Ce samedi 27 avril, Strasbourg a de nouveau vécu une grosse journée de mobilisation des Gilets Jaunes. A un mois des élections européennes, l’appel national et international lancé pour la capitale alsacienne n’a été que modérément suivi, rameutant tout de même près de 3000 personnes, dont des allemands et des belges. La journée de manifestation s’est déroulée sous la pluie et les nuages de gaz lacrymogène, de 13h à 19h.

Les projectiles (bouteilles, pavés, cailloux…) de quelques-uns se sont opposés à des tirs nourris de gaz lacrymogènes dans la foule tout au long de la journée. Autrement, sur près de 30 km de marche d’un parcours non-déclaré et improvisé, quelques rares affrontements directs ont éclaté avec les forces de l’ordre, émaillé de quelques dégradations relativement limitées (essentiellement une poignée d’abribus et quelques poubelles). La répression sévère était en proportion du dispositif imposant déployé par les forces de l’ordre (policiers, CRS, gendarmes, BAC… et un hélicoptère), donnant lieu à plus d’une quarantaine d’interpellations et quelques blessés légers selon un bilan de la préfecture.

De nombreuses salves de grenades lacrymogènes sur la place de Bordeaux
Fin de journée, place Kleber, presque plus de forces de l’ordre que de manifestants

Gaz lacrymogène toute la journée

« Mr Macron, vous voulez garder votre cap? Alors, nous gardons le notre. » Voilà, en une phrase prononcée dans le discours de départ du cortège, comment on pourrait résumer l’état d’esprit des manifestants, suite à la conférence de presse d’Emmanuel Macron de jeudi dernier. Ils se sont donnés rendez-vous à 13h place de l’Étoile. Après un départ dynamique, vers le centre, le cortège continue Quai des Bateliers et se fait bloquer à chaque pont.

Le rassemblement commence en douceur
Avant la marche, les discours, place de l’Etoile
L’accès au centre-ville refusé, chaque pont est bloqué
Premier affrontement passerelle de l’abreuvoir

Les premiers affrontements éclatent sur la Passerelle de l’Abreuvoir où quelques manifestants tentent une percée. Le cortège continue vers les institutions européennes, mais se fait bloquer place de Bordeaux, où des « tirs préventifs » de gaz lacrymogène tombent sur la foule et amorcent un gazage quasi permanent de la place pendant plusieurs dizaines de minutes.

L’air irrespirable place de Bordeaux, difficile de voir à plus de 10 mètres

Tensions place de Bordeaux, quartier Orangerie puis Esplanade

Le cortège rebrousse chemin pour s’approcher ensuite du Conseil de l’Europe, mais se fait de nouveau repousser à coup de gaz dans les petites rues du quartier de l’Orangerie. La foule redescend ensuite le boulevard de la Marne où quelques poubelles sont mises à feu.

Le cortège se recompose sur le Campus Central. De nouveaux affrontements éclatent au niveau de l’Eglise du Christ Ressuscité où les manifestants repoussent la police avant de repartir dans le campus et se diriger vers Rivetoile.

A quelques dizaines de mètres du Conseil de l’Europe
Une des poubelles boulevard de la Marne

Nassage et interpellations dans les ruelles de la Krutenau

Retour au point de départ, place de l’Etoile, le cortège est toujours très conséquent. Il se glisse en longueur dans les petites rues de la Krutenau avant de se faire couper en plusieurs points, notamment place de Zurich.

Dans les ruelles aux alentours, des nasses sont formées par les forces de l’ordre où l’air devient complètement irrespirable. Le gros des interpellations commence et des incidents éclatent à plusieurs endroits notamment place d’Austerlitz. Le cortège est brisé et confus.

Sur le Campus Central
Place de Zurich

Un peu plus tard, les derniers manifestants (quelques dizaines) restants semblent s’être retrouvés place Kleber, malgré l’interdiction de rassemblement. Une dernière série de gaz lacrymogène tombe sur la place malgré de nombreux civils aux alentours. Un peu après 19h, la manifestation est terminée.

Interpellation clairement disproportionnée d’une très jeune personne
Lanceur de balle de défense (LBD), une arme de guerre

Une manifestation crainte par la préfecture

Quelques magasins avaient décidé de se barricader en prévision des heurts. Certaines zones (la place Kleber, la Gare ou le secteur des institutions européennes) étaient interdites aux rassemblements. Dimanche matin, les forces de l’ordre auraient fouillé les buissons, des sacs et des véhicules, trouvant et confisquant du matériel de protection (casque, masque…), notamment de certains « streetmedics » alsaciens.

Quelques manifestants se seraient réunis devant l’hôtel de police hier et devant le tribunal aujourd’hui pour soutenir leurs comparses interpellés, dont Yannick Krommenacker, un « gilet jaune » populaire aux dizaines de milliers de followers. Il s’est fait violemment interpellé en fin de manifestation alors qu’il filmait encore en direct avec son téléphone. Le « garde du corps » d’un documentariste indépendant aurait également été interpellé. Au moins cinq personnes sont passées en comparution immédiate ce lundi. Dimanche soir, une vingtaine des 43 interpellés étaient encore en garde à vue selon les DNAs.


Gaspard Glanz de retour à Strasbourg

Ayant été interdit de travailler sur Paris, le journaliste indépendant Gaspard Glanz était présent pour couvrir le cortège strasbourgeois et fut régulièrement salué par les manifestants. Son interpellation, alors qu’il couvrait la manifestation parisienne le samedi 20 avril dernier, avait defrayé la chronique.

Ce reporter travaille sur les mouvements sociaux et les violences policières depuis une dizaine d’années, avec nombre de révélations embarrassantes. Beaucoup de journalistes ont trouvé une interprétation politique à sa mise en garde à vue de près de 48h et il a reçu le soutien d’une grande partie de la profession.

Le journaliste indépendant Gaspard Glanz couvrant la manifestation strasbourgeoise

Son interpellation fait suite à un doigt d’honneur impulsif en direction des forces de l’ordre juste après s’être fait bousculé, parce qu’il se plaignait d’avoir reçu une grenade de désencerclement. Il sera entendu le 18 octobre prochain, mais pour un seul des deux motifs d’interpellation: seul « outrage à agent » est retenu contrairement à «groupement en vue de commettre des violences». Il devait être interdit de présence à Paris tous les samedi jusqu’en octobre et le premier Mai. Cet après-midi, le tribunal correctionnel a annulé cette décision, levant son contrôle judiciaire.

A Strasbourg, on risque de voir encore de nouvelles grosses manifestations dans le mois de Mai à venir, qu’elles soient sociales (1e Mai, gilets jaunes, grèves diverses…) ou climatiques (marches et grèves pour le climat, Youth For Climate, WakeUpWeek…).

Les cadenas de l’amour sous le regard des policiers, passerelle de l’abreuvoir

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