Le temps des concertations est terminé, c’est le moment de rentrer en action. Ce n’est pas la devise du prochain Fast and Furious : Choucroute Edition, mais bien la deuxième partie du projet de renouvellement urbain de l’Eurométropole de Strasbourg. Cet ambitieux plan prévoit que sept quartiers prioritaires de la ville (QPV) bénéficieront d’une enveloppe d’1,3 milliard d’euros, pour s’offrir un lifting en profondeur et faire reculer la pauvreté, toujours bien présente à Strasbourg.

Une première étape de renouvellement urbain multicarte

Si l’Eurométropole entre aujourd’hui dans la deuxième phase de son projet de renouvellement urbain, cela signifie qu’il y a eu une première phase. Tout a commencé en 2005, année de la première victoire de Rafael Nadal à Roland Garros. Entre 2005 et 2015, ce sont 846 millions d’euros qui sont investis dans le cadre pur de la rénovation urbaine, accompagnés par 236 millions d’euros investis dans les transports pour désenclaver les quartiers et 650 millions d’euros d’investissements privés dans les quartiers. Ainsi que neuf Roland Garros pour Nadal.

Crédit photo : DUAH/GCT/B.Soulet

Cela suit la création de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), en 2004. Sous l’impulsion de Jean-Louis Borloo, elle prévoit un effort national sans précédent de transformation des quartiers les plus fragiles classés en Zones Urbaines Sensibles (ZUS), effort qui porte sur les logements, équipements publics et aménagements urbains. Si depuis la loi Lamy de 2014, on ne parle plus de ZUS mais de QPV, l’objectif est resté le même : faire évoluer ces quartiers prioritaires, où existe une concentration des populations ayant des ressources inférieures à 60 % du revenu médian, vers « des espaces urbains caractérisés par la diversité des fonctions et des types d’habitat, l’ouverture et les relations avec le reste de la ville, la qualité des espaces publics ».

En d’autres mots : diversifier les équipements et espaces publics, tout en menant une réflexion sur leur appropriation par les habitants du quartier.

Identification, concertation…

Pour la deuxième phase du plan, Il s’agissait dès lors d’identifier les QPV qui allaient en bénéficier. Selon le Contrat de Ville de l’Eurométropole de Strasbourg, il y a 18 QPV dans notre Eurométropole, soit un peu plus de 77 000 habitants (environ 16%). Parmi eux, sept ont été identifiés par l’ANRU et bénéficieront ainsi du Nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU). On a :

  • A Illkirch, le quartier Libermann, avec 950 € par mois de revenu médian.
  • A Lingolsheim, le quartier Les Hirondelles avec 833 € par mois.
  • A Schiltigheim/Bischheim, le quartier Les Ecrivains, avec également 833 € par mois.
  • Enfin, à Strasbourg sont concernés les quartiers Cronenbourg, Elsau, Hautepierre et NeuhofMeinau. Avec respectivement 725, 675, 717 et 666 € par mois de revenu médian.
Capture d’écran de la note 204 de l’ADEUS

Par la suite, l’Eurométropole a mis trois ans pour enclencher la nouvelle phase de son plan de rénovation urbaine. De septembre 2016 à décembre 2018 s’est déroulée la phase d’études. En son sein : des concertations citoyennes pour échanger sur les tenants et aboutissants du projet et des diagnostics. Les citoyens de ces quartiers ont en effet été invités à participer aux discussions concernant le futur de leurs quartiers.

… gentrification ?

Ce sont donc pas moins de 1,3 milliard débloqués pour rénover ces quartiers en profondeur. Or, dès que l’on commence à parler de rénovation de quartiers où la pauvreté est présente, il existe un risque que ceux-ci changent totalement d’apparence. Ce genre de projet de rénovation amène en effet souvent de nouveaux types de populations, généralement mieux dotées en capital culturel – ce qu’on appelle la « bourgeoisie intellectuelle » – au sein de quartiers prioritaires, ce qui peut améliorer la mixité sociale, mais également participer à un embourgeoisement de la population présente, résultant à un report de la pauvreté encore au-delà de ces QPV.

Crédit photo : Chloé Moulin

Si l’objectif affiché – améliorer la qualité de vie, ouvrir le quartier sur son environnement, la qualité des logements – est atteint, alors ce sera une superbe nouvelle pour une ville de Strasbourg qui se construirait avec tous ses habitants, et non pas seulement ceux qui ont les monnaies sonnantes et trébuchantes. Faire reculer la pauvreté oui, mais cela ne doit pas se faire au détriment des populations les plus pauvres. A voir à l’horizon 2026.

La ville de Strasbourg est extrêmement ambitieuse dans son projet de renouvellement urbain. En plus du projet Deux Rives et Coop, ces 1,3 milliard débloqués pour sept quartiers prioritaires promettent de changer le visage de notre belle ville de manière durable. Si le projet est davantage construit avec les habitants que les promoteurs immobiliers, il y a moyen de créer quelque chose de vraiment beau. A voir désormais comment tout cela va continuer. Une chose est sûre : on sera très attentifs au développement de ces différents projets.


Crédit photo de couverture : Chloé Moulin

1 commentaire

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here