Dans cette course aux concepts léchés, aux bars à thèmes et aux projets singuliers, Geoffray et Xavier ont fait le choix de revenir à l’essentiel. Après plusieurs années d’amitié et de collaboration, ils se sont dit oui ! Oui pour leur première affaire commune. Et c’est ainsi qu’est né le Café des Sports, Rue Sainte-Hélène, en décembre dernier. Un bistrot simple, avec de bons produits, de belles personnes, et des sourires derrière le comptoir. Pour comprendre leur démarche, leur relation et leur parcours, je suis allé partager une bière, et questionner les deux âmes à l’initiative de ce café unique.

C’est quoi votre lien, votre histoire avec Strasbourg ? 

X : Je suis arrivé à Strasbourg en 2001, le 13 juillet, je m’en souviens encore. J’étais venu pour faire un BTS hôtellerie restauration au lycée Alexandre Dumas à Illkirch. J’ai très vite trouvé du travail dans la restauration. Au début, j’étais parti pour faire mon BTS et me barrer, mais la vie et les rencontres professionnelles m’ont fait rester, et je suis tombé amoureux de la ville et de la région. Je suis Catalan de coeur, mais l’Alsace est ma terre d’accueil, et c’est très important pour moi.

G : Moi je suis arrivé en 99, après le bac, pour faire des études d’architecture. Après, je suis beaucoup parti de Strasbourg, à l’étranger, dans d’autres régions, mais je suis systématiquement revenu. En 2013, j’avais ouvert mon premier bar en Suisse, et mon ex femme étant d’ici, la vie a fait qu’on a décidé de rentrer et depuis je n’ai plus bougé. Il y a aussi des amitiés, des repères que l’on développe avec le temps. Maintenant, c’est chez moi ici, plus que ma ville d’origine.

Et le lien qui vous unit vous ?

G : Quand je revenais de Guadeloupe en 2004, j’étais agent immobilier et j’avais besoin de faire des extras pour compléter mes revenus. Quelques années avant, j’avais bossé un peu à L’Épicerie pendant mes études, alors je suis retourné les voir, et à cette époque c’était Xavier qui était responsable. J’ai fait quelques extras là-bas, et c’est comme ça qu’on s’est rencontré. Pour l’anecdote, on ne s’entendait pas spécialement bien au départ, c’était pas l’amour fou !

X : Quand je me suis séparé de ma copine de l’époque, j’avais besoin de trouver un appartement très rapidement, j’ai alors demandé à Geoffray, et ça a été le déclencheur de notre amitié. Aujourd’hui, je suis toujours dans l’appartement qu’il m’avait trouvé.

G : Quand j’ai ouvert le restaurant « A Bout de Souffre » à Strasbourg en 2013, j’ai sollicité Xavier pour prendre la responsabilité de la salle et de la sommellerie, cette nouvelle expérience a renforcé et confirmé la complémentarité qui nous unit. 

Il y a une vraie confiance qui s’est développée avec le temps, au delà du professionnel. Xavier, c’est aussi mon témoin de mariage. Sur le Café des sports, nous sommes tous les deux associés pur et dur, à parts égales, c’était la suite logique des choses !

Comment vous décrieriez le Café des Sports à quelqu’un qui ne connaît pas ?

X : Du vin nature, de la bière artisanale, et une déco qui nous rappelle le bistrot de campagne de notre enfance. Nos papas aimaient bien picoler, on est au café depuis qu’on est gosse, on se souvient de ces ambiances authentiques de bistrot, où ça joue aux cartes, ça parle fort, ça rit… c’est de cela qu’il s’agit.

G : C’est un café où il n’y a pas besoin d’avoir un BAC + 8 pour comprendre le truc. C’est juste de la bonne came, et une bonne ambiance. La bonne came, nous on la fournit, en tout cas on espère. Pour l’ambiance c’est aux clients de jouer ! On parle de gens qui viennent boire des coups, entre potes, pour un date Tinder, en famille, tu viens pas au bistrot pour faire une expérience. Tu viens pour parler avec quelqu’un, pour rencontrer des gens, pour prendre une cuite, pour tomber amoureux, pour t’engueuler aussi parfois, ça s’arrête là. On a juste fait un établissement dans lequel nous on aurait eu envie d’aller.

X : J’ai bossé pendant des années en restaurants gastro. Ce qu’on servait était vraiment chouette, mais tout le reste, tout ce qu’il y avait autour, je trouvais pas ça essentiel…notre souhait finalement, c’était de dégrossir, de revenir à l’essentiel. 

Quelle place occupe le sport dans votre établissement justement ? 

X : (rires) Je botte en touche…c’était une bonne idée au départ,  ça nous a fait beaucoup rire en tout cas.

G : Pour être très honnête, il occupe une place qui devient un peu anecdotique. Le nom, c’est une petite blague, c’était une manière de dire « on se prend pas la tête », puis c’est un axe de déco plutôt sympa. A part quand on passe les matchs du racing où il y a quelques fous furieux à l’étage qui hurlent leur haine de l’adversaire, on n’a pas grand monde pour les matchs. Ça changera peut être un peu dans quelques semaines parce qu’on va ouvrir les dimanches et lundis, il y aura peut être plus d’événements à diffuser. Ça fait toujours plaisir quand il y a des matchs de ligue des champions ou un beau match de rugby, mais même en l’annonçant sur notre page Facebook, il n’y a jamais foule. On verra comment ça évoluera cet hiver.

Comment vous est venu l’idée de ce projet ? Est ce qu’il y a une part de nostalgie dans l’impulsion de la démarche  au départ ?

G : Je pense qu’il y a un point d’accroche effectivement, c’est toujours plus facile de s’appuyer sur de l’existant ou sur l’imaginaire collectif que d’imaginer comment potentiellement ça devrait être dans plusieurs années. Ça, c’est soit de la fainéantise soit de la finesse intellectuelle, je te laisse choisir. On vit une époque où tout évolue très vite, et c’est vrai qu’il y a des choses qui rassurent: le bois, un peu de cuivre, une ambiance, une odeur… je pense qu’on est tous sensible à ça. Il n’y a pas forcément une volonté  de recréer ou d’imposer. On donne de leçons à personne. On dit simplement « voilà, nous on aime ça ! Si vous aimez avec nous, génial, si vous n’aimez pas, tant pis on se cassera la gueule »

D’où vous vient ce rapport si chaleureux et fluide avec la clientèle, ça fait partie de l’offre « Café des sports ? »

X : Oui, complètement. C’était une volonté dès le départ, qu’en plus du produit, la relation avec la clientèle sois franche, joyeuse, bienveillante et aimante. Même si ça paraît un peu fou de parler de relation aimante avec une clientèle. Mais pourquoi finalement ? Pourquoi on pourrait pas bosser comme ça, avec le sourire et avec le plaisir de recevoir les gens ?

G : C’est aussi une extension des personnes qui font les bières et le vin qu’on propose, c’est des vrais gens derrière, qui y mettent du cœur, de l’âme, des tripes et de la sueur, et que nous modestement, on sélectionne, on achète et on propose. C’est une continuité assez naturelle.

Si on prend un peu de recul sur vos carrières d’entrepreneurs, quel a été votre plus grand enseignement ?

G : J’ai failli me casser la gueule sur le dernier établissement, de manière très très sérieuse. Pendant des années, je me suis dit que je ne m’associerai jamais et je pense que c’est le plus mauvais mantra que je suis mis dans la tête pendant des années. Le fait d’avoir conclus et réussi cette collaboration avec Xavier, aujourd’hui c’est l’une de mes plus grandes fiertés professionnelles. Si j’avais continué à m’entêter, à vouloir faire les choses pour satisfaire mon égo, je crois que je serais allé dans le mur. C’est un métier qui peut être très épuisant, exigeant, et il faut faire attention aux choix qu’on fait.

X : J’ai moins de recul que Geoffrey pour le coup puisque c’est ma première entreprise. Mais là où je le rejoins, c’est que j’ai toujours voulu avoir un endroit qui soit chez moi, mon affaire, par contre j’ai jamais osé le faire. Et c’est là que je rejoins Geoffrey dans la leçon qu’il a tiré, c’est que travailler ensemble, de façon absolue, dans la vie, c’est une chance. Quand tu l’as, il faut la saisir.

Il y a d’autres challenges que vous rêveriez de relever à présent ? 

G : D’abord, on est loin d’avoir gagné, il y a encore beaucoup de choses à faire ici. On est tous les jours attentifs à la fréquentation, à l’évolution du lieu. A l’étage aussi, on souhaite développer l’espace, on a des projets. Il faut d’abord bien faire tourner cet établissement. Puis après, je parle pour moi, mais je n’ai peut être plus les même ambitions qu’avant. Être le plus riche du quartier, j’en ai absolument rien à faire, ce qui m’intéresse c’est qu’on ai tous les deux des rythmes de vie acceptables, qu’on voit nos familles respectives et que je puisse payer ma maison. Se cramer la vie au boulot, on l’a fait, je crois qu’on en a tous les deux plus trop envie.

X : Justement, la possibilité qu’on a ici, c’est que comme c’est pas un concept, ça évolue en permanence. Quand un lieu est conceptualisé, avant même que ça ouvre, toute est léché, réfléchi, figé. Ici, au fur et à mesure du temps, on peut développer le lieu, l’aménager, l’agrémenter pour répondre aux envies et nous adapter, et c’est ça le challenge !

Où aimez vous aller pour boire un verre ou manger en ville ?

X : Si je veux boire un verre, j’aime bien aller au Garde fou. Sinon, pour manger j’aime beaucoup le pont corbeau, pour le coté simple, produits locaux, et une carte de vin ou tu te fais plaisir à mort. Le soir quand je mange quelque part, il faut qu’il y est à boire, du vin nature, des choses qui me parlent. Je choisis le lieu en fonction de ce qu’il y a à boire, où est ce qu’il y a une belle offre.

G : J’ai un gros défaut, c’est que je vais là ou j’ai des potes, ça réduit pas mal les chances de faire des découvertes. Sinon, pareil, je choisis un établissement pour ce qu’il propose à boire. Si je veux des bières, je vais au Grincheux ou au Garde Fou, si je veux du vin, je vais au Pont Corbeau ou à la Cantina.

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