C’est le temps des voyages et des grandes évadées. À l’approche d’un été que nous n’avons jamais autant attendu, pendant que certains décident de parcourir la France, d’autres se lancent dans de fabuleux défis en visant le bout du monde. C’est le cas de Mia et Nadin, un jeune couple qui partira bientôt de Strasbourg direction l’Asie à bord d’un camion aménagé qui est désormais leur seule et unique maison. Ils seront accompagnés de leurs deux chats, de leurs deux chiens et de leur petit jardin ambulant. Nous les avons rencontré lors des derniers préparatifs avant le grand départ prévu dans quelques jours.

Quand j’entends parler de ce projet un peu dingue, j’ai tout de suite envie de rencontrer Mia et Nadin. Je prends d’abord contact avec Mia. Elle m’envoie sa position GPS et me voilà en train de suivre un point rouge sur mon téléphone pour tenter de les retrouver quelque part en périphérie de la ville, là où ils ont garé leur camion aménagé. Arrivé aux alentours du Port Autonome de Strasbourg, je les aperçois, elle d’abord puis lui ensuite. Ils m’attendent, leurs chats aussi. De loin, le camion ressemble à n’importe quel poids lourd à l’allure austère, garé dans un lieu sauvage dont je ne connaissais même pas l’existence. Je m’approche timidement de ce gros machin gris et noir, garé en plein soleil, sans savoir à quoi m’attendre. Deux sourires et quelques miaulements plus tard, ils m’invitent à l’intérieur de ce que je ne pensais vraiment pas être un petit palace ambulant.

Plus qu’un camion, un véritable cocon

Un petit escalier en bois orné de cactus et de jolies plantes colorées, un espace cosy traversé par le soleil brûlant. Des souvenirs, un frigo, des visages sur des photos, des lettres, des panneaux solaires, des bibelots, une jolie cuisine et une salle de bains aménagée, des épices, des coussins tout doux et des couvertures dans lesquelles on a envie de se jeter. Des fleurs, des dessins, des souvenirs, des provisions, de l’eau fraîche au robinet pour nous rafraîchir : il y a tout, et même bien plus que le nécessaire.

Je n’imaginais pas un seul instant qu’un camion de 9 mètres de long, 4 mètres de haut et 2,55 mètres de large pouvait être aussi accueillant. Mieux encore : en y entrant je l’aurai bien troqué contre mon appartement. Nous n’avons même pas encore discuté que l’idée même de voyage prend déjà une toute autre dimension. Il y a là tout ce dont une personne a besoin pour son confort du quotidien, avec en plus, une petite place pour la spiritualité, la méditation et aussi de quoi faire de bons petits plats. Ah, tiens… Il y a aussi une place de choix pour les deux chiens qui donnent des petits coups de pattes dans le vide tellement leurs rêves sont profonds. C’est dire s’ils sont à l’aise. Il y a là une énergie communicative et bienveillante : ce lieu a une âme, c’est indéniable. Si je me sens aussi bien en si peu de temps, je comprends mieux qu’ils puissent avoir envie de partir sans jamais revenir.

© Bastien Pietronave pour Pokaa

Un couple que tout opposait au départ

Nadin et Mia forment un couple de trentenaires franco-espagnol, qui est né il y a seulement deux ans, par hasard, dans un restaurant strasbourgeois. Mia était habituée des longs voyages et des grandes étendues : elle a parcouru le monde pendant dix ans avant de faire escale à Strasbourg. Elle s’y est arrêtée un mois de novembre, le temps de réparer quelques broutilles et de mettre un peu d’argent de coté avant de reprendre la route, seule dans son camion. Un univers roulant, sa maison, ses animaux, en somme tout ce qu’elle possède.

Lui était un sédentaire aguerri, un Strasbourgeois heureux, fier de sa ville et de la vie stable qu’il y avait installé avec ses amis et une partie de sa famille. Originaire de Serbie et de Bosnie, il a vécu un peu partout notamment en Afrique, il partait deux fois par an pour de longs voyages et il n’est arrivé à Strasbourg que l’année de ses 18 ans. Il avait donc un besoin primordial de se stabiliser, de s’implanter durablement à Strasbourg. Et puis un jour, entre deux services dans un resto bien connu, situé du coté de la Grand’Rue et dans lequel Nadin était responsable, une jeune femme s’approche, elle cherche un job. C’est « la petite nouvelle », c’est Mia.

Ils s’apprivoisent doucement mais se rapprochent très vite. Elle lui plaît, avec ses longs cheveux, ses tatouages et son accent à couper au couteau. Ils allaient vite comprendre que leur vie, leurs passions, leurs rêves, leurs aspirations et même leurs habitudes de consommation étaient diamétralement opposées. Ces deux-là n’avaient alors quasiment aucun point commun, à part l’amour naissant qu’ils cultivaient l’un pour l’autre. Nadin lui, s’est accroché à cet amour plus fort qu’un bigorneau à son rocher. Il découvrait alors sa vie à elle, en marge de la société, une vie de bohème rythmée par le voyage, les rencontres, les découvertes et la spiritualité. Lui était un bon vieux geek ultra connecté, fan de côte de bœuf, elle était végane… C’était vraiment pas gagné. Mais le contrat de Mia, qui devait durer quelques semaines, dura presque deux ans. Son but à elle, après avoir mis de l’argent de coté, c’était de repartir, seule. Jusqu’au jour où une question simple changea la donne :

  • Nadin : Finalement, dans la vie, qu’est ce que tu aimes le plus ?
  • Mia : Voyager.
  • Nadin : Voyager ? Honnêtement ça sert à quoi ? C’est éphémère, ça ne mène à rien de concret. Tu pars, tu dépenses une tonne d’argent et tu reviens, aucun intérêt.

C’était encore plus mal barré.

Mais la perspective de la voir partir seule le rongeait. Alors Mia tente une approche : pour son anniversaire elle lui offre un voyage aux Philippines. Là-bas, c’est la révélation. À leur retour c’était décidé : ils partiraient ensemble. Mais avant cela, Nadin devait se convaincre lui-même. Partir en camion ? Aucune chance. En deux ans de relation il avait changé, il s’était adapté à elle autant qu’elle s’est adaptée à lui. Il était devenu végétarien, elle s’est achetée un iPhone du futur (elle n’avait pas de téléphone avant), un exemple parmi tant d’autres. Lui, en observant le flegme de Mia, s’est doucement posé, est devenu moins anxieux, plus réfléchi, il s’est même ouvert à la spiritualité. Malgré cela, voyager en camion était pour lui impossible. Mais s’il ne partait pas, elle le ferait sans lui. Alors il a réfléchi, regardé derrière et devant lui, pesé le pour et le contre et a sauté le pas : la routine est désormais finie, ils partiront tous les deux direction… Quelque part en Asie ! Un choix qui a été pour lui une libération.

« On tombe tous dans des routines à un moment ou un autre. Le problème c’est qu’on ne s’en rend pas compte, moi j’ai failli ne pas le voir. Le problème c’est qu’on régresse doucement, on se complaît dans notre vie rangée. En partant, je vais découvrir quelque chose de nouveau chaque jour, on sera tous les deux et je suis certain que jamais je ne le regretterai. C’était un choix difficile mais aujourd’hui il me parait évident. »

Un aller simple pour l’inconnu

En janvier dernier, tous les deux ont posé leur démission, ciao la restauration. Le grand départ pour l’inconnu était prévu pour février. Mais quelques coups de pinceau et un détour chez le véto plus tard, voilà que le coronavirus fait une entrée fracassante dans nos vies et retarde leur voyage de plus de deux mois. Le monde entier se recroqueville, les frontières se ferment, les pays clouent des planches à leurs portes d’entrées… Impossible de partir. Alors, en attendant leur réouverture et l’éloignement du virus, le couple prend le temps de créer une communauté sur internet qui suivrait leur aventure pas à pas. Mais lorsqu’on leur demande où ils vont, la réponse est toujours « on ne sait pas ».

Leur but est de rejoindre l’Asie, pourquoi pas les Philippines ou la Malaisie. Là-bas, ils achèteraient un terrain, installeraient leur camion définitivement, dans un endroit de choix, la destination finale. Ils mouilleront l’ancre sur LE spot magique, celui dont on a tous au moins rêvé la nuit, là où l’on repart de zéro et où l’on se reconstruit.

Le but de leur voyage est donc d’aller vers l’Asie mais surtout vers l’inconnu, de s’approvisionner au fil du chemin chez l’habitant, de rendre de petits services et de faire de petits boulots en échange de denrées ou d’une réparation de camion. Il va falloir trouver de l’eau, pouvoir se garer pour se reposer mais surtout traverser les frontières. L’Europe ? Facile. C’est ce qu’il y a après qui nourrit les peurs, les inquiétudes, mais aussi les plus beaux fantasmes.

« Nous voulons montrer que de tels voyages sont possibles, sans grands moyens, avec peu de ressources et l’envie de découverte, de rencontre et d’évasion. C’est comme une ligne de conduite. On sait que ça va être long et à vrai dire, à part les grandes lignes de notre parcours, on ne fait pas vraiment de plans. De toute façon, avec tout ce qu’on trimbale c’est impossible, ça passera… Évidemment que ça passera. On y va et on verra, va savoir ce qui va se passer et quelles galères on va traverser, mais on y arrivera ».

Nadin et Mia ne savent donc par du tout où ils vont s’installer, et on les comprend : tant de choix s’offrent à eux, impossible pour l’instant de décider. La seule chose qui est sûre, c’est qu’ils n’emprunteront pas la route la plus courte, mais bel et bien celle qui leur offrira le plus de souvenirs impérissables.


Pour suivre leur voyage

Le compte Insta officiel du voyage
le compte Insta perso deMia

La page Youtube


2 COMMENTAIRES

  1. Une très belle aventure s’ouvre à vous je vous souhaite une belle route et des moments magiques et merveilleux Au plaisir de vous suivre. Suerte

  2. Ouais bah va falloir ouvrir les yeux hein ! La Crise du covid va vous bloquer très rapidement car certains pays vont demander des certificats médicaux ou même vous refuser l’entrée . Sans parler du fait que les premiers pays d’Asie du sud est ne vous laisseront pas rentrer sur leur territoire avec des animaux. Et pour ce qui est du fait qu’acheter un terrain à son nom propre c’est carrément impossible en Asie du Sud . C’est beau de rêver mais la réalité est tout autre… Désolé

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