Ces temps de confinement nous permettent de nous poser un peu plus. De prendre davantage le temps de réfléchir et de se poser des questions. Et peut-être que certains d’entre vous réfléchissent à Strasbourg, notre belle ville, qui a de beaux secrets à nous faire découvrir, au détour de ses quartiers. Pour vous la faire connaître encore davantage et vous faire un peu voyager durant cette période compliquée, voici une série sur différents quartiers strasbourgeois : aujourd’hui, allons découvrir le récent quartier de Hautepierre, audace urbanistique qui n’a pas eu les effets positifs escomptés.

Ayant habité à Oberhausbergen pendant plus de 10 ans, je suis plutôt familier avec le quartier de Hautepierre. Enfin, aussi familier que quelqu’un qui n’y vit pas et qui n’y fait que passer. Néanmoins, j’étais impatient de me plonger dans l’histoire de ce quartier que je ne connaissais que par ce que j’y faisais et par la réputation qu’il avait. Alors en vélo Simone, je vous emmène découvrir Hautepierre et toutes ses faces cachées !

© Nicolas Kaspar/Pokaa

Une histoire récente

On connaît aujourd’hui Hautepierre pour sa réputation de quartier chaud ainsi que pauvre, faisant parti des quartiers prioritaires de la politique de la Ville (QPV). Mais avant tout ça, l’histoire du quartier commence dans les années 1960. Avant, on ne parlait que d’un seul quartier : celui de Cronenbourg, rempli d’histoires et d’Histoire. Après la Seconde Guerre mondiale, le quartier connaît de nombreux changements : le Centre national de recherches nucléaires et plus globalement le CNRS apparaissent au nord de Cronenbourg dès 1959. En outre, la cité Nucléaire, et ses plus de 2 000 logements, sort de terre entre 1963 et 1972. Au sud, le secteur Saint-Antoine, près du club de football et de tennis du FC Kronenbourg, se caractérise par une prédominance d’habitat pavillonnaire datant des années 1960-1970, avec quelques immeubles collectifs.

C’est dans cette même période qu’apparaît notre quartier du jour, celui de Hautepierre. En 1965 très exactement. Dès lors, Cronenbourg se retrouve divisé en plusieurs quartiers : Hautepierre, Poteries et Hohberg. Pour la petite histoire, le nom du quartier est tiré d’un lieu-dit Hohenstein, littérallement « haute pierre » dans la langue de 99 Luftballons. Ce lieu-dit fait référence à une famille alsacienne qui a fait construire un château du même nom, aujourd’hui en ruine, mais pas avare en histoire, que l’on vous racontait ici.

Hautepierre a de la maille

Revenons à notre Hautepierre. Lorsque le quartier fut sorti de terre, l’ambition était gigantesque : accueillir 30 000 habitants dans un quartier qui devait allier les avantages de la ville aux charmes de la campagne. Son architecte ? Pierre Vivien, architecte en chef des bâtiments civils et palais nationaux. Le Monsieur Vivien a eu une idée, très populaire à l’époque qui s’attelait à repenser le « vivre ensemble » : une organisation en mailles hexagonales, en « nid d’abeilles ». Grande nouveauté : les voies de communication ne traversent aucune des mailles, mais les contournent. Ce qui signifie pas de feu rouge, pas de croisement, pas de virage à angle droit : la circulation est prévue à sens unique.

À l’origine, il y aurait dû avoir 13 mailles, mais la crise pétrolière de 1973 a réduit les possibilités. Finalement, il n’y en aura que 8. Dans le lot, cinq sont destinées à accueillir des logements. Petite particularité, elle portent toutes le nom d’une femme : Éléonore, Catherine, Brigitte, Karine et Jacqueline. Les trois restantes concernent le centre commercial, le parc de loisir et l’hôpital, dont on parlera plus loin.

Très enclavé par cette architecture en maille, le quartier n’a pas vraiment réussi à s’ouvrir vers la ville, malgré l’arrivée du tram en 1994. Il en résulte néanmoins une vraie vie de quartier, avec la mosquée et le centre social et culturel Le Galet notamment, avec en son sein la médiathèque de Hautepierre, ainsi qu’une identité très marquée, en réponse à l’éloignement ressenti par rapport à la ville. Le quartier s’est tout de même modernisé avec le réseau de tramway, qui s’est bien développé depuis 26 ans. On peut désormais aller faire un spa à l’hôtel Athena en s’arrêtant à Duc d’Alsace, aller au Zénith en s’arrêtant à Parc des Sports ou se rendre au centre commercial et dans la zone industrielle du quartier avec la station Paul Éluard.

Un immense centre commercial qui est devenue le centre névralgique du quartier

Justement, le quartier de Hautepierre est également connu pour sa zone industrielle et surtout le centre commercial Auchan qui trône avec sa pyramide en verre au-dessus de ses étages de parking. Que l’on habite Eckbolsheim, Oberhausbergen ou les quartiers de Cronenbourg, Poteries ou Koenigshoffen, impossible de ne jamais avoir été au Micromania acheter des jeux vidéos, au Faller pour se goinfrer de bonbons ou tout simplement faire ses achats au sein de l’immense Auchan.

Pourtant, ce grand centre commercial n’était pas le premier choix. À l’origine, l’objectif était d’intégrer les commerces à la vie de quartier, en faire des commerces de proximité, comme on peut en voir partout aujourd’hui dans des quartiers strasbourgeois tels que la Krutenau ou le Neudorf. Sauf que le choc pétrolier de 1973 a réduit ces espoirs en fumée en stoppant le chantier. Dès lors, changement de cap : attirer les grandes enseignes. C’est Auchan qui s’est installé, devenant très vite le point central du quartier, transformant le quartier en zone de passage. Heureusement que le marché de Hautepierre trépigne de vie de quartier tous les week-ends. Mais là encore, difficile de voir des Strasbourgeois du centre-ville.

© Nicolas Kaspar/Pokaa

Une zone industrielle qui se rajoute au centre commercial

Pour ne rien arranger à cette image de lieu de passage, autour du centre commercial s’est par la suite développée une zone industrielle en plusieurs parties. Près de l’autoroute on retrouve un Leroy Merlin, un Burger King, ou encore des concessionnaires automobiles. Pas l’apanage du fun, on est d’accord. De l’autre côté du centre commercial, au niveau de la station Paul Éluard, se trouve une autre zone industrielle, plus récente, où se trouvent des loisirs que vous connaissez sans doute, tels Ninja Storm, Block Out, le lancer de haches et bien évidemment Plumy Park, le clou du spectacle.

Si on s’enfonce un peu par la route au niveau de l’arrêt Dante, on se retrouve au niveau du Parc des Forges, troisième étape de la zone industrielle. On retrouve notamment un Grand Frais juste à côté d’un McDo, mais on remarque surtout qu’autour de cette zone industrielle se sont construits cette fois-ci des immeubles. Une amorce d’un développement futur du quartier.

Un quartier qui contient la crème du médical

Dans la deuxième des trois mailles non affrétées au logement se trouve la partie médicale. Difficile de ne jamais avoir entendu parler de l’hôpital de Hautepierre. Ouvert en 1979 et faisant partie des hôpitaux universitaires de Strasbourg, l’hôpital possède une excellente réputation, qui l’a même classé premier pour la prise en charge de la sclérose en plaque et l’opération du canal carpien, et second pour la chirurgie de l’épaule, selon le récent classement du magazine Le Point.

Une réputation encore davantage améliorée par l’ouverture de l’Institut de cancérologie Strasbourg Europe (ICANS). Le 18 novembre 2019, les premiers patients atteints de cancer étaient accueillis dans ce bâtiment flambant neuf de plus de 30 000 m2. Encore une fois, Strasbourg pèse dans l’innovation médicale. Et cette fois, Hautepierre est partie prenante du processus.

Du sport à tout bord

Pour terminer ma balade, je me rends dans la maille affairée au parc de loisirs. Une maille que je connais très bien. Un stade d’athlétisme qui a accueilli des meetings internationaux, des terrains pour le club de rugby strasbourgeois qui est allé jusqu’en troisième division nationale, les installations de la Ligue d’Alsace de tennis ou encore la piscine en plein-air, le quartier ne manque d’aucune installation pour faire du sport.

Par ailleurs, c’est également à Hautepierre que se sont déroulés les Internationaux de Strasbourg pendant 23 ans, de 1987 à 2010. Un tournoi qui fait la fierté de nombreux Strasbourgeois et qu’il ne faut pas uniquement associer au Tennis Club de Strasbourg, où se déroule désormais le tournoi. Le quartier a vu passer des légendes du sport comme Steffi Graff, Jennifer Capriati et la dernière gagnante sur son sol : Maria Sharapova. Pas mal du tout.

Cette construction architecturale ambitieuse avait un objectif principal, comme on peut le retrouver dans un article du Monde datant de 1970 : « ne pas être un nouveau grand ensemble, agglomérat sans âme où les familles peuvent se loger sans pouvoir véritablement y vivre. » Cinquante ans après, on peut raisonnablement dire que les résultats sont contrastés. Hautepierre forme un grand ensemble à l’identité et à la vie de quartier très marquées, mais avec un centre commercial et une zone industrielle dépourvus de toute âme. Alors à voir ce que la Ville souhaite faire des 1,3 milliards qu’elle a en stock pour rénover sept quartiers prioritaires, dont Hautepierre. Parce que ce dernier a également des qualités à montrer.

2 COMMENTAIRES

  1. Bonjour, une petite erreur sur  » la médiathèque du Galet » , il s’agit du centre social et culturel Le Galet sur la photo.
    La médiathèque c’est la médiathèque de Hautepierre

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