Depuis 2014, la cellule Etena (Étudiant-entrepreneurs en Alsace) accompagne des étudiants dans leur projet entrepreneurial en leur proposant un suivi attentif, du coaching, des fablabs et un statut leur permettant de développer leur activité en marge de leurs études. Chaque année, un prix vient même récompenser l’un des projets accompagnés d’une enveloppe de 10 000 euros. Rencontre avec trois jeunes entrepreneurs qui ont su tirer profit de cet accompagnement particulier.

« J’ai été surprise de tout ce qui est nécessaire pour mener une entreprise à bien. »

À respectivement 27 et 25 ans, Eléna Androuais et Elisa Morath sont aujourd’hui à la tête de Lélli studio, une start-up de design qui conçoit du mobilier en matériaux recyclés issus de la déconstruction. Particulièrement sensible à la question de la valorisation des déchets, Eléna travaillait sur la réutilisation du bois incendié pour son projet de fin d’étude quand elle a croisé la route d’Elisa Morath. « C’est elle qui m’a parlé du statut d’étudiant-entrepreneur que je ne connaissais pas du tout, se souvient Eléna. Je me suis dit que c’était une manière de poursuivre mon projet de diplôme, de l’emmener plus loin. »

Eléna se tourne alors vers la cellule Etena, l’une des 29 Pépites (Pôle étudiant pour l’innovation, le transfert et l’entreprenariat) reconnus en France, pour obtenir ce statut particulier qui permet de concilier un emploi du temps étudiant et un accompagnement permettant de développer son projet entrepreneurial. Un aménagement similaire à celui du sport-étude… pour ceux qui veulent se lancer dans l’entreprenariat. Il permet aussi de bénéficier du statut étudiant encore un an après la fin de ses études.

Ce statut en poche, Eléna a pu intégrer Starter, l’un des programmes d’Etena, pour développer son projet. Et avoir accès à des ateliers qui lui ont permis de fabriquer gratuitement des prototypes. Mais surtout, elle a pu être « rassurée, accompagnée pendant un an. Parce qu’on ne sait pas forcément faire du marketing, ou des plans de financement lorsque l’on sort d’école. » L’entreprenariat n’était pas forcément la voie à laquelle elle avait pensé en s’engageant dans ce cursus. Ou du moins pas tout de suite. « Beaucoup d’enseignants ont leur propre entreprise, mais ils nous expliquent que ce n’est pas facile d’en créer dans ce secteur. Je pensais d’abord être salariée et travailler sur mon projet personnel à côté. »

Son cursus d’étudiante-entrepreneure lui a finalement permis de ne pas attendre. Avec Elisa, elles travaillent actuellement sur un dossier pour financer leur activité, et pensent participer au prix Pépite, qui récompense l’un des projets accompagnés par Etena d’une enveloppe de 10 000 euros. Plusieurs mois après le début de cette aventure, Eléna avoue être « surprise par tout ce qui est nécessaire pour mener une entreprise à bien. Il faut vraiment être multitâches, multisavoirs. C’est impressionnant, par exemple, la quantité de savoir nécessaire pour gérer toute la partie administrative. Mon on a vraiment été très bien soutenues. »

Elisa Morath à gauche et Eléna Androuais / © François-Alexandre Mouton


« L’entreprenariat est extrêmement stimulant. Il faut toucher à tout ! »

À 24 ans, Julien Masseron travaille actuellement sur la création de Smartium, une start-up spécialisée dans l’optimisation de la mesure de la radioactivité. Après une licence de physique et un master 1 plutôt généralistes, ce Haguenovien s’est orienté vers un master 2 physique des rayonnements, spécialité physique des rayonnements, instrumentation, détecteurs et imagerie. « À l’origine, je partais sur de la physique fondamentale, se souvient-il. Mais je me suis finalement aperçu que la recherche fondamentale, ce n’était pas ma tasse de thé. »

« Je me suis orienté vers un domaine plus applicatif après un stage en M1 au sein de l’équipe de recherche de l’Institut pluridisciplinaire Hubert-Curien (IPHC). On travaillait sur un projet de cartographie par drone de la radioactivité, détaille t-il. En travaillant dessus, l’équipe s’est rendue compte qu’il y avait un projet à valoriser, qui pourrait avoir un caractère entrepreneurial. » Julien s’est donc lui aussi tourné vers le statut d’étudiant-entrepreneur, pour contribuer au développement de Mercure, le projet de mesure des rayonnements par drone qui a donné naissance à Smartium.

Julien Masseron / © Nicolas Busser, CNRS

Lui aussi a participé au programme Starter d’Etena. Smartium, le projet entrepreneurial permettant le développement, la commercialisation et l’amélioration de Mercure, a même reçu le prix Pépite 2020. Soit une enveloppe de 10 000 euros qui servira à la création de cette entreprise, co-fondée par une partie des membres de l’équipe de recherche de l’IPHC. Industries, domaine médical, archéologie… les débouchés pour ce projet sont nombreux.

Si Julien a « eu le déclic » concernant l’entrepreneuriat au cours de la maturation du projet avec une autre structure, c’est avec l’un des programmes d’Etena qu’il a acquis un certain nombre de compétences lui permettant de mener à bien son projet. « Le monde de l’entreprenariat peut faire un peu peur, il y a beaucoup de questions juridiques, commerciales. J’ai essayé de m’informer le plus possible. C’est ce qui m’a amené à demander le statut d’étudiantentrepreneur. » Plusieurs mois après s’être lancé dans cette expérience, le jeune ingénieur se sent parfaitement à sa place dans le milieu de l’entreprenariat. « C’est extrêmement stimulant. Il faut toucher à tout, se pencher sur des questions de stratégies… personnellement j’aime beaucoup. Au début, il y a forcément une petite crainte, ne serait-ce qu’au niveau des responsabilités qu’on va être amené à prendre. Mais ça va de mieux en mieux avec le temps. Je dirais même qu’au final, c’est assez stimulant de tout apprendre de zéro. Chacun en est capable, ce sont juste des compétences à acquérir. »

Julien Masseron / © Nicolas Busser, CNRS


« Avant, j’avais l’image d’Épinal de l’entrepreneur qui réussit tout tout de suite. »

À 24 ans, Pierre Allheily a lancé pendant le (premier) confinement Autour du local, une plateforme qui permet de faire ses courses en ligne pour acheter des produits locaux et se les faire livrer en centre-Alsace, dans le secteur de Barr-Obernai. Titulaire d’une licence administration économique et sociale, Pierre a développé son projet en parallèle de ses études, grâce au statut étudiant-entrepreneur.

« Après le bac, je n’étais pas spécialement fixé sur ce que je voulais. C’est pour cela que j’ai choisi une filière généraliste. Mais j’ai toujours été entreprenant, du genre à prendre les choses en main », explique celui qui a même co-fondé une association organisant des évènements festifs pour en reverser les bénéfices à des œuvres caritatives. Comme pour Eléna, c’est en rencontrant quelqu’un qui était passé par le statut d’étudiant-entrepreneur qu’il a découvert ce dispositif. « J’ai commencé à chercher un projet qui pouvait me convenir. »

Sauf qu’il n’y en eut pas un, mais trois. Le premier était une plateforme mettant en relation des particuliers et des professionnels dans l’organisation de l’évènementiel. « J’ai rencontré beaucoup de difficultés, je n’avais pas le bagage nécessaire. » Le deuxième était une plateforme proposant des recettes de repas dont les ingrédients étaient directement livrés à la maison. Des « soucis techniques » ne lui ont pas permis d’aboutir. C’est finalement avec Autour du local que Pierre s’est lancé dans l’entrepreneuriat.

La différence avec une Amap ? « On a une vision un peu plus large du local, détaille t-il. On ne travaille pas forcément qu’avec de petits producteurs. On propose par exemple des pâtes Grand-mère, les seules à être 100% alsaciennes car produites à partir de semoule de blé dur cultivé ici. Nos valeurs, c’est : le local avant tout. On se fournit au plus près. Une courgette produite dans les Vosges, pour nous, ce n’est déjà plus du local. » Il conçoit son projet comme « un entre-deux entre la qualité du marché et le côté pratique du supermarché. »

Contrairement à d’autres étudiants-entrepreneurs, Pierre avait déjà acquis un certain nombre de compétences utiles à la création d’une entreprise grâce à son cursus. Mais cette « mise en pratique de ses connaissances a consolidé l’expérience théorique », grâce, une fois encore, à l’accompagnement d’Etena. « Avant, j’imaginais l’entrepreneuriat comme quelque chose de beaucoup plus simple. On ne redoute pas toutes les étapes à passer. Avant, j’avais un peu cette image d’Epinal de l’entrepreneur qui réussit tout, tout de suite. Qui peut changer sa situation en une semaine. Alors, oui, ça peut changer très vite, sourit-il, et c’est très motivant, mais ça demande beaucoup d’engagement de notre part. » L’accompagnement dont il a bénéficié lui a permis de trouver des contacts. Cela a été « un accélérateur ». « Ce qui a été bénéfique, ce sont les retours et les analyses prodigué par les coachs, qui ont permis de réorienter le projet et le remettre en bonne voie. » Aujourd’hui, Autour du local poursuit son développement, et devrait bientôt ouvrir un point de vente à Zellwiller.

Pierre Allheily / Document remis


V.P.

1 commentaire

  1. En allant sur le site, on trouve des citrons d’Espagne, du Reblochon de Savoie, du riz Cantonnais. En effet, comme dit l’article « On a une vision un peu plus large du local ». Huile d’olive, café, marmelade d’orange, « Nos valeurs, c’est : le local avant tout.  » On croirait un sketch des Inconnus… Je n’ai rien contre la vente et la consommation de ces produits, j’en achète et en consomme moi-même. Mais ne prétendez pas être « Local avant tout », alors que vous n’êtes qu’un supermarché en ligne, avec certes de bons produits ….

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