Lucie est une jeune entrepreneuse pleine de vie qui partage son projet de « cartes à planter » avec les Alsaciens et bientôt, pourquoi pas, avec le monde entier. Son idée ? Réunir des artistes locaux pour illustrer des cartes de vœux à planter. Oui, à planter dans la terre. Car les cartes de Lulu donnent de petites plantes vertes ou des légumes une fois enterrées. Une manière écolo de réutiliser le papier et de faire grandir de petites pousses de carottes, de menthe ou encore de fleurs des champs, tout cela très facilement. Une idée originale qui a déjà séduit un bon nombre de personnes et d’investisseurs. Vous l’avez peut-être aperçue sur RTL, RMC ou M6 dans l’émission « Qui veut être mon associé » où elle a suscité un enthousiasme non dissimulé. Bref, Lucie et ses 21 ans débutent une sacrée aventure. Nous l’avons rencontrée pour parler de cette belle idée qui sent bon le soleil et les fleurs d’été.
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  • Comment a débuté ton aventure de cartes à planter ?

Petite, j’allais en colonie de vacances, et qu’est-ce qu’on envoie à ses parents pour dire qu’on est toujours en vie quand on est en colo ? Des cartes postales. J’en envoyais et j’en recevais plein, et puis j’ai toujours aimé ces petits bouts de papier, j’étais même inscrite sur un site pour en échanger avec des étrangers. Elles tapissent encore les murs de ma chambre, c’est mon truc.

  • Tu as fait quoi comme études ?

J’ai fait des études de commerce international entre Colmar et Bâle. Pendant cette période, je tournais un peu en rond, mes études ne me plaisaient pas. Alors j’écrivais des cartes. Et finalement j’ai décidé de faire ce qui me plaisait ! A cette époque, j’envoyais et je recevais des cartes du monde entier grâce à un site spécialisé. J’avais un Instagram dédié à cela et un jour j’ai reçu un message de Russes qui me demandaient d’acheter des cartes et de leur envoyer. Ils adoraient les dessins et le style des cartes à la française. Alors j’ai acheté des cartes et je leur ai vendu.

  • À ce moment-là tu t’es rendue compte que c’était un bon filon ?

Tout de suite ! C’est pourquoi je me suis mise en micro-entreprise, j’ai crée mon site internet basique avec Presta-shop. Et puis je me suis dit que l’achat / revente de cartes c’était un peu moyen, et puis compliqué d’en vivre…

  • Mais tu étais encore en cours ?

Eh oui, j’avais 19 ans. Le samedi je travaillais à la caisse du Leclerc pendant 9 heures de suite pour financer l’achat de mon stock de cartes… La semaine j’étais donc en cours, le samedi à la caisse et le dimanche c’était le jour de boulot pour moi.

  • Et comment est-ce que l’achat / revente s’est transformé en projet personnalisé ? Quand s’est opérée la transformation en cartes à planter ?

En fait, ma grand mère est agricultrice, elle utilise des rubans de graines pour planter joliment et précisément des graines dans le jardin. Je me suis dit : ce papier est ouf ! On va faire des cartes avec ! Je me suis donc associée à Rémi, qui vit en région parisienne et qui fait des flyers, pour faire des cartes postales.

  • Qui faisait les premières illustrations ?

C’est bibi ! J’ai dessiné les premiers modèles, trois en tout, avec des graines de fleurs roses, coquelicots et myosotis. C’était en juin 2018, les cartes de Lulu étaient lancées, un an après le bac.

  • C’était quoi la suite ?

Le démarchage, eh oui. C’est bien beau d’avoir deux trois petites cartes sur son site si personne ne le connaît. Alors j’ai pris ma petite valise et j’ai toqué aux portes, c’était siiii stressant. Parce qu’on a beau avoir une bonne idée, il faut prouver aux gens qu’elle l’est réellement, alors j’y suis allé au culot. Mon premier client était La Librairie Kleber, c’était une sacrée surprise. Dès que les gens comprenaient le délire, ils étaient conquis. Au bout d’un mois ils avaient déjà repassé commande.

  • Il a fallu que les gens comprennent un peu le truc non ?

Oui j’avoue que « carte à planter » c’est pas le truc le plus clair du monde quand tu ne connais pas le système. Alors j’ai décidé de faire des petits prospectus explicatifs que je place près des points de vente, ça rend les choses plus claires. Aujourd’hui les gens ont compris.

  • Tu as combien de variétés de graines ? Et tu en es où au niveau de tes démarches écologiques ?

J’en ai sept. Salade, fleurs des champs, carottes, menthe, mélisse citronnelle, myosotis. Je les vends entre 5 et 10 €. On ne peut prendre que des graines résistantes pour pouvoir les passer à l’impression, et il faut utiliser de l’encre végétale, pour un produit utile et vrai et pour ne pas polluer le sol. Même le « blister » est biodégradable, en amidon et en sucre de canne. La démarche va jusqu’au bout et j’en suis ravie. Je cherche même un blister « compostable » mais c’est très compliqué. Et depuis peu je vends aussi des calendriers à planter.

  • Tu bosses comment au quotidien ?

Je m’occupe des illustrations, de la vente, de le mise sous pli, du collage des stickers etc… J’ai du prendre un bureau à Landersheim, dans les locaux de l’école des vins d’Alsace, l’ancien bâtiment d’Adidas. Ils louent les locaux pour les Start Up comme la mienne. Je peux y aller en chaussons le matin tranquillement, j’ai même pensé à mettre un matelas pour gagner du temps.

  • Tu es tellement prise ? L’engouement pour ton projet est assez fou non ?

C’est difficilement explicable, je dois avoir des milliers de messages sur Instagram auxquels il faut que je réponde, à peu près pareil sur Facebook, 2000 mails, c’est fou. Je m’attendais à recevoir des messages choupi mais pas autant de bienveillance. Et en grande partie ces messages viennent des Alsaciens, c’est fou comme ils peuvent être fiers.

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  • Ils sont contents pour toi, petite Alsacienne, ou ils sont ravis du projet ?

C’est juste parce que j’ai mis l’Alsace en avant, je suis la seule qui s’est présentée en tant qu’alsacienne. Les Alsaciens ont donc adoré le clin d’œil, c’est un peu leur produit aussi.

  • Tu vends tes cartes dans combien de boutiques ?

136 boutiques en tout mais c’est en train de grimper assez vite, ce n’est que le début. Je commence à en vendre en Suisse et en Belgique, mais les Suisses sont un peu relous niveau douane. Je les comprends, « les graines » ça leur fait peur…

  • Parle moi de l’émission d’M6

J’étais en train de passer mon DUT mais l’entreprise était déjà bien lancée, je me demandais si je ne devais pas arrêter les cours. Mais mes parents n’étaient pas trop d’accord, normal. J’ai donc continué les cours avec les commandes qui s’enchaînaient puis un jour j’ai été contacté par M6. Ils m’ont dit que mon projet était super, mais moi je devais finir mes études, en plus de travailler à la caisse le samedi. À ce moment-là, mes camarades de classe, mes profs, tout le monde trouvait l’idée toute pourrie mais moi j’y croyais. Alors j’ai finalement accepté de passer les sélections qui se sont super bien déroulées, à mon grand étonnement.

Quelques semaines plus tard l’équipe de tournage m’appelle, ils m’ont qu’ils voulaient tourner chez moi à Hohengœft mais ils n’avaient pas le droit d’en dire plus. Mais je sentais qu’il y avait un loup. Ils ont tout filmé, y compris les vaches de ma mamie, elle était toute émue.

Début juin ils m’ont rappelé, s’en est suive cette vidéo qui a pas mal tourné :

Je suis donc allée à Paris avec tout mon attirail. Je vais sur le plateau, je rencontre les entrepreneurs, on passe au fur et à mesure devant un jury d’investisseurs que l’on ne connaît pas. J’entendais les autres passer devant moi, certains se faisaient démonter en direct, mais alors vraiment défoncer, du coup j’étais ultra stressée. Puis je passe l’après-midi, on m’a un peu secouée au début, d’ailleurs il y a plein de petits moments coupés au montage. Par exemple on m’a dit que le texte à l’arrière des cartes était trop petit, j’ai répondu à cette dame qu’il fallait qu’elle mette ses lunettes, ils n’ont pas gardé cette séquence.

Marc Sinoncini m’a donc fait confiance alors je lui ai dit oui, il était super motivé. On était en juin à ce moment-là, ça fait donc six mois que je garde le secret, il le fallait avant que l’émission ne soit diffusée. On a beaucoup échangé, il m’a même soufflé l’idée du petit drapeau français à coller sur le blister, mon produit est 100 % français et il fallait que ça se sache, chose à laquelle je n’avais pas forcément pensé.

  • Tu bosses avec combien d’illustrateurs ?

Une dizaine pour l’instant, et j’ai environ 70 modèles de cartes différentes. Beaucoup d’artistes me contactent ! Le plus difficile c’est de refuser les projets ou de leur dire qu’on les garde au chaud, je ne peux pas aller trop vite, chaque chose en son temps, mais je suis ravie de cet engouement. Mais j’avoue que j’ai plein de projets alors que je ne suis pas allée au bout de celui-ci, j’adore me challenger.

D’ailleurs cette motivation vient aussi de tous ces gens qui me suivent et qui croient en mes projets, ça m’a tellement étonnée. Je suis passé de 2000 likes à 18 000 en une seule soirée par exemple, et ce n’était que le début. Ensuite les radios, les télés m’ont contactée… même Julien Courbet a dit sur RTL qu’il aurait investi personnellement dans mon projet.

  • Un truc à dire aux Strasbourgeois qui ont des projets ?

BOUGEZ-VOUS LE CUL. Plus sérieusement n’ayez pas peur d’entreprendre. En tant qu’étudiant on n’ose pas se lancer. Ni les profs, ni les institutions, ni les difficultés administratives nous poussent à nous lancer, ça parait insurmontable mais ça ne l’est pas. On va à la CCI, on se met en micro entreprise pour se lancer, sans aller trop loin, et c’est parti pour les bonnes idées !

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