De nombreux scientifiques estiment que la pandémie de Covid-19, comme les épidémies de Sida ou d’Ebola, sont liées à la crise environnementale. C’est notamment ce qui a poussé l’association Alsace Nature à lancer une grande « consultation publique, » destinée à devenir une « conférence citoyenne permanente de la transition écologique. » L’objectif : pousser les instances publiques à opérer une refondation écologique et sociale de la société, pensée par les citoyens.

« Qui peut encore croire aujourd’hui que notre modèle économique de croissance dite verte n’est pas intrinsèquement générateur de nuisances à toutes échelles ? Qui peut encore imaginer que la relance de ce modèle ne reproduira pas immédiatement les mêmes effets délétères ? » Alsace Nature pose ces questions tout en annonçant, dans le contexte de la crise sanitaire du Covid-19, un nouveau projet : la création d’une « grande consultation du public pour une refondation écologique, » à l’échelle de tout le territoire alsacien, « dans le but de faire pression sur les instances publiques et de remettre à plat notre système économique et politique. »

La pandémie, une conséquence de la crise environnementale ?

L’association de défense de l’environnement attire l’attention sur le fait que « la pandémie que nous vivons s’inscrit dans un processus de crise écologique, dont les causes, comme la déforestation ou la consommation d’animaux sauvages, aggravent les risques d’épidémie mondiale. » Philippe Grandcolas, directeur de recherche au CNRS, tout comme d’autres scientifiques, affirme que « la destruction des écosystèmes met en contact les populations humaines avec de nouveaux agents pathogènes dont les réservoirs sont des animaux sauvages habituellement jamais en contact avec l’être humain. » Des scientifiques alertaient sur les risques de pandémie bien avant cette crise, et en prévoient de nouvelles si la destruction des écosystèmes continue (déforestation, urbanisation, destruction des habitats pour l’agriculture intensive).

Alsace Nature était en première ligne dans la lutte contre le GCO qui a nécessité une déforestation importante, comme ici à Kolbsheim. ©Martin Lelièvre

« Et il n’y a pas que les pandémies, » explique Stéphane Giraud, l’un des instigateurs de la démarche et directeur d’Alsace Nature. « Les crises environnementales futures pourront aboutir par exemple à des sécheresses très graves ou encore à des famines. Il y a une nécessité absolue de refonder notre système politico-économique, c’est vital, c’est dans cette démarche que nous nous inscrivons. » L’association précise « qu’il ne s’agit évidemment pas de rejeter en bloc tous les développements techniques, mais plutôt le modèle économique actuel. » Elle pointe notamment du doigt « un décalage entre les paroles et les actes » du gouvernement français :

« Du ministre de l’Économie jusqu’au président de la République, tout le monde jure que « rien ne sera plus comme avant. » Vraiment ? Ce discours, nous l’avons déjà entendu après le Grenelle de l’environnement (2007) où l’on nous promettait qu’on allait domestiquer le capitalisme… Dans les faits, pour le moment, l’environnement est mis de côté par les autorités. »

« Il est inutile d’attendre un changement de nos dirigeants, ils essayent de maintenir le vieux monde »

En effet, le 8 avril dernier, le gouvernement a publié un décret qui permet aux préfets de déroger à certaines normes environnementales. Des associations écologistes comme France Nature Environnement dénoncent un « sabotage du droit de l’environnement, sous prétexte de relance économique. » De leur côté, les lobbies anti-écolos, composés de grands industriels, dont le but est de faire pression contre les mesures de protection de l’environnement et les engagements pour le climat, sont particulièrement actifs en ce moment à Paris et à Bruxelles, toujours sous prétexte de relance économique. Stéphane Giraud ne s’étonne pas de la situation, et explique que « c’est en partie la conscience du fait qu’il est inutile d’attendre des choses concrètes des autorités, » qui a motivé la démarche :

« La réalité, c’est qu’ils défendent le vieux monde, un système à bout de souffle, qui crée des inégalités sociales et qui menace le vivant sur toute la planète. C’est précisément des discussions sur ce type de sujets qu’on souhaite susciter avec notre projet. Comment créer une activité de production respectueuse de l’environnement et des humains par exemple. Comment la refondation écologique peut créer de l’emploi. Ou encore, comment concilier l’écologie et le progrès qui contribue réellement au bien-être du plus grand nombre. Nous avons un positionnement sur ces questions, que nous allons exprimer, mais le but c’est que chaque personne qui le souhaite puisse s’approprier les problématiques et proposer des choses. Ensuite, il faut que cela soit réellement pris en compte, et nous allons tout faire pour. »

Le mouvement pour le climat a rassemblé des milliers de personnes à plusieurs reprises dans les rues de Strasbourg ces dernières années. ©Martin Lelièvre

À terme, une conférence permanente de la transition écologique

Cette concertation pourrait prendre, à terme, la forme d’une conférence permanente de la transition écologique selon l’association. « Le but c’est vraiment que les instances comme les Départements, la Région ou les communes se saisissent de l’initiative. » Les instigateurs du projet précisent qu’ils enverront prochainement des propositions détaillées aux instances publiques pour les inviter à instaurer un cadre de prise en compte de ces commissions dans les processus décisionnels et les politiques d’aides économiques par exemple.

Concrètement, à partir du 30 avril, des ressources seront mises à disposition du public sur le site internet d’Alsace Nature. Dans les semaines qui suivent, en mobilisant ses membres qui sont plus de 2000 dans la région, l’association souhaite créer des commissions sur tout le territoire, ouvertes à tous, pour réfléchir sur des sujets, proposer des initiatives, des dispositifs ou des mesures, et émettre des positionnements issus de ces réunions citoyennes. Les thèmes de réflexion seront l’agriculture, l’alimentation, l’eau, la santé, la biodiversité, l’accès à la nature, les mobilités, l’aménagement du territoire, l’énergie ou encore les nouvelles technologies.

Le directeur d’Alsace Nature exprime le souhait d’inclure dans la démarche d’autres associations et collectifs, comme Emmaüs par exemple. « Cet espace de réflexion ne doit pas être uniquement l’affaire des écologistes. » Il ajoute que « le risque, c’est que les autorités ne fassent pas suite. Mais si nous avons suffisamment d’ampleur, ça serait très compliqué pour elles de nous ignorer. On veut que les citoyens puissent réfléchir eux-mêmes à ces problématiques de société, et être une force de proposition, c’est ça la vraie démocratie. » Pour Alsace Nature, « il n’y aura pas de refondation crédible tant que les mêmes types d’acteurs fonctionneront avec les mêmes priorités et les mêmes outils de pilotage ! Cela vaut au niveau national et au-delà, comme au niveau local. »

2 COMMENTAIRES

  1. Domestiquer le capitalisme, !!!! Le capitalisme fait semblant d’être domestiqué, mais c’est une bête sauvage, carnassière, très intelligente ,sauf que contrairement aux virus, il devient de plus en plus pathogène et destructeur..
    Les instances qui doivent s’emparer du problème, c’est toutes les instances,de l’Europe au foyer en passant par les communes,les quartiers..
    Commémorons chaque printemps le confinement,confins nous qq semaine pour laisser la nature et les animaux en paix

  2. L’homme doit arrêter de vouloir trop s’approcher des animaux sauvages porteurs de maladie que nous ne connaissons même pas encore.
    Vous citez Ebola. Ce sont les grands singes qui nous l’ont transmis.
    Nous les blancs avons transmis a l’époque des conquistador des maladies aux indigènes
    Maintenant ce sont les animaux sauvages qui nous les transmettre à trop vouloir les approcher

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