Après des mois avec Covid et sans la Meinau, la vie sportive a repris pour les supporters des Bleus et Blancs. Avec 4 points pris en 5 rencontres, le Racing n’est pas au mieux et doit se refaire la cerise ce vendredi 19 septembre. Surtout que l’on n’affronte pas n’importe qui à la Meinau : le FC Metz ! Si vos poils se hérissent à l’écoute de ce nom, c’est tout à fait normal. Laissez-moi vous raconter quelques moments de rivalité entre ces deux clubs qui s’opposent depuis maintenant plus de 80 ans…


Un match qui promet

Le dernier match contre Metz avec 25 000 supporters bleus chauffés à blanc date du 11 août 2019. En ouverture de la saison, le Racing, alors engagé dans la bataille des tours préliminaires de la Ligue Europa, avait fait 1-1 contre le rival messin. La saison dernière, sans public mais avec Covid, Strasbourg avait fait 2-2 à domicile, avant d’enfin battre Metz chez eux, 2-1.

Avec 5 points seulement pris en 4 matchs, le Racing n’a pas réussi le début de championnat espéré. Une patte Stéphan qui met du temps à s’imprégner – même si la défense à 5 commence doucement à m’irriter – et une porosité défensive comparable à celle de la France face à la Suisse en juillet dernier. Avec 3 points pris et aucune victoire en 5 matchs, le FC Metz n’est pas bien non plus. Ce 19 septembre verra donc deux équipes en mal de points s’écharper à la Meinau.

Le stade de la Meinau sous le soleil
© V.K


Un derby, c’est vendeur

Un enjeu supplémentaire pour un match déjà électrique. Vous vous en doutez, entre le FC Metz et notre Racing, il y a une rivalité. On parle même de derby de l’Est. Justement, un derby, qu’est-ce que c’est ? Un derby est une rencontre sportive entre deux équipes de la même ville, voire entre deux villes géographiquement voisines, généralement distantes de moins de 100 km. Déjà, techniquement, Strasbourg-Metz ne rentre pas dans cette définition, puisque les deux villes sont séparées par 165km, via l’A4.

Pourquoi alors parle-t-on de derby, alors que géographiquement, c’est pas le cas ? Déjà, la géographie, on s’en fiche un peu, soyons honnêtes. On parle de derbys Toulouse-Bordeaux, alors que quasi 300km séparent les deux clubs. Les derbys ça permet de créer une histoire, et en suite de raconter des histoires sur cette histoire. En termes savants, donc forcfément anglo-saxons, on appelle ça du meta-storytelling.

C’est en effet quand même plus vendeur de créer des derbys et de jouer dessus pour attirer les gens, que ce soit devant la télé ou dans les tribunes. D’exacerber les sentiments pour vendre une ambiance dont on se targue en haut-lieu, parce que s’il y a de la passion, il n’y a pas de problèmes non ?

© V.K


Une rivalité entre deux clubs voisins mais pas trop

Vous l’aurez compris, les derbys, surtout en France où les clubs sont généralement éloignés les uns des autres, c’est surtout une affaire de marketing, ce qui n’empêche pas bien sûr de ne pas s’apprécier.

Pour en revenir à nos Lorrains, ils sont davantage concernés par le derby avec Nancy. Forcément, puisque les deux se partageaient une région, mais aussi leur gare toute pétée, placée pile pile pile au milieu. Strasbourg est un rival finalement politique, au sein d’une région Grand Est elle aussi fortement marquée politiquement. Pour Strasbourg, c’est plutôt Mulhouse et Colmar qui ont rythmé la vie des derbys, lorsque le club évoluait aux échelons inférieurs.

Alors pourquoi, historiquement, il est facile de retrouver des derbys chauds entre les deux clubs ? Déjà, Strasbourg et Metz sont les deux plus gros clubs de l’Alsace-Lorraine, une partie de la France qui a une histoire pour le moins compliquée. Les deux clubs ont par ailleurs joué en Bundesliga, la ligue allemande, pendant la Deuxième Guerre mondiale. Avec le Racing jouant des derbys contre un club contrôlé par le SS. Bonne ambiance.

Les attaquants messins à l’abordage de la défense strasbourgeoise, allégorie


Metz a la mauvaise habitude de battre Strasbourg

Les deux premières rencontres entre les deux clubs datent d’avant cela, en 1933 et 1934, alors que les deux clubs sont en deuxième division. Strasbourg remporte l’aller et le retour. Un détail à l’époque, mais un fait plutôt rare par la suite dans les affrontements entre les deux clubs. Vous ne le savez peut-être pas, mais Metz domine assez largement les affrontements. En 119 rencontres, Metz a quand même gagné 49 fois, tandis que Strasbourg n’a « que » 33 victoires. Les 37 autres sont des matchs nul.

Soyons honnêtes, même si nous sommes fiers d’être Alsaciens, Strasbourgeois et/ou fans du Racing, Metz nous la met souvent à l’envers. Néanmoins, on un meilleur palmarès qu’eux : 10 titres, dont celui de Champion de France en 79, alors qu’ils n’en ont que 6, et n’ont jamais été Champions de France. Pour utiliser une comparaison tennistique, Strasbourg-Metz c’est un peu Federer-Nadal : l’un a un meilleur palmarès, l’autre lui botte les fesses plus régulièrement en face à face. Chacun sa victoire. (Et je suis désolé d’avoir comparé Nadal à Metz, j’aime bien le joueur)

© Nicolas Kaspar/Pokaa


Hommage à Jean-Michel

Néanmoins, on ressent récemment tout de même plus d’animosité entre les deux clubs. Pourquoi donc la rivalité prend-elle plus d’ampleur depuis ces vingt-cinq dernières années ? Avant même l’avènement des réseaux sociaux qui jouent bien leur rôle de bulle de sentiments pas toujours aimants, c’est un événement tragique – et la débilité de certains supporters Messins pour le coup – qui a mis le feu aux poudres. On vous en parlait déjà ici, mais je vous fais un résumé rapide.

Lors de la finale de la Coupe de France 1995, alors que les supporters Strasbourgeois font la fête dans les bus les menant au Parc des Princes, Jean-Michel Kroné, un supporter strasbourgeois a sorti sa tête par la fenêtre du toit du car, qui est passé sous un pont trop bas. Jean-Michel est mort sur le coup, décapité. Le résultat de la finale – perdue – est anecdotique.

Une finale perdue, la tête ailleurs. Crédit : Archives Paris Football

Cette plaie n’a pas eu le temps de cicatriser que les Strasbourgeois retrouvent Metz pour un match de Championnat. Là, les supporters Messins ont eu l’extrême compassion de chanter : « Jean-Michel, BAISSE LA TÊTE ! » pendant une bonne partie du match… A ce stade-là, les mots manquent pour qualifier ce genre de gestes. Et les UB90 – principal groupe de supporters strasbourgeois – n’oublieront sans doute jamais.

Pour que personne d’autre n’oublie d’ailleurs, une plaque en métal au nom de Jean-Michel Kroné est d’ailleurs accrochée du côté du « Kop » à la Meinau.


Une histoire de pétard

A partir de ce moment-là, notamment du côté des supporters strasbourgeois, la rancune et l’amertume font ressortir les mauvais côtés de chacun. Ce qui donne une ambiance assez électrique à chaque fois que les deux équipes s’affrontent. Retour en trois actes :

En 2000, dans une saison qui les enverra en Ligue 2, le Racing affronte Metz à la Meinau. Les Messins ont leurs fumigènes, leurs chants douteux et leurs pétards. Pour les Strasbourgeois, l’ambiance n’est pas au beau fixe, ni sur le terrain, ni dans les tribunes. Les supporters expriment en effet de manière parfois condamnable leur désaccord avec la direction. Pourtant, Strasbourg mène face à son rival, d’un but de Danijel Ljuboja. Mais à la 67ème minute – tout un symbole – un pétard est jeté depuis une tribune strasbourgeoise, blessant l’arbitre assistant Nelly Viennot au tympan.

Le match sera arrêté, et reporté. Quatre mois plus tard, les deux équipes reviennent dans un stade de la Meinau complètement vide, les instances dirigeantes ayant ordonné un huis-clos. Les Strasbourgeois font preuve d’une apathie confondante et s’inclinent un à zéro. Fin de l’histoire ? Que nenni ! Metz perdra finalement cette rencontre sur tapis vert, pour une sombre affaire de faux passeports de leur gardien Faryd Mondragon. Une affaire dans laquelle Strasbourg n’est pas d’une blancheur éclatante non plus.


Le début d’un cauchemar

Faisons un petit saut de sept ans dans le futur. En 2007/2008, lors de la 28ème journée, Strasbourg est 11ème de Ligue 1 et mène 1/0 contre Metz, quasi relégué. Le match aller avait été émaillé de problèmes avec les supporters. Strasbourg est virtuellement huitième et à seulement quatre points de la marque des 42 points pour se maintenir. Et là tout dérape… Metz réussit à marquer deux buts, et si Strasbourg arrive à égaliser, on perd finalement à deux minutes de la fin. Même si on est toujours relativement bien placés en championnat, c’est le début d’une spirale infernale.

Onze ans après le calvaire contre Metz à la Meinau, on avait vraiment retrouvé le sourire en avril 2019. Crédit : Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons – cc-by-sa-4.0

Strasbourg ne gagnera plus un match de la saison, mettra seulement 5 buts sur les dix derniers matchs ­– dont trois lors de la dernière rencontre. Le club descend en Ligue 2 et n’y remontera plus avant 2017. Ce match n’est pas souvent compté comme le plus mauvais souvenir des supporters strasbourgeois, la défaite l’année d’après qui nous prive d’accession en Ligue 1 contre Montpellier gagnant souvent le gros lot. Mais croyez-moi quand je vous écris que celle-ci, elle a fait mal.


Ambiance (General) électrique

C’est quasiment une bis repetita à laquelle on a eu droit lors de la saison 2017/2018. Déjà, à l’aller, on prend 3/0, soit. Metz est à nouveau quasi condamné, nous on joue notre survie. Si vous avez un air de déjà-vu, c’est normal. 10 après, l’histoire se répète.

Strasbourg mène 1/0 et se donne de l’air au classement. Les supporters respirent avec plus de facilité. Mais comme souvent avec le Racing, Metz est bien décidé à nous enquiquiner jusqu’au bout. Ils mettent deux buts – dont l’un sur un penalty absolument pas valable. Là, tu as juste l’impression d’avoir à nouveau le poids de l’histoire qui t’écrase. Metz ne va quand même pas pourrir la vie du Racing, dix ans après, alors qu’ils sont trop nuls pour se maintenir ?

Cette tension se ressent dans les tribunes, avec des intellectuels strasbourgeois qui lancent des briquets, mais aussi sur le banc de touche, avec Anthony Gonçalves qui provoque le gardien remplaçant. L’ambiance est tout simplement électrique à la Meinau, qui sera délivrée par un coup de canon de Seka. Un 2/2 sur le moment décevant mais tellement précieux en fin de compte, puisque le Racing se maintiendra, pour la suite que l’on connaît. Et surtout, parce que les supporters n’avaient aucune envie de se retrouver 10 ans en arrière. Pas encore.


Enfin une victoire

L’invincibilité messine s’est prolongée durant la période Covid, avec l’arrêt du championnat à partir de mars 2020. Lorsque le football a finalement repris, les matchs se déroulaient à huis-clos. Et les supporters strasbourgeois n’ont pas pu soutenir leurs joueurs face au rival le 13 décembre dernier. Lors d’une rencontre à rebondissements avec Kawashima stoppant un pénalty, Simakan marquant son premier but au Racing et Thomasson permettant au Racing d’accrocher un 2-2.

Néanmoins, la période d’invincibilité du FC Metz commençait sérieusement à tirer en longueur. Et pour la Saint-Valentin, les Bleus et Blancs ont offert le plus belle preuve d’amour à leurs supporters. Chez l’ennemi, ils s’imposent en effet 2-1, grâce à un doublé de Thomasson, officiellement arme anti-FC Metz. Rendez-vous compte : sur les cinq derniers buts marqués face aux Grenats, il en a inscrit quatre ! Une victoire inespérée, et qui a fait du bien en fin de saison lorsque Strasbourg s’est maintenu à l’arrache. Désormais, il n’y a plus qu’à gagner à la Meinau, ce que l’on attend depuis 14 ans.

Ce vendredi 19 septembre aura donc lieu le 120ème derby de l’Est. Avec Metz, on partage une région, une histoire commune et quelques incidents qui restent dans la mémoire collective. C’est sans doute pour cela que les rencontres sont toujours aussi chaudes. Nul doute que la Meinau sera en feu pour accueillir nos voisins lorrains, pour le premier derby post-Covid. Il le faudra, pour que le bleu et le blanc prennent le pas sur le grenat. Si Gameiro pouvait débloquer son compteur but à la Meinau en même temps… la fête sera totale. On en aura sans doute besoin, pour enfin battre Metz dans notre maison, plus de 14 ans après.

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