. Dès l’annonce de cette privation de liberté, d’incroyables élans de solidarité se sont mis en place à Strasbourg. Sur les réseaux, dans la rue, aux fenêtres, sur les balcons comme aux pieds des hôpitaux, l’entraide était là. Nous étions tous dans la même galère et nous partagions beaucoup, aussi bien les bons moments que nos peurs ou nos angoisses. Mais depuis le début de ce second confinement, l’ambiance n’est plus la même. Aux oubliettes la bienveillance généralisée. Mais alors, qu’est ce qui a changé depuis ce premier confinement ? On vous a posé la question, pour essayer de mieux comprendre, ensemble, la période que nous vivons.

© Samuel Campion / Pokaa


Une plus grande souplesse dans les déplacements

« J’ai l’impression d’être le seul à rester chez moi« . C’est en tout cas le sentiment de Baptiste, l’un des nombreux Strasbourgeois ayant répondu à la question que nous avions posé sur notre compte Instagram : « Pour vous, quelle différence y a-t-il entre ce confinement et le précédent ? ». Un ressenti partagé également par Audrey : « le 1er confinement était sérieux. Celui-ci me paraît être n’importe quoi, et j’ai beaucoup de mal à le respecter. Je crains de finir en dépression s’il dure… ». Pour beaucoup d’autres, comme par exemple Smipka ou Colombe, les Strasbourgeois ne respectent pas assez cet isolement forcé : « Tout le monde s’en fout« . Marillion Molly-Maze Simpkins, elle, va plus loin avec une simple question qui en dit beaucoup : « Le deuxième quoi ?« .

Il est vrai que lors du premier confinement, la France a été entièrement bouclée, plus grand chose ne bougeait dans les rues. Les transports étaient quasiment au point mort, les aéroports fermés, chacun était chez soi, hormis quelques corps de métiers sélectionnés par le gouvernement. Le chemin du travail était alors strictement réservé au personnel de santé, aux caissiers, aux éboueurs, aux livreurs... À ce moment-là, les attestations de sortie semblaient simples, claires, et les possibilités de frauder peu nombreuses.

Aujourd’hui, les règles ont changé : malgré le fait que le télétravail soit rendu obligatoire lorsqu’il est possible, beaucoup plus de Français sont autorisés à se rendre sur leur lieu de travail et peuvent, grâce à une dérogation employeur, se déplacer pour effectuer une mission précise. Les allées et venues deviennent donc difficilement contrôlables, et cette plus grande souplesse juridique permet mécaniquement davantage de déplacements. C’est effectivement ce que souligne un sondage publié par l’Ifop ce jeudi 12 novembre : en à peine une semaine, une majorité de Français admet avoir déjà transgressé les règles de circulation depuis l’entrée en vigueur du confinement le 30 octobre 2020 : 60 %, soit quasiment deux fois plus que ce que l’Ifop avait pu observer lors du premier confinement après 6 semaines (33%). » Résultat : on est plus vraiment tous dans le même bateau. L’effet de groupe, si présent lors du premier confinement, serait-il en train de s’émietter ? C’est en tout cas l’avis de Céline : « Que personne ne respecte le confinement, en temps que soignante, c’est déprimant ».

À noter quand même que, pour d’autres, la plus grande flexibilité de ce second confinement est bienvenu : « Lors du premier confinement, les écoles étant fermées, j’étais en télé travail et 24h / 24h seule avec mes enfants. Sans aucun contact social, je n’étais vraiment pas bien […]. Là, pour ce deuxième confinement, les écoles étant ouvertes, je travaille en présentiel sur site, je vois mes collègues, cela se passe bien mieux » témoigne Steph de Angelis.

© Samuel Campion / Pokaa


Un « effet de nouveauté » qui s’est dissipé

« On a moins d’espoir parce qu’on ne sait pas si c’est le dernier » explique Marguerite. Comme elle, Marion évoque un certain effet de surprise du premier confinement, vite étouffé par un sentiment de peur qu’elle ne ressent plus lors de cette deuxième vague : « (…) Je dirais que pendant le 1er confinement,on avait tous l’esprit occupé par cette nouvelle qui nous est tombé sur la tête, la peur aussi était bien présente, l’inconnue (…) Là, le 2ème, on connaît la chanson on va dire. Un sentiment également partagé par Loick : « Avant on pensait qu’après le confinement tout redeviendrait normal, ce n’est plus le cas maintenant« . Sevil Budak va même plus loin en parlant de « traumatisme » pour la première vague, une situation qui, selon lui, n’a plus rien à voir avec celle d’aujourd’hui : « Au premier confinement, tout le monde était sous le choc (un vrai trauma collectif selon moi) et on a dû s’organiser individuellement et collectivement. Relativement nouvelle à Strasbourg, j’ai trouvé le réseau de solidarité au top, vraiment ! Après une fois déconfiné, c’est quasi impossible de revenir en arrière je pense… Ce deuxième confinement n’est pas comparable au premier et ce n’est donc pas un vrai confinement : les écoles sont ouvertes, les enfants sont scolarisés simplement le télétravail s’est répandu. »

Le premier confinement aurait-il donc été davantage respecté par les Français car il était inédit et que virus était naissant, qu’on le connaissait très mal (même si c’est encore le cas aujourd’hui) ? Même si personne ne se réjouissait d’être enfermé, notre méconnaissance et notre bon sens nous poussaient-ils, peut-être, à accepter davantage une situation nouvelle sur fond d’inquiétude, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui ?


Un ras-le-bol généralisé

« Ce n’est qu’un pseudo-confinement… C’est extrêmement brouillon de partout (état, préfecture, collectivité…), tout le monde tâtonne alors que c’est le 2ème « confinement » ! On pouvait s’y attendre et s’y préparer mais on dirait que ça n’a pas vraiment été fait… Je suis un peu en colère par rapport à ça et très désabusée par rapport au 1er confinement où j’avais plus « confiance » dans les décisions prises. » constate Zélia Rei. Elle n’est pas la seule à avoir l’esprit embrouillé par ces informations qui nous arrivent des différentes institutions. Vous avez été extrêmement nombreux à nous écrire pour nous faire part de votre ras-le-bol et votre sentiment d’incompréhension. Et évidemment, les privilèges de certains font grincer les dents des Strasbourgeois qui défendent vaillamment leurs commerces de proximité, comme Ninih Migeon qui nous déclare : « C’est un confinement à 2 vitesses, ce sont toujours les mêmes qui en prennent plein la tronche. Je parle bien des commerçants locaux qui sont malmenés au profit de grosses chaînes qui continuent de s’engraisser sans aucun scrupule. »

Frédéric, lui, va encore plus loin : « On sépare commerce essentiel de non-essentiel sans savoir ce qui l’est ou non (…), On fait passer des prêts donc de l’endettement pour des aides, (…) les petits doivent gratter partout pour avoir 100€ par ci 100€ par là (…). Et il y a un énorme problème de communication. Déjà au premier les gens rigolaient et se moquaient du gouvernement mais là les gens ne rigolent plus et commencent à s’insurger, on est entrée dans une espèce de « pseudo dictature » sous couvert de démocratie et de sécurité sanitaire.«  D’autres, comme Françoise, évoquent ce fameux ras-le-bol et expriment clairement leurs besoins profonds de socialisation « Le 1er était ultra anxiogène : pas de possibilité d’ouvrir mon cabinet de psy, l’inconnu sur la dangerosité, le stress des files d’attente des magasins. J’ai tout bien respecté et suis restée cool à bronzer et travailler dans mon jardin. Pour le 2e moins de stress. Ras-le-bol. Je contourne les droits. Je reçois des amis en faisant attention (1 à la fois). Notre vie sociale a été tellement réduite, même entre les deux confinements, que là, c’est trop demander, et comme le temps est morose, j’ai besoin de voir des gens.« 

Un raz le bol compréhensible, car quoi de plus difficile que d’avancer à tâtons pendant un moment si anxiogène ?

© Samuel Campion / Pokaa


Solidarité et créativité : où sont-elles passées ?

« Le 1er confinement était sévère mais c’était le printemps, le soleil et beaucoup de solidarité… Le 2ème est plus difficile: automne, nuit tôt, moins de solidarité car plus compliqué «  nous envoie Fabienne. Un sentiment partagé par Lili : « lors du premier je me suis un peu éteinte […] Par contre, je me suis fait des tas d’amis fort drôles et même très gentils par sur le groupe Facebook solidaire Tousse Ensemble . Ce second confinement est un peu plus facile, certes pas assez de boulot, mais ça respire mieux. Par contre et du coup, il y a moins de fantaisie, d’absurde et de non-sens. Et peut être moins d’amis potentiels ». Il est vrai que l’immense élan de solidarité qui surgissait spontanément, notamment à l’égard des soignants, semble s’être tari. Pourtant, comme en témoigne May, l’heure devrait justement être à la solidarité et au partage : « Le 1er confinement avait fait émaner beaucoup de solidarité et de respect/reconnaissance envers le personnel soignant… Maintenant NADA. (…) C’est une ambiance morose pour cette période de Noël, période de partage.« 

Rappelons-nous qu’au printemps, chaque soir, à 20h, nous étions tous aux fenêtres pour applaudir nos soignants et le personnels de santé dans son ensemble. Des élans de solidarité voyaient le jour dans la rue, sur les façades de nos immeubles, sur les réseaux sociaux, entre voisins, on s’appelait pour prendre des nouvelles. Est ce que ces mouvements d’altruisme purs se sont envolés ou sont-ils simplement plus discrets ? Pourquoi n’y a-t-il plus de mots doux sur nos façades, peu ou plus de trafic sur les groupes solidaires ? Est-ce que nous ne serions pas retournés instinctivement à nos individualités habituelles ?

© Julien Voarick


Une histoire de saison et de météo


« Une grande lassitude, une météo en berne ». C’est vrai qu’à l’heure actuelle, si l’on compare l’ambiance générale et la météo à celle de mars dernier, on ne peut que rejoindre Alex lorsqu’il nous parle de lassitude. Comme lui, Pat insiste sur le coup de boost que peut apporter le précieux soleil printanier et la morosité de la grisaille de fin d’année : « Côté vie pratique, il n’y a pas de différence pour moi entre les deux (je suis retraitée) ; en revanche, côté moral, si : en mars, je me sentais dans une attente positive : on allait vers l’été, les journées s’allongeaient et le temps embellissait, et bientôt on se déconfinerait ; actuellement, c’est la nuit qui s’allonge, le temps qui devient plus gris, et on se demande combien de temps encore on alternera confinement, couvre-feu et tout le toutim … ». Une constatation partagée également pas Sarah, qui ajoute une petite touche d’humour plus que bienvenue :

Car oui, il ne faut jamais, jamais, sous-estimer le pouvoir d’un rayon de soleil qui te réchauffe la tronche pendant des heures. En mai, on trouvait dans la chaleur qui commençait à pointer son nez un moyen non-négligeable de relativiser, de mieux tenir le coup, de penser à l’été, à la plage et à tous ces trucs géniaux qu’on faisait pendant les beaux jours. Aujourd’hui, il fait nuit à 17h, et même si la météo reste agréable pour un mois de novembre, forcément, ça joue sur le moral des troupes. Heureusement, d’autres, comme Charlie (pour finir sur une bonne nouvelle) vivent leur meilleure vie : « Alors en ce qui concerne mon état d’esprit il est plutôt bon. J’ai pas envie de me morfondre et je ne vois pas bien l’intérêt. On est quand même confinés en 2020 avec internet, télé, bouquins, ordinateurs, consoles et tout ce que tu veux pour s’occuper. Je pense quand même être privilégiée. Et je suis d’autant plus privilégiée que j’ai un job dans la fonction publique qui m’a permis de vivre correctement ces derniers mois. C’est beaucoup plus la galère pour pas mal de gens. Donc je reste dans un état que j’essaie de garder positif et d’être bienveillante avec les gens autour de moi, rendre des services. C’est aussi un temps parfait pour approfondir ma culture littéraire et cinématographique, donc je suis assez contente. »


LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here