Le 5 août dernier, à quelques semaines du lancement du Street Bouche Festival 2019, on assistait à un retournement de situation inattendu. Un noeud dans l’estomac, une gorge serrée, un ulcère pour les plus gourmands… Le Street Bouche Festival 2019 était menacé d’annulation.

Mais voilà, le 21 septembre, la manifestation culinaire la plus importante du coin était bien en place, sur un campus universitaire rempli de sourires, de musique, de bonnes odeurs et de couleurs.

Derrière cette réussite, le travail acharné d’une équipe soudée, et la détermination d’un Strasbourgeois : Thierry Tixier, co-fondateur et éternel couteau suisse de Street Bouche. Je suis allé à sa rencontre pour en savoir un peu plus sur lui, sur l’origine du Street Bouche et sur l’actualité du projet.

Commençons par les présentations…

Je m’appelle Thierry Tixier, je suis à l’origine du projet Street Bouche, producteur et organisateur des événements et créateur de la marque. En parallèle, je fais aussi de la veille et du consulting pour les restaurateurs, pour les accompagner dans une démarche de consommation locale et vers des produits sains.

Qu’est ce que tu faisais avant Street Bouche ?  

Essentiellement, j’étais producteur de musique, DJ et organisateur d’événements. Je produisais des artistes à l’international, jusqu’à la distribution et l’édition de leurs projets sur les différents supports. En 2016, j’ai pris le virage Street Bouche, toujours dans la production d’événements, mais dans un milieu bien différent.

Déjà avant, dans mon quotidien, j’avais cette démarche de favoriser les circuits de proximité, en essayant d’avoir les meilleurs produits pour ma consommation personnelle. Il était évident qu’en produisant cet événement, on allait l’imaginer en cohérence avec nos modes de vies et nos valeurs. Cependant, c’était un milieu assez fermé que je ne connaissais pas du tout, que j’ai dû apprivoiser et découvrir durant toute une année. C’est ainsi que Street bouche a été développé en 2015 et que le premier évènement du nom a eu lieu en septembre 2016

 Ferdinand Vögele
Comment est né le projet ?

C’est parti de discussions avec Laurent était à l’origine du projet avec moi. On a la chance d’avoir un gros patrimoine culinaire en Alsace mais pourtant, il n’y avait pas de réel évènement pour le valoriser. C’est là que l’idée a commencé à germer. Plus tard, Phil (patron du Mudd à l’époque), nous a rejoints pour s’occuper de la gestion des bars et nous apporter une aide précieuse, notamment par son réseau.

David, Laurent et Phil ont depuis quitté l’association pour d’autres projets. Aujourd’hui, je travaille avec Noémie, ma collaboratrice. Elle gère tout ce qui est revalorisation des déchets et ce qui touche à l’environnement ainsi que les équipes bénévoles. Elle est aussi cheffe de projet sur des privatisations.

Et après, comment ça a évolué ?

Le premier festival a super bien fonctionné, on attendait 10 000 personnes et on en a eu 30 000. Mais pour autant les festivals de 2017 et 2018 étaient des galères financièrement : en terme de temps et d’humain, c’était un peu les montagnes russes. Aujourd’hui je me bat pour trouver une stabilité.

Street Bouche, c’est une force de conviction. L’évènement fonctionne, on l’a vu cette année encore alors que la tenue du festival était menacée, avant le retournement de situation et la délocalisation de la manifestation vers le campus universitaire. On a eu beaucoup de soutien, des messages privés, des coups de fils, des restaurateurs et des médias locaux qui nous ont encouragé. Seulement, nous devons trouver un équilibre financier pour pouvoir perdurer car aujourd’hui ça ne nous permet pas de vivre, malgré notre investissement conséquent. J’aimerais bien qu’on puisse évoluer, embaucher du monde, sur la communication, le social networking, les relations partenaires, l’administratif, toutes ces choses là.

Le Street Bouche Corner sur le Quai des Bateliers
Tu peux me parler de l’aspect environnemental de Street Bouche ?

C’est ancré dans le projet. On essaie de réduire au maximum l’impact sur l’environnement, en utilisant par exemple des encres sans solvants pour toutes les impressions des tee-shirts ou affiches. On ne fait plus de flyers non plus. On travaille aussi sur la revalorisation des déchets, avec la conception de poubelles de tri. Nos intentions se tournent aussi vers le bio déchet, mais on a besoin de plus de bénévoles pour sensibiliser le public parce qu’on voit encore des gens qui ne savent pas trop comment trier et quelles poubelles correspondent à quoi.

Puis, le plus gros du travail se fait avec les restaurateurs, parce que finalement nous produisons très peu de déchets de notre côté. Ces derniers ont une charte à respecter pour participer à l’événement. La liste de conditions est longue est contraignante, mais essentielle. Il s’agit de proposer du produit de saison et de proximité. Ensuite, pour le contenant, le plastique est interdit : on les encourage à se tourner vers du bio compostable idéalement, ou du carton à la limite.

On encourage aussi le public à ramener ses propres gobelets et contenants et de s’y faire servir directement aux stands, c’est la meilleure solution pour réduire l’impact sur l’environnement. Ça fait un an qu’on a mis ça en place et ça cartonne. On va bientôt encourager ça davantage en proposant une réduction sur le coût du repas si la personne vient avec son contenant.

D’où vient ce coté manifestation culturelle que tu intègres au festival ? C’est quoi l’idée derrière ?

On ne voulait pas que les gens viennent juste manger à midi et se barrent. L’idée c’est de pouvoir rester, de goûter plein de choses différentes… un événement complet où l’on passe une bonne partie de la journée. Dans ce sens, on voulait proposer des espaces plus chill, des jeux pour les enfants, de la musique, mais pas que. On développe par exemple des conférences en lien avec l’Institut Européen de l’Éthique Alimentaire. L’idée est d’assister à une conférence et de participer ensuite à un atelier où l’on met en pratique ce que l’on vient d’entendre.

Le hip-hop a aussi une place vachement importante dans Street Bouche. On voudrait arriver à une programmation nationale, internationale et locale déployée sur le vendredi et le samedi. Le hip-hop, c’est devenu la musique populaire par excellence, mais c’est d’abord la musique de ma génération, j’ai grandi avec et ça sera toujours la musique que je valorise. Au niveau des valeurs aussi, il y a un vrai parallèle avec Street Bouche : le hip-hop, c’est peace, love, unity and having fun, c’est tout ce qui nous caractérise.

On peut revenir sur ce qui s’est passé cette année ?

Je pourrai en parler quand le dossier sera clos, pour le moment c’est encore en cours. Mais pour résumer, il y a eu une décision administrative de la Ville nous informant que nous n’avions plus accès au domaine publique, pour diverses raisons qui sont toujours en discussion. Je pense que tout le monde a le droit d’avoir accès au domaine publique. Il y a juste eu un malentendu qui je l’espère, se réglera.

C’est quoi les projets pour la suite ?

On voudrait développer un Street Bouche Corner mensuel de novembre à juillet. C’était déjà calé sur la place du marché au Neudorf, mais comme ça appartient au domaine publique, ce n’est plus d’actualité. Je suis donc à la recherche d’un lieu pour pouvoir rebondir.

En parallèle, Street Bouche se développe aussi à Mulhouse. Évidement il y a des questions de moyens humains, de trésorerie et de disponibilités, mais idéalement on voudrait faire la même chose qu’ici. Ça voudrait dire qu’on aurait à terme deux Street Bouche Corner par mois et deux festivals par an déployés sur les deux villes.

Pour l’heure, les strasbourgeois ont encore bien trop faim de ce genre d’évènement pour que Street Bouche tire sa révérence. Thierry, lui, reste investit et impliqué de la meilleure des manière pour chercher des solutions, développer le projet et continuer de nous régaler. Il ne nous reste plus qu’à rester attentif, dans l’attente de nouvelles, qu’on espère bonnes !

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here