Il y a quelques temps, nous vous racontions l’histoire du vin alsacien. Maintenant que vous savez depuis quand notre beau vignoble existe et produit, il est temps de savoir que notre bon vin souffre d’une réputation sulfureuse a l’étranger, en France et même dans nos terres, chez nous, en Alsace. Des idées reçues, toujours les mêmes, reviennent sans cesse depuis des années, et pourtant les choses ont changé, changent et continueront de changer… A croire que l’écho des familles vigneronnes alsaciennes ne résonne pas assez fort.



Route des vins d’Alsace


Cliché #1 : « Le vin blanc alsacien est trop sucré »

Malgré ce que les gens disent, le vin blanc alsacien n’est pas forcement sucré. Il peut l’être, il peut ne pas l’être. Pour le vin, comme pour beaucoup de choses, il y a un marché… et si la demande est forte pour du vin sucré, l’offre s’adapte et produit du vin sucré. Cela fait pourtant quelques années maintenant que la mode du vin liquoreux alsacien est passée et que la demande s’intensifie sur du vin blanc plus sec. Ce cliché d’un vin blanc alsacien trop sucré, en plus de nuire à l’image du vin blanc d’Alsace dans son ensemble, a pratiquement tué la réputation d’un sublime cépage auprès du grand public : le Gewurztraminer. Ce pauvre bougre de Gewurztraminer est toujours associé au sucre, et vu que le sucre est associé au vin blanc d’Alsace, l’idée serait que le seul vin blanc alsacien soit du Gewurztraminer saturé et riche. C’est NON !

Le Riesling « Sélection de Grains Nobles » de la maison Hugel, véritable signature liquoreuse du domaine

Petit rappel avant de continuer, le Gewuztraminer est un « cépage », donc une variété de raisin. Il en existe des centaines, mais en Alsace nous produisons du vin blanc avec 6 d’entre eux : le Gewurztraminer, le Riesling, le Pinot Gris, le Pinot Blanc, le Sylvaner et le Muscat, et 1 seul pour le vin rouge, le Pinot Noir.

Chaque cépage ayant ses caractéristiques propres, le Gewurztraminer est le plus adapté à être vinifié en vin liquoreux (sucré) à cause de ses arômes naturels de fruits exotiques, de litchi, de miel. Cependant, certains vignerons (dont les plus grands noms du vin blanc liquoreux d’Alsace comme la Famille Hugel à Riquewihr) vinifient la plupart de leurs cuvées liquoreuses avec du Riesling, cépage star des vins secs de nos terres.

Malgré tout, certaines techniques de vinification permettent de mettre en valeur les aspects gourmands du Gewurztraminer plus qu’un autre cépage. Je pense, sans rentrer dans les détails aux Vendanges Tardives, Sélection de Grains Nobles, Vins de Glace ou aux Vins de Pailles. Mais nous reviendrons sur ce sujet plus en détail dans un prochain article 😉

Dégustation du les différentes cuvées du domaine Hugel, représentant les cépages alsaciens sur différentes gammes

En tout cas, la solution ultime pour ne pas risquer de se retrouver face à un Gewurztraminer sucré, c’est tout simplement de ne pas boire de Gewurtz.
Comme dit plus haut, ça tombe bien : il vous reste 4 cépages, et donc 4 alternatives, avec lesquels jouer en Alsace sur des terroirs plus ou moins riches.

Pour faire simple, nous nous retrouvons face à ce choix :

  • Les cépages faciles, d’apéro, de soif, de potes :
    le Pinot Blanc, subtil et léger, aux arômes de poire ou de zeste de citron
    le Sylvaner, souvent sous-évalué, sec, aux arômes de fruits de la passion ou de fleur d’oranger
  • Et les cépages plus complexes, pouvant donc être vinifiés en Grand Cru, pour les occasions, les accords, les potes (mais les bons) :
    le Pinot Gris, très expressif, beau reflet de son terroir aux arômes de citron, de pomme et de melon.
    – Enfin, ma star, le Riesling, bien acide et porté sur le fruit, ses arômes caractéristiques, surtout quand il prend de l’âge, sont des notes pétroleuses au nez, de la cire d’abeille, du citron, jaune ou vert et de la pomme verte.

Bref, il y a de quoi faire.

Dégustation des cuvées de chez Bott-Geyl, travaillant plusieurs cépages en Grands Crus


Cliché #2 : « Le vin rouge alsacien, c’est pas bon »

Après avoir tenté de sauver l’image de nos vins blancs, je vais essayer de restaurer la réputation du rouge. Parce que, si si, il y en a ! Et du bon en plus. Donc, le rouge d’Alsace, si vous avez lu le début de l’article, vous savez que c’est forcement du Pinot Noir.

Le Pinot Noir est un cépage originaire de Bourgogne (je vous arrête tout de suite, ceux qui connaissent mieux le vin que les autres ou même, les Bourguignons… je vais juste expliquer dans les quelques lignes qui suivent pourquoi le Rouge d’Alsace vaut le coup, je ne vais pas du tout tenter ou même oser dire que notre Pinot Noir en Alsace est meilleur que le vôtre, en Bourgogne). C’est un cépage tout en finesse, très élégant, assez puissant mais pas trop, sur de beaux arômes de framboise, de cerise noire et d’épices.

Donc quand on vous dira la prochaine fois qu’il n’y a pas de vin rouge en Alsace, ou bien qu’il n’est pas bon, vous pourrez répondre que le Pinot Noir est bel et bien là ! Mais comment se fait-il que le Bourgogne soit l’un des meilleurs vin rouge du monde et, que chez nous, à peine 300km plus haut, nous ne soyons pas au niveau? Et bien, à part la variété de raisin, nous n’avons rien en commun, ni les sols ni le climat ni la vinification avec nos amis les Bourguignons.

Vous l’aurez compris, pour les sols et les climats, il n’y pas de solutions miracle, on s’adapte ! Même si certains de nos terroirs sont propices aux grands Pinots Noirs (par exemple le domaine Albert Mann à Wettolsheim et son Clos de la Faille).

Le superbe Clos de la Faille, Monopole du domaine Albert Mann

A mon sens, il y a 2 solutions pour faire un Pinot Noir différent :

  • premièrement, exclure totalement l’élevage au bois et préférer l’Inox comme pour les cuvées Rouge du domaine Paul Blanck à Kaysersberg
  • deuxièmement, partir à la découverte des vins natures ! (le vin nature, un sujet très vaste qui fera également l’objet d’un article dédié. Pour les plus impatients, n’hésitez pas à aller boire un verre au Café des Sport rue Sainte-Hélène). Pour les curieux, un vigneron au travail magistral sur ses rouges, à connaître pour ses blancs, pour ses bulles, pour son domaine et pour le personnage : Clément Klur à Katzenthal. Des vins et un Pinot Noir d’une finesse exceptionnelle, un délicieux fruit croquant et envoûtant. Goûter des vins natures, c’est une expérience; goûter les vins de Clément Klur c’est l’apogée.
Clément Klur lors d’une dégustation « sur fût »


Cliché #3 : « Le vin alsacien est d’un autre temps, il s’encroûte »

Voici la troisième chose négative que j’entends régulièrement concernant notre vin d’Alsace : étant un vin de tradition, rien ne bougerait depuis des années. C’est bien ce cliché le plus dur à cuire.

Or, depuis les années 90 déjà, certains domaines alsaciens ont opté pour une culture des vignes raisonnée (en bio ou en biodynamie) avec en incontestable leader le domaine, Zind-Humbrecht, grande figure du vin d’Alsace dans le monde, qui a accompli sa conversion de la viticulture conventionnelle à la viticulture en biodynamie dès 1998. Aujourd’hui, l’Alsace, au prorata du nombre d’exploitants par rapport a la taille de son vignoble, possède le plus grand vignoble en biodynamie d’Europe.

D’autre types de transitions peuvent également voir le jour : de la viticulture conventionnelle à la viticulture naturelle. Deux types de changements s’opèrent, sous l’impulsion de la nouvelle génération de vignerons :

  • Soit le domaine réussit à cohabiter en maintenant ses cuvées traditionnelles, tout en développant de nouvelles cuvées naturelles ; c’est le cas du domaine Lindenlaub à Dorlisheim où le père continue de satisfaire sa clientèle historique avec des vins conventionnels, alors que le fils Christophe vinifie en nature depuis et attire une nouvelle clientèle.
  • Dans un autre cas, le domaine peut simplement stopper toute culture conventionnelle et passer à du 100% naturel, comme le domaine Kumpf et Meyer à Rosheim.
Nouvelle gamme nature de chez Kumpf et Meyer, a Rosheim

Pour mettre à mal les clichés, le domaine Marcel Deiss à Bergheim, se distingue doublement. En effet, la philosophie du domaine est de faire ressortir les caractéristiques et les émotions du terroir et non pas ceux du cépage : c’est ce qu’on appelle la « Complentation ». Par ailleurs, le fils de la famille, Mathieu, a créé le Domaine du Rêveur en 2013, intégralement nature et biodynamie. Une famille qui a elle seule fait rayonner le vin d’Alsace.

Domaine Marcel Deiss à Bergheim

Pour rester dans l’élan de jeunesse insufflé par les nouvelles générations de vignerons, comment ne pas parler du domaine Achillée à Scherwiller ? À peine âgé de 3 ans, le domaine a été créé par Jean et Pierre Dietrich en s’appropriant les vignes de leur père. En l’espace de 2 ans, les deux frères ont réussi l’exploit de se faire un nomdans le wine game alsacien (sur tous les fronts : création physique du domaine, 100% biodynamie, une maîtrise de la com, et en sortant des vins de haut vol). Un domaine pour lequel j’ai eu un gros coup de cœur (à déguster Au Pif rue de l’Ail, à acheter chez Oenosphère rue de Zurich).

L’intérieur du nouveau et novateur domaine Achillée, superbe.

Enfin, pour terminer, on voit bien la dynamique qui s’est installée : des plus jeunes aux plus anciens, vins natures ou vins conventionnels, biodynamie ou tradition, un vent nouveau souffle sur le vignoble alsacien. Souhaitons qu’il emporte clichés et idées reçues.

La gamme des vin Orange (vin de macération) du domaine Gross

Clément Monterastelli / @lecritvin

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