Bien que 7000 travailleurs français traversent le Rhin quotidiennement pour travailler en Ortenau, la région Allemande la plus proche de notre frontière peine toujours à trouver de la main d’œuvre. Le chômage en Ortenau est de 2,8% et flirte avec les 10% en Alsace. Pourquoi les jeunes Strasbourgeois ne se dirigent pas vers les 3000 offres d’emploi outre-Rhin, dont 500 se trouvent à Kehl ? Comment faire pour sauter le pas ?

A Strasbourg, on adore la proximité avec l’Allemagne. Le prix de nos clopes fait rougir le reste des français autant qu’il fait noircir nos poumons, avant nos soirées on passe par l’Allemagne pour acheter nos bouteilles, et nous sommes déjà assurés d’un avenir radieux quand on sait que les couches-culottes ne coûtent pas grand chose une fois le pont de l’Europe franchi. Si on va en Allemagne pour acheter nos couches et nos clopes, on pourrait penser que nous y allons aussi pour trouver du boulot, non? Non.

Si on fait 45 minutes de TGV et qu’on arrive à Metz, on se rend compte qu’ils n’hésitent pas à se rendre au Luxembourg pour trouver un travail. Beau salaire, belle voiture, beaucoup d’avantages, la belle vie quoi. Mais ici, après quelques conversations avec la jeunesse locale, je vois bien que le Rhin n’est pas si facilement franchi pour l’emploi. Pourquoi ?

Le langue, une barrière infranchissable ?

Sur le campus de l’Université, la majorité des étudiants interrogés tiennent le même discours que Léa, 23 ans qui aspire à devenir attachée de presse. “Je n’ai jamais réellement imaginé travailler en Allemagne, et puis je n’ai pas le niveau de langue pour pouvoir le faire.” Voilà le premier indice : Cette fameuse barrière de la langue qui fait trembler les non-anglophones quand ils doivent commander un café chez les british. “I ouant un café por favor, Bryan is in the kitchen?”. Ici, elle fait trembler les jeunes non-germanophones qui n’ont pas assez confiance en eux.

Mais que faire face à cette difficulté? Pour trouver la réponse, je suis allé faire un tour à la Maison de l’Emploi de Strasbourg, lieu qui a “pour mission de développer l’activité et l’emploi du territoire tout en prêtant attention aux plus fragiles”. Cet endroit est d’autant plus génial qu’il est porteur de projets pour favoriser le travail transfrontalier. En plus, on peut y trouver deux cheffes de projet qui ont toutes les infos, car cela fait trois ans qu’elles se penchent sur la question de l’emploi transfrontalier.

Interrogée sur la barrière de la langue, l’une d’elle, Nelly Keuerleber, explique qu’il “suffit de 2 à 3 mois pour connaître les 200 à 300 mots nécessaires pour pouvoir communiquer sommairement dans une langue”.  Aussi, nous accompagnons les futurs travailleurs dans l’apprentissage de l’Allemand” rassure Marie-Astrid Bénard.

Mais dis moi, cher lecteur, l’Allemand ne serait pas majoritairement choisie comme deuxième langue pendant la scolarité en Alsace? On est d’accord. Vous avez donc la possibilité de ressortir les cours de Madame Weis en plus des formations proposées.

La phobie administrative te hante ?

J’imagine déjà les milliers de questions qui passeraient par ton esprit si tu voulais travailler en Allemagne. “Et ma retraite? Mon chômage? Mon assurance maladie?”. Avoue, tu as déjà des sueurs froides à l’idée de ne plus avoir ta carte vitale avec ta magnifique photo de quand tu avais 16 ans, une voix bizarre, et des boutons partout.

Détends-toi, prends un Mojito, mets ton cerveau en pause, je t’explique : Tu habites en France, mais tu travailles en Allemagne? Tu as donc le statut de travailleur frontalier. Ce statut est le résultat de nombreux accords passés entre les deux pays. Tu cotises en Allemagne pour la retraite, le chômage et l’assurance, mais tu payes tes impôts en France, et c’est notre cher hexagone qui t’indemnise en cas de perte d’emploi et te paiera ta pension de retraite. Magique. (Un petit tour par ici te donnera toutes les infos en détail)

Faut-il être qualifié pour bosser en Allemagne?

Si tu n’es pas du genre à faire de longues études, relax! De nombreux secteurs qui ne demandent pas ou peu de diplômes recrutent en Allemagne.

Tous les domaines sont en quête d’employés, mais certains sont en réelle pénurie de main d’oeuvre, c’est triste pour eux, mais c’est cool pour toi : La logistique (manutentionnaire, cariste…), la vente (va sonner chez Aldi, Edeka, Rewe, DM), le secteur routier (toutes les entreprises recherchent!), la restauration (Europa Park, Oh Julia, Villa Schmidt seraient heureux de voir ton CV), mais aussi le travail du bois et des métaux.

La plupart des offres se trouvent sur le site de Jobbörse. Sinon, tu as la possibilité de contacter les Mission Locales de Strasbourg et Schiltigheim, si tu as moins de 25 ans, ou bien aller au Service de Placement Transfrontalier à l’entrée de Kehl. Pratique.

On a gardé le meilleur pour la fin : La plupart des entreprises de l’Ortenau font les beaux yeux aux travailleurs français et proposent des CDI… le graal.

Faire la navette entre Strasbourg et l’Allemagne n’est pas si pénible

Tu penses peut-être que se rendre en Allemagne, tous les jours, pour bosser, c’est trop fastidieux ? Pour te prouver que tu as tort, j’ai pris mon courage à deux jambes et j’ai testé, pour toi, les trois moyens de transport les plus populaires.

Entre la Cathédrale de Strasbourg et la mairie de Kehl, à pied (fortement déconseillé s’il pleut), il faut compter 1h24 en comptant un arrêt de deux minutes sur le pont pour admirer la vue sur le Rhin. En tram, il faut un peu plus de 30 minutes, sauf si tu n’as pas de tickets et que tu te fais choper par un contrôleur, dans ce cas… oui, c’est relou. En vélo, même sans se doper il suffit de pédaler pendant 25 minutes ! Surtout qu’une fois arrivé à la mairie de Kehl, le reste de l’Ortenau est très bien desservi.

(Pour des raisons d’amour-propre, la trottinette n’a pas été testée. Laissons-la aux parisiens)

David, 29 ans, n’a pas l’air mécontent du parcours qu’il fait tous les jours. Il est ingénieur en Allemagne et aime le changement de pays.  “J’aime beaucoup retrouver mon pays le soir et le weekend, mais travailler en Allemagne est un réel plaisir. J’ai l’impression de voyager en allant au boulot !”

C’est vrai qu’à Strasbourg, les sonorités de la langue germanique se font entendre à tous les coins de rue, et “je vais me promener” ou “je vais faire du shopping” sont deux phrases qui emmènent parfois le jeune Strasbourgeois outre-Rhin. Il est vrai aussi que de réelles opportunités existent en Ortenau. Il ne suffit pas de traverser une rue ou un fleuve pour trouver un boulot, mais maintenant que vous avez toutes les clés en main et que la barrière de la langue peut être franchie,  ça vaut le coup de se lancer, non ? La Maison de l’Emploi et les Missions Locales de Strasbourg et de Schiltigheim sont là pour vous aider à trouver un travail, tout en vivant dans cette magnifique ville qu’est Strasbourg. Parce qu’il faut l’avouer… on est quand même bien ici.


>> AURELIEN BOURON <<

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