Tout le monde a déjà lu, vu ou ne serait-ce qu’entendu parler de la série Game of Thrones (Le Trône de fer en VF). Son scénario retors, ses batailles épiques, sa violence jubilatoire et ses intrigues à la mords-moi-le-nœud. Bien, bien, bien. Maintenant blasphémons un peu : le monde de Games of Thrones est-il vraiment si dingue et novateur que ça ? L’écrivain George R. R. Martin, qui est à l’initiative de la série romanesque adaptée à l’écran, a-t-il vraiment une imagination sans borne et un sens de la cruauté si décapant qu’on veut bien le dire ? Il suffit pourtant de tourner les pages du grand livre de l’Histoire de l’Alsace pour s’apercevoir qu’en matière d’événements qui déboîtent et d’intrigues ubuesques, notre région n’a décidément rien à envier au pays de Westeros. Pour vous le prouver, on vous embarque pour une série de l’été aussi sanglante qu’apprenante (car on a bien écouté les conseils du ministre de l’Éducation) ! [attention risque de spoilers]

Aujourd’hui : épisode 4/8 : l’Alsace : la vraie Mère des dragons ?

C’est l’été. Il fait chaud, on est bien. Je vous vois déjà dans votre jardin tenté d’allumer votre barbeuc’ avec du charbon de bois, un journal et une allumette. Dans Game of Thrones, la technique est plus expéditive. Faut dire qu’ils ont le lance-flammes le plus efficace que l’on puisse imaginer : un dragon. En plus y a même pas besoin de recharger la bonbonne d’essence. Bon d’accord, en général plutôt que des côtelettes de porc, c’est plutôt de la viande humaine qui est grillée vive. Mais quand même les dragons, c’est la classe. Savez-vous d’ailleurs que l’Alsace en a abrité plusieurs ?

vitrail de l’église Saint Amand à la Meinau (source: archi-wiki.org)

Même Strasbourg a eu le sien ! Enfin c’était un dragon-serpent. À l’époque de la légende, au IVe siècle, dans les premières années du christianisme, les deux n’étaient pas encore bien séparés et se confondaient souvent. Ils étaient les deux émanations du mal, le symbole du tentateur. Eh bien, sachez qu’une telle bête rôdait perpétuellement autour des remparts de la ville, blasphémant (oui les dragons pouvaient blasphémer, bêtes fascinantes n’est-ce pas !) à tout-va et rôdant dans les champs des paysans. Alors Amand, premier évêque de Strasbourg, zigouilla la bête, non sans lui avoir ordonné au préalable de se laisser faire – si ça, c’est pas de la persuasion mentale ! Amand fut ensuite canonisé. On peut dire qu’il l’avait bien mérité !

Le plus connu des dragons alsaciens est certainement le dragon de Ferrette. Ferrette, c’est un petit village paisible et bucolique du Sundgau. Un piton rocheux domine le village. Les ruines du château médiéval vont nous aider à poser le décor. Quand on sait qu’il existe aussi une grotte des nains, on se dit que, décidément, l’endroit était propice aux légendes. Car il se murmure qu’un dragon y avait également son antre… peut-être l’a-t-il encore – qui sait ?

les ruines du château de Ferrette (source: office du tourisme du Sundgau)

Il se dit que ce dragon avait de la gueule, en plus d’en avoir une grande… de gueule. Tellement grande que quand il l’ouvrait on y voyait resplendir une pierre précieuse d’un rouge éblouissant : un rubis ! Mais attention, c’était un dragon a priori aimable. Il n’aurait massacré aucune population, enlevé aucune princesse, pas même dévoré un petit enfant. Ce qui nous déçoit un peu compte tenu du thème de notre série. On dit même qu’il se servait de la lumière de sa pierre précieuse pour éclairer le chemin des promeneurs la nuit. À une seule condition : qu’on ne lui adresse jamais la parole ! Au risque de voir déferler sa colère. Et même face à un dragon lampadaire, mieux vaut pas jouer les gros bras. Il est dit qu’un berger étranger un peu trop frimeur en fut pour sa vie…

Remontons plus au nord, à une vingtaine de kilomètres de Strasbourg, pour évoquer rapidement un autre dragon, un peu moins connu mais un peu plus vilain: le dragon du château de Scharrachbergheim.

le château de Scharrachbergheim (source: Wikipédia)

Là où celui-ci nous fait très fortement penser à GOT, c’est qu’il était au service d’un seigneur, ce qui le rapproche évidemment des dragons de la Khaleesi. Il accompagnait son maître dans ses forfaits, notamment dans le rançonnage de la population environnante. Il bouffait même les récalcitrants ou brûlait leur habitation. Plus utile qu’un chien de garde ! Mais comme dans toute bonne histoire, les pauvres gentils eurent finalement raison du méchant riche. Cela manque un peu d’originalité mais ce qui est amusant c’est que le héros nous rappelle une autre série de fantasy, à savoir celle de bande dessinée Lanfeust de Troy puisqu’il était… forgeron. Comme il était incapable de payer l’impôt réclamé par le seigneur, il décida de trucider la bête grâce à une lame qu’il forgea lui-même et qu’il aiguisa sur la pierre sacrée du Dompeter qui serait la plus vieille église d’Alsace (aujourd’hui appelée église Saint-Pierre de Molsheim).


On mentionne quelques autres dragons par-ci par-là dans la région. Ce qui me fait dire que ça serait pas un peu l’Alsace, la Mère des dragons ?


Bibliographie pour la série en entier :
JORDAN Benoît, Histoire de Strasbourg, éditions Jean-Paul Gisserot, 2006
MEYER Philippe, Histoire de l’Alsace, Perrin, 2008
KAEPPELIN Rodolphe, Histoire de l’Alsace, La Geste, 2019
WAAG François, Histoire d’Alsace ; le point de vue alsacien, Oran embanner, 2012
KREMPPER Michel, Dictionnaire des légendes d’Alsace, Mulhousienne d’édition, 2018
LAZZARINI Nicole & ROCHUT Jean-Noël, Légendes et contes d’Alsace, éditions Ouest-France, 2018
MECHIN Christophe, Petit dictionnaire des légendes d’Alsace, Oriande éditions, 2004
FISCHER Marie-Thérèse & DIVERS, Cette histoire qui a fait l’Alsace (les 8 premiers tomes), éditions du Signe, 2009-2011
Le site des musées de Strasbourg
https://gameofthrones.fandom.com/
https://www.lagardedenuit.com/
+ Articles parus dans divers magasines (comme Géo Magazine) ou encore reportages télévisés, notamment de France télévision.

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