« Donne-moi des ailes » relate l’histoire vraie de Christian Moullec, météorologiste passionné d’ornithologie, qui a débuté en 1995 ses premiers vols avec les oiseaux à bord d’un deltaplane motorisé, adapté par ses soins. Il imagine le projet incroyable d’accompagner en ULM de jeunes oies naines, menacées de disparition, sur leur parcours de migration. Même si beaucoup considéreront son idée totalement farfelue, en 1999, l’expérience de Christian finira par être couronnée de succès, et ses photos feront le tour du monde. Nicolas Vanier, que l’on connaît pour ses expéditions dans le Grand Nord, a été particulièrement touché par cette histoire. Amoureux de la nature et aventurier invétéré, il a décidé d’adapter l’expérience de Christian Moullec en roman puis en film, afin de sensibiliser le public à la biodiversité. « Donne moi des ailes » mêle donc écologie, paysages somptueux et beaucoup d’émotion. Pour la sortie du film, nous avons rencontré Nicolas Vanier et Jean-Paul Rouve, qui y tient le rôle de Christian Moullec.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter cette histoire en film, d’autant plus que vous l’aviez d’abord adaptée en roman ?

Nicolas Vanier : Disons que l’idée de départ et l’envie sont véritablement venues lorsque j’ai volé pour la première fois avec les oiseaux. Étant enfant, j’ai souvent construit des cabanes très haut dans les arbres pour être au plus près du ciel et des oiseaux, mais je n’ai jamais ressenti ce que j’ai ressenti lorsque je suis allé dans un ULM. Dans ce petit engin, j’ai été tellement près des oiseaux que j’ai pu les caresser en vol. C’était absolument incroyable. J’avais le désir de faire partager ça au public, puis de raconter cette histoire qui est d’abord l’histoire de cet homme fou, passionné. Je sais ce que c’est que d’être fou et passionné, je l’ai été pendant une grande partie de ma vie. Christian a sacrifié beaucoup de choses pour aller au bout de son rêve. C’est un film que j’imaginais pouvoir être un grand spectacle, au travers duquel on pouvait avoir plusieurs trajectoires, plusieurs personnages qui évoluent. C’était intéressant à tous ces niveaux-là, au delà-même du message bien évidemment, qui me paraît très d’actualité.

Le sujet de votre film me fait penser à un film que je regardais étant petite et qui s’appelait « L’envolée sauvage ». C’était déjà l’histoire de Christian qui y était relatée?

Nicolas Vanier : C’est un film qui s’était basé lui aussi sur l’expérience de l’imprégnation, effectivement testée pour la première fois par Christian Moullec et un américain. Il y avait donc eu ce premier film sorti en 1996. Sachant qu’aujourd’hui, on a tourné « Donne moi tes ailes » avec des techniques nouvelles qui permettent aux spectateurs d’avoir la sensation de voler avec les oiseaux. Il y a eu des progrès techniques considérables depuis 1996. Même il y a deux ou trois ans le film n’aurait pas été le même qu’aujourd’hui.

Crédit photo : Grégory Massat

Du coup, vous avez fait de l’ULM ?

Jean-Paul Rouve : Ah oui bien sûr, j’ai adoré ça, c’est un sentiment de liberté incroyable. Parce que c’est tout simple en fait, c’est comme un moteur de tondeuse à gazon avec une aile de deltaplane, et vous vous retrouvez comme ça, vraiment comme un oiseau. Il n’y a pas de carlingue, pas de vitres, c’est assez fascinant. Puis vous êtes tributaire du vent. J’ai adoré ça, c’était une joie à chaque fois de monter dans cet ULM.

Et le petit garçon de Christian, c’est un personnage inventé ?

Nicolas Vanier : Oui. Il y a eu une aventure qui a eu lieu il y a 20 ans, celle de Christian ayant effectivement volé avec les oiseaux depuis la Laponie jusqu’en France, ce qui m’a servi de base. Puis après il y a un film, une fiction, avec différents personnages qui interviennent, qui sont un couple déjà, puis un autre couple, celui du père et de l’enfant. Il y a d’un côté l’expérience vécue et de l’autre ce film.

Crédit photo : Grégory Massat

C’était un premier film pour Louis Vazquez ?

Nicolas Vanier : Oui, il n’avait jamais tourné. Il a été choisi dans un casting de plus de 2 500 ados. Il s’agissait de trouver la perle rare et je crois qu’on l’a trouvée. Lorsqu’on s’engage dans un film avec Jean-Paul on sait à peu près où l’on va. Par contre avec un ado qui n’a jamais tourné, il ne faut pas se tromper. C’est tout un travail pour pouvoir trouver la perle rare. Tester sa capacité à jouer, à pouvoir comprendre les directions de jeu qu’on lui donne et puis le feeling, qui est très important aussi.

Pour le rôle de Christian avez-vous immédiatement pensé à Jean Paul Rouve ?

Nicolas Vanier : C’était inné et assez instinctif, j’espère que Jean-Paul ne m’en voudra pas, mais j’avais envie de quelqu’un qui me ressemble un peu, c’est-à dire quelqu’un qui soit capable d’être un enfant dans le corps d’un adulte. Quelqu’un qui ait la capacité de s’émerveiller de petites choses que parfois les adultes trouvent futiles, tout en pouvant être crédible dans le corps d’un scientifique qui possède un bac +7, bac + 8. Je voulais quelqu’un d’obnubilé, de passionné, et capable d’interpréter tout ce panel de jeux qu’il y a dans le film. La comédie, l’émotion… On ne se connaissait pas, c’était un choix instinctif, mais je crois que ça a plutôt pas mal fonctionné.

Crédit photo : Grégory Massat

Et pour votre part, qu’est-ce qui vous a plu dans ce rôle quand on vous l’a proposé ?

Jean-Paul Rouve : Deux choses. Déjà, lorsque j’ai reçu le scénario, j’ai vu que c’était de Nicolas Vanier. Je connaissais le travail de Nicolas, j’ai vu tous ses films, c’est un mec qui m’intéressait. Puis je lis le scénario que je trouve super. On a une histoire, on dit des choses, on raconte, mais en même temps pour raconter cette histoire, on utilise tous les codes et tous les outils que le cinéma met à notre disposition. Car le cinéma c’est de l’émotion, c’est rire, c’est pleurer, c’est avoir peur. On retrouve tout ça dans son film. Aussi, il parle de quelque chose qui me touche énormément, à savoir la transmission, ce qu’on transmet à nos enfants. Ça, ça me touche moi. Enfin, je le rencontre, et je me dis immédiatement : « Oui, j’ai envie de travailler avec lui ». Parfois ce genre de choix est très égoïste, je me suis dit que j’avais envie de partir deux mois avec ce mec, parce que j’allais apprendre un tas de trucs. Nicolas n’est pas qu’un cinéaste, c’est un aventurier, il a plein de choses à raconter. Plus tard, quand j’ai commencé à travailler, j’ai rencontré Christian, j’ai vu comment il était. Un peu rêveur. Mais ce que je joue dans le film, c’est plus Nicolas que Christian. C’est en voyant Nicolas, vivre, évoluer sur une équipe de tournage, que je me suis dit:  » Il est là le personnage. » Je suis plus proche de Nicolas que de Christian. Il a réalisé ses rêves d’enfant, comme moi en étant acteur. Il y a un côté utopique, une utopie réaliste.

Comment se passe un tournage avec des oies ? C’est assez impressionnant.

Jean-Paul Rouve : A la base, je me suis dit : « Allez ça va être galère, c’est normal, ce sont des animaux. » Et finalement, ça a été plus simple que ce que je pensais. De 1, parce qu’il y avait un travail de préparation de dingue de la part de Nicolas et de ses équipes. J’aurais été incapable de faire ça. Puis après, toute l’équipe, du producteur au mec qui amène le café, se met dans un état d’esprit : « Ce sont les oies qui décident ». Quand t’as compris ça, tu te met à leur rythme. Lorsqu’elles vont naître, on prépare la scène où elles vont naître, lorsqu’elles commencent à voler, on tourne la scène où elles décollent. Quand il y a trop de vent et qu’elles ne peuvent pas voler on tourne autre chose. On suit les oies et on vit avec les oies. Quand tu pars de ce principe là, ça roule. Ce sont les animaux qui décident.

Crédit photo : Grégory Massat

Et elles vous suivaient vraiment ?

Jean-Paul Rouve : Ah oui ! Elles ont été entraînées par Muriel. Comme dans le film, elle portait la robe, se servait du pouet-pouet et régulièrement avec le gamin, on y allait tous les deux et on le faisait. Il y a plein de plans, de scènes dans le film où c’est nous qui apparaissons, donc quand Christian sort les oies et qu’elles vont dans l’eau, c’est réellement moi qui le fait. C’est un passage obligé car sinon on aurait dû faire des effets spéciaux, truquer, ça aurait été nul. Là c’est vrai.

Et quand l’œuf éclot sous vos yeux ?

Jean-Paul Rouve : C’est réel également. On tournait une scène, on était dans la cuisine. Et là, Muriel arrive en nous disant : « Ça commence à bouger, je pense que dans une heure, les œufs vont éclore. » Branle-bas de combat, on change les lumières, on change la base de la caméra, on change la scène, on pose la couveuse et on attend. Trois caméras, une sur moi, une sur Louis et une sur les œufs. Et là, effectivement on voit les œufs se fissurer, et je le prends en main. Muriel en off me dit :  » Vas-y tu peux l’aider ». Je décolle la coquille, je n’ose pas vraiment, et j’ai une petite oie comme ça qui naît en direct. Et je vous jure, que lorsque la caméra est sur moi à cet instant, je ne joue pas, c’est une émotion vraie. C’était dingue.

Crédit photo : Grégory Massat

Nicolas Vanier : Il donnait la vie à un petit oiseau avec lequel il savait qu’à priori il allait voler dans quelques semaines. C’était très émouvant. J’adore ce cinéma là où par moment on ne fait pas un film, on capte un instant. C’est pour ça que j’avais besoin de quelqu’un capable de s’émerveiller. Il y a des adultes qui n’en sont plus capables, qui sont blasés de tout. Ce qui est formidable, c’est lorsque vous avez quelqu’un capable de ressentir ces émotions-là et qui les transmet à travers son regard.

Le fait d’avoir choisi de mettre en scène cet adolescent qui à la base est ultra connecté, était-ce une manière de pointer du doigt, le fait que justement aujourd’hui, énormément de gens ne sont plus capables de s’émerveiller ?

Nicolas Vanier : C’était un souhait très fort de ma part. Il est vrai que lorsqu’on est père, comme Jean-Paul, on a pas envie que nos gamins passent leurs journées sur des écrans. Ce qui est malheureusement le cas de beaucoup de monde. Moi, j’ai été profondément marqué par une expérience où des gens sont allés voir des ours polaires sur la banquise. Ils ont fait 5 jours de voyage, et ils ont passé les 5 minutes où ils ont vu un ours, à le filmer au travers d’écrans vidéos, plutôt que de le regarder. Je me dis que ce n’est pas que les ados, on est dans un monde où les gens ont besoin absolument de capturer autrement qu’avec leur mémoire. Il faut que ce soit dans la mémoire de leur téléphone, sinon ça n’a pas existé. C’est terrible. J’avais envie de parler de cette espèce de décalage qu’on a avec une grande partie de la population qui vit dans un monde artificiel, qui est loin de la réalité de la nature, et qui fait qu’on gaspille, qu’on abîme tout. C’est une des réalités d’aujourd’hui. Pourquoi tout ce qui se passe aujourd’hui en Amazonie ou ailleurs se passe? C’est parce qu’on est complétement déconnectés. Tout à l’heure, je disais à quelqu’un qui travaille avec nous : « Mais pourquoi tu imprimes ce billet d’avion alors qu’il est sur ton téléphone? Tu sais que c’est l’Amazonie? », elle m’a regardé:  » L’Amazonie? ». Et je lui ai dit :  » Du papier c’est des arbres ». Et tout d’un coup, j’ai vu à travers ses yeux, qu’elle réalisait. Mais jamais ça ne lui serait venu à l’esprit. Et pourquoi? Parce qu’aujourd’hui, un gamin il appuie sur un robinet, il y a de l’eau qui coule, il appuie sur un bouton, il a de l’électricité. D’où vient le lait ? Du magasin. Ça ne vient plus des vaches.

Crédit photo : Grégory Massat

C’est vrai qu’on a du mal à réaliser, c’est parfois en voyageant qu’on s’aperçoit des choses. Pour ma part, c’est lorsque je suis rentrée d’un voyage en Asie, que je me suis dit: « En fait, c’est un truc incroyable qu’on ai de l’eau potable qui sorte de notre robinet ». Mais quand tu as ce confort en permanence, tu ne t’en aperçois plus.

Nicolas Vanier : C’est le fait tout nouveau de cette génération, parce qu’il y a encore quelques dizaines d’années, on avait tous au moins un père ou un grand-père paysan, auprès duquel on apprenait que le lait ça ne vient pas du magasin.

Est-ce que vous auriez une anecdote de tournage particulièrement marquante à nous raconter?

Nicolas Vanier : Il y en a pléthore. Ce qui est formidable lorsqu’on tourne un film comme celui-ci c’est qu’on a parfois, ça a été le cas en Norvège, des conditions météo absolument incroyables, qui font qu’on a des cadeaux du ciel qui émerveillent. Tout est là, les oies volent, l’ULM vole, les comédiens sont là, puis : »Woaw ». En Norvège, on a tourné une scène excessivement compliquée qu’on avait prévue sur 4 jours. Comme les missions étaient très rudes sur le campement, et qu’on étaient très loin de tout, on s’est dit : » De toute façon, une fois qu’on a fini nos dix heures de travail, qu’est-ce qu’on à a faire pendant les 14 h qui suivent, peut-être dormir pendant 7 h, mais les autres 7 h ? ». Donc toute l’équipe se met d’accord pour ne pas tourner sur 4 jours mais sur 3. A la fin des trois jours, un immense rideau de brume tombe sur le paysage et ça a duré dix jours. C’était la fin du film et on a été bloqués pendant dix jours, on ne voyait pas à dix mètres. Ça veut dire qu’on ne pouvait pas finir cette séquence capitale qui est celle dans le film où le gamin s’envole pour la première fois. C’était dingue.

Crédit photo : Grégory Massat

Est-ce que ce tournage a eu un impact vis-à-vis de votre rapport à l’environnement?

Jean-Paul Rouve : Oui, forcément. Comme ce que vous disiez tout à l’heure, quand on voyage, on s’ouvre l’esprit. J’ai appris plein de choses sur ce tournage, sur les oiseaux qui disparaissent par exemple. Moi je ne savais pas qu’il y avait un tiers des oiseaux sur la Terre qui ont disparu. Qu’il y a un deuxième tiers qui va disparaître. Il va rester un tiers, et si on ne fait rien, ils vont disparaître aussi. C’est fou de se dire ça quand même. Si tu réfléchis, quand on était gamins, on était en voiture avec nos parents, on faisait de l’autoroute et on s’arrêtait tous les 200 km pour nettoyer le pare-brise parce qu’il était rempli de moucherons. Aujourd’hui, tu traverses la France, tu fais 800 km et tu n’as rien sur le pare-brise, peut-être trois moucherons. Il n’y a plus de moucherons, les oiseaux n’ont plus rien à manger. De ce fait, ils meurent et ça continue comme ça. Donc oui bien-sûr je prend conscience et de plus en plus.

Crédit photo : Grégory Massat

Vous avez débuté avec vos aventures dans le Grand Nord, est-ce que vous avez encore ce genre de projets de grosses expéditions?

Nicolas Vanier : Les grandes expéditions d’un an, un an et demi, comme j’en ai fait il y a trente ans, c’est terminé. C’est un peu comme un joueur de foot, il y a un jour où il faut savoir raccrocher les crampons. C’est ce que j’ai fait, lorsque je suis arrivé au Détroit de Béring après ma traversée de l’Alaska, il y a deux ans. Aujourd’hui, je me consacre plus à des projets comme celui-ci, qui concentrent tout ce que j’aime : les acteurs, le cinéma, puis faire passer un message. Même si je n’ai pas la prétention de changer le monde avec un film.

Jean-Paul Rouve : Il aime de plus en plus diriger les acteurs. La comédie, le jeu. C’est chouette.

>> Propos recueillis par Emma Schneider <<

Merci à Jean-Paul Rouve et Nicolas Vanier, l’équipe de l’UGC, l’hôtel Régent et Grégory Massat pour les photos.

« Donne moi des ailes » est actuellement à l’affiche de l’UGC et du Vox.

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