Contrairement à Paris, le mouvement des gilets jaunes à Strasbourg s’est déroulé calmement dans les rues de la ville… à une ou deux exceptions près. Des institutions européennes jusqu’au Marché de Noël, en passant 3 fois par la place de la République, retour sur un parcours un peu sinueux et expérimental, avec des gilets jaunes déterminés mais encore pas très cadrés, un peu à l’image du mouvement.

Les gilets jaunes sont partout en France. Depuis le 17 novembre, citadins, campagnards, banlieusards, retraités, actifs, automobilistes, écolos, étudiants, syndicats, militants d’extrême gauche, d’extrême droite, abstentionnistes, chômeurs, anarchistes, travailleurs, artisans, petits commerçants, entrepreneurs et autres… un large spectre de la population française se mobilise pour bloquer les routes et manifester un immense mécontentement. Ce mouvement de contestation populaire, parti de la hausse prévue de la taxe sur le diesel, s’est étendu à d’autres revendications, souvent imprécises, mais exprime en tout cas une saturation et une colère sociale bien réelle.

A Paris ce samedi, 372 personnes ont été mises en garde à vue, près de 10 000 grenades ont été tirées par les forces de l’ordre, l’étendue des dégâts est considérable (on parle de plus de 3 millions d’euros) et la violence bien présente dans les deux sens. A Strasbourg, on en est loin, pas de dégâts ou de dégradation à priori, mais un nuage de lacrymogène a quand même vu le jour au niveau de la station de tram Gallia et deux personnes auraient été interpellées. Ailleurs en Alsace, de nombreux blocages ont eu lieu, ce samedi encore mais surtout de manière continue depuis le 17 novembre.

A 10h, les gilets jaunes strasbourgeois s’étaient rassemblés en partie au niveau des institutions européennes, devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Ils descendent à 350 environ vers le centre-ville où ils doivent rejoindre d’autres groupes de manifestants, notamment un petit groupe de 30 personnes qui les attendent place de la République, la manifestation gonflant petit à petit. Au niveau du Palais Universitaire, certains décident de changer de cap par rapport au tracé donné en préfecture et tentent une percée par Gallia, suivie par une bonne partie de la foule.

Il est un peu avant midi. Les forces de l’ordre font opposition au niveau du pont, certains gilets jaunes forcent le barrage, entraînant une partie de la foule. Des coups de bâtons et les lacrymogènes tombent. Les fourgons et le pont sont embaumés d’un épais nuage, la foule coupée des trois côtés du carrefour. L’incident serait survenu suite aux actions « d’une ou deux personnes » selon des organisateurs.

« Macron, démission » entonné avenue de la Marseillaise

Après un moment de tension et de flottement, la foule réussit à se regrouper avenue de la Marseillaise. Un petit groupe veut forcer les barrages du Marché de Noël cette fois-ci, au niveau du lycée des Pontonniers. Le gros de la foule s’y oppose, encore sous le choc du heurt précédent, et se redirige vers le point de ralliement prévu à République en marchant sur les rails du tram.

Arrivée enfin à la place de la République, malgré un tracé de parcours légèrement dévié, et un peu réchauffée de l’affrontement, la foule se tasse devant l’entrée Vigipirate de la Grande Île, juste derrière l’Opéra. La chanson « petit papa noël » et l’hymne national sont repris en cœur, devant un dispositif policier renforcé. Le groupe est divisé, et puis au bout d’un moment, on s’ennuie. Les gilets jaunes ne passent pas le barrage et sont coincés devant un cordon de CRS alors que les visiteurs du marché de noël rentrent et sortent librement du centre-ville. Le groupe est divisé. Certains veulent rester et tenter de passer en force. « J’ai fait 100 bornes pour venir manifester ici, ce n’est pas pour rester planter là comme ça ! » D’autres veulent, comme le veut la tradition à Strasbourg, aller sur les marches de la Place de la République pour prendre la parole et « éviter de finir en prison ». C’est ce qui se déroulera tout doucement, malgré les réticences, avec un groupe morcelé, aux alentours de 13h.

La violence sociale, aux frontières du centre-ville

Place de la République, on note les dissensions internes spécifiques à ce nouveau type de mouvement, sans corps intermédiaire. Tout le monde est loin d’être d’accord. Les syndicats et les politiques ne sont pas les bienvenus. Le groupe se scinde en plusieurs, une partie souhaite sortir de Strasbourg pour rejoindre les blocages routiers, une autre décide de rejoindre d’autres manifestations Place du Maréchal de Tassigny.

Au même moment, des étudiants se réunissaient contre l’augmentation des frais d’inscriptions à l’université pour les étudiants étrangers. La CGT (+Solidaires et FSU) s’était rassemblée pour leur prêter main forte, et aussi opérer la fameuse « convergence de luttes » avec les gilets jaunes.

De leur côté, depuis la Place de la République, les gilets jaunes sont repartis, sans véritable autorisation, vers la Place du Maréchal de Tassigny pour rejoindre ces deux autres groupes. Les forces de l’ordre ont laissé agir, à partir du moment où ils ne tentaient pas de rentrer dans la Grande Île pour perturber le sacro-saint Marché de Noël. Le long des quais, la scène était assez surréaliste. D’un côté le reste des gilets jaunes manifestant leur colère, et sur l’autre rive, des touristes et visiteurs du Marché qui les regardent, amusés ou médusés.

Gilets jaunes et rouges… mais difficilement orange

Une fois arrivée Place du Maréchal de Tassigny, c’est un nouveau gros cortège (gilets jaunes, étudiants, CGT) qui se forme et repart pour un tour en direction prévue de la place de la République… Vers 14h40 au niveau du tram Porte de l’Hôpital, les gilets jaunes décident de bifurquer pour tenter à nouveau de pénétrer le Marché de Noël au niveau de la paroisse Saint Nicolas. Ils sont à nouveau bloqués devant les forces de l’ordre et le barrage Vigipirate. Dépités, ils rejoignent le cortège qui les attend place du Corbeau. Certains en ont marre et ne veulent pas se mobiliser aux côtés des syndicats. Près de 150 d’entre eux arrivent à rentrer dans l’enceinte de la Grande Île à travers diverses entrées sur les quais et se diffusent dans le centre-ville alors que le cortège principal avec la CGT se redirige vers Place de la République et ensuite jusqu’au Tribunal de Grande Instance.

Chez les gilets jaunes, on se perd, on se retrouve de manière éparse dans centre-ville, voire jusqu’à la gare. Place Kleber, beaucoup ont réussi à se retrouver, entamant une Marseillaise et coiffant la statue du général d’un gilet jaune après une balade au niveau de la cathédrale. Pour d’autres, c’est l’heure de la pause vin chaud place Broglie avant de finir place de la République pour le petit groupe restant. En bref, la « convergence des luttes » s’est effectuée avec difficulté, l’organisation a un peu pêché, mais la détermination était présente chez les participants au mouvement qui ont réussi à s’infiltrer finalement dans l’enceinte du centre-ville. Une nouvelle opération à Strasbourg est en discussion pour le weekend prochain, des rassemblements sont déjà annoncés sur facebook (comme ici par exemple). A moins d’une grosse évolution politique dans la semaine, on devrait voir des scènes similaires le weekend prochain.

 

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