La crise du Covid a bouleversé de nombreux mondes, et notamment celui du sport. À Strasbourg, cela signifiait ne plus avoir de SIG, d’Étoile Noire et surtout plus de Racing. Un club qui a manqué à ses 19 000 abonnés, à sa ville et à ses habitants. Mais même les mauvaises choses ont une fin : le 30 août dernier, les Bleus et Blancs revenaient nous faire vibrer. Chacun possède son histoire avec le Racing et c’est ça qui en fait sa beauté. Alors on a décidé de vous en raconter une, parmi des milliers.

Partie 1 : le premier jour du reste de notre vie

Rien n’est pareil. Le Racing recommence sa saison en Ligue 1 dans son antre, recevant l’OGC Nice. La nuit tombe doucement sur Strasbourg, illuminant un ciel qui s’est paré de ses plus belles couleurs pour célébrer le retour de ses chouchous. Ludo, Adrien, Dimitri, Momo ou Bingou, des visages et des figures qui sont de retour.

Les supporters aussi le sont, de retour. 5 000. Pas un de plus. C’est la jauge qui a été décidée. Avec près de 17 000 abonnés cette année encore, obtenir son précieux sésame dans les méandres de la billetterie a ressemblé au voyage d’Ulysse dans l’Odyssée. Long, éreintant mais couronné de succès.

Pire que Koh-Lanta… © Nicolas Kaspar/Pokaa

On pensait que la fin des épreuves allait de paire avec l’arrivée au stade. Mais que nenni. On n’avais pas encore affronté les zig et les zag pour avancer entre les différentes barrières. Un parcours semé d’embûches ressemblant davantage à un alcootest préventif qu’à un protocole sanitaire. Même pas un seul Picon et déjà la tête qui tourne. Le Racing va finir par me faire croire que j’ai perdu mes bonnes habitudes…

Les dernières lueurs du jour scintillent alors que je rejoins mon père. Lui et moi, on a attendu ça depuis six mois, comme une éternité. Pas d’étreinte, juste un check de coude. On est pudique dans ma famille. Mais ce n’est pas ça le problème : mon père est à risque. On déconne pas avec ces choses-là.

Notre masque sur le nez, aux couleurs du Racing of course, on se met à discuter des compositions d’équipe, des autres résultats de Ligue 1, autour d’une bière et d’une tarte flambée. Comme pour reprendre nos habitudes dans un paysage chamboulé.

Rien n’est pareil. Pas de Kop ce samedi soir, puisque les places debout ne sont pas accessibles. L’ambiance pâtit de l’absence de notre Mur bleu et montre à quel point Strasbourg, sans ses magnifiques 4 000 fadas, est un club comme les autres.

Allégorie de la tristesse. © Nicolas Kaspar/Pokaa

L’ambiance s’en ressent alors que les joueurs rentrent sur la pelouse. Quelques courageux supporters lancent des chants, repris avec ferveur par celles et ceux qui ne sont pas occupés à pester sur chaque perte de balle. Le Racing peine sans son public et malgré toute la bonne volonté de ceux qui chantent, on accuse le coup sur le premier but niçois. 0-1. L’équipe est encore en rodage, avec sa préparation perturbée par l’inconséquence de neuf de nos Bleus et Blancs qui ont chopé le Covid.

Le brouillon du terrain se transforme en bouillon avec le deuxième but niçois. 0-2. Les rares chants qui se faisaient encore entendre se tarissent comme les rivières du Bas-Rhin en été. On sent que les joueurs veulent, mais ils ne peuvent simplement pas. Difficile retour à la réalité. Mon père et moi rentrons un peu triste et un peu déçus. Pas forcément du résultat, ni de la manière. Mais pour l’histoire, qui aurait été si belle.

Partie 2 : la reprise des bonnes habitudes

Il est 13h30 ce dimanche 20 septembre et le soleil brille sur la Meinau. Moins sur le Racing qui n’a toujours pas pris le moindre point en Ligue 1. Trois défaites, un seul but marqué et sept encaissés : le bilan est peu reluisant. Comme d’habitude lors de période moins évidente, l’impatience se fait déjà sentir sur les réseaux sociaux. Rien de nouveau. Le problème, c’est que quand il y a seulement 5 000 personnes à la Meinau, l’impatience, on l’entend littéralement.

Qu’importe finalement. Pour obtenir son billet, il a fallu s’armer de courage et de ténacité, pour vivre une nouvelle aventure homérique. Trois heures d’attente devant un serveur saturé qui faisait n’importe quoi dès qu’il arrivait au bout. On aurait dit les offensives des attaquants du Racing jusqu’à présent… Le tout pour un match face à Dijon, peut-être l’une des trois autres équipes de Ligue 1 aussi peu rassurantes que nous.

Passion Racing. © Nicolas Kaspar/Pokaa

Mais malgré les critiques et les comparaisons de mauvaise foi, je l’aime mon Racing. Pour cette aventure qu’il me permet de vivre avec mon père, que je n’échangerais contre rien au monde. Même si c’était pour obtenir deux passes correctes d’affilées de nos milieux.

L’après-midi commence sous des auspices flatteurs : c’est le retour des Picons devant le stade, comme annonciateurs d’un résultat favorable. Discussions tactiques, café du commerce et descente qu’on n’aimerait pas remonter à vélo, on se retrouve vite fait bien fait nos verres vides et nos esprits concentrés.

Moins de zig, moins de zag et on se retrouve dans l’enceinte. Même pas la tête qui tourne, ça doit être le pouvoir magique du Picon. Mon père et moi, on se place en hauteur, pour avoir une discussion père-fils qu’on n’a pas eu depuis un petit moment. Difficile d’affirmer sa place d’adulte face à son père. Difficile de devoir être parent avec un jeune adulte cherchant sa place. On ne va pas se mentir, la bière aide à délier les langues et à exacerber les émotions. Grâce à la Meinau, ce cocon où l’on peut discuter de tout et de rien, on pose certainement des jalons pour les années à venir.

© Nicolas Kaspar/Pokaa

Mais discuter à cœur ouvert c’est bien. Aller soutenir son équipe, c’est quand même aussi pour ça qu’on est là. La nuit a remplacé le soleil sur le terrain, mais le Racing est loin d’être passé de l’ombre à la lumière. Cela reste aussi approximatif que volontaire et c’est la faiblesse abyssale de l’équipe de Dijon qui nous permet de rentrer aux vestiaires avec un piteux 0-0.

Ce n’est pas grave, et malgré l’ambiance qui perd progressivement en décibels, il ne faut rien lâcher. On vit des moments compliqués et le Racing permet, l’espace de quelques heures, d’échapper à nos réalités, de se changer les idées. Alors on continue de pousser.

Et ça fonctionne. Nos Bleus et Blancs se réveillent. Plus conquérants. Courageux. Une action dangereuse, une deuxième, un Mehdi Chahiri qui est venu du National pour dynamiter les défenses et qui le fait très bien. Liénard rentre, le chouchou revient dans sa maison. Il harangue le public et même si on n’est pas 25 000, on a envie d’y croire. Et soudain, comme s’il pouvait en être autrement, notre numéro 11 emblématique récupère un ballon sur le côté droit. Il se remet sur son pied gauche et adresse un centre comme on n’en avait pas vu depuis 80 minutes. Stefan Mitrovic, capitaine courage si souvent critiqué, s’élève dans les cieux strasbourgeois et place un coup de tête qui fait trembler les filets. Pour la première fois depuis 7 mois, tout un peuple s’est levé à l’unisson. Pas d’embrassades dans les tribunes, mais un long regard entre mon père et moi. Dans lequel a défilé mes craintes pour lui de choper un virus qui pourrait lui faire du mal, le plaisir de retrouver du football et de se retrouver tous les deux, à nouveaux seuls au monde et ensemble, regardant l’équipe qu’on aime.

« Stefan… Mitrovic » résonna quatre fois, avant un « Merci ! … De rien ! » qui tonna dans l’après-midi strasbourgeoise. Trois mots qui nous avaient tellement manqué. La fin du match aurait pu nous réserver une mauvaise surprise comme trois autres buts marqués, mais l’essentiel est là : Strasbourg remporte son premier match depuis 7 mois et lance enfin sa saison !

Partie 3 : le meilleur reste à venir

Le troisième match de nos p’tits Bleus est cet aprèm. S’avance face à nous Lille, un adversaire d’un tout autre calibre que Dijon. Le Racing est toujours aussi peu efficace devant qu’il est friable derrière. Mais il y a motif d’espoir. Cette fois-ci, dimanche 4 octobre, il pourra enfin compter sur son Mur bleu ! 1 700 personnes retourneront dans le Kop pour pousser, chanter, siffler l’équipe adverse et encourager leur équipe de coeur.

Mon père et moi, masques sur le nez et bière à la main, on sera là. Et dans notre amour du Racing, nous ne serons pas seuls, mais cinq milliers !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here