Lorsqu’on m’a dit qu’il était possible que des gens n’aiment pas Strasbourg, ça m’a fortement intéressé. Strasbourgeois depuis plus de vingt ans maintenant, je voulais avoir une autre perspective que la mienne sur une ville que j’apprécie plus que tout. J’ai donc fait appel aux avis éclairés de Sophie, André, Marie-Jo* et consorts, à travers la page Étudiants de Strasbourg. Ils sont anciens mulhousiens, depuis quelques années à Strasbourg ou tout nouveaux tout frais, mais ils ont un point commun : ils ont des choses à dire sur notre belle ville, qui n’est finalement pas si belle que ça.

 

*Tous les prénoms ont été modifiés. Les plus sériephiles d’entre vous auront remarqué les références à Au Service de la France.

 

Strasbourg, la ville où il fait froid et il pleut (sacrilège!)

Cela aurait été étonnant de ne pas commencer par cela : à Strasbourg, il fait froid et il pleut. D’autant plus quand le mois de novembre touche à sa fin, où humidité et froid rivalisent d’espièglerie pour ne pas nous faciliter la vie. « C’est une jolie région quand il ne fait pas –8. Je supporte mal ce temps » m’a dit Marie-Jo, ancienne toulousaine nostalgique.

Un ciel bleu qui n’est que trop rare à Strasbourg selon certains. Crédit @Raphaelle Beauvais

La relation au froid est compliquée dans notre belle ville de Strasbourg. « Temps : froid incompréhensible ; Mulhouse et Colmar il fait moins froid », selon Sophie, pour qui le désamour de Strasbourg est solide. Pour ne rien arranger, la pluie rajoute encore du plaisir à l’expérience strasbourgeoise.

Ces griefs sont sans doute circonstanciés au fait que je pose ma question en novembre, puisque je peux vous assurer que l’été dernier, on n’aurait pas dit non pour un petit peu de pluie ! Ce qui est sur néanmoins, c’est que les hivers sont généralement de véritables épreuves à passer. Mais au bout d’un ou deux, on finit par s’y habituer vous verrez !

Le tram et la CTS, deux pommes de la discorde

J’aurais pu m’en douter en demandant à Étudiants Strasbourg leurs plus grosses réprimandes envers la ville de Strasbourg que la CTS allaient y figurer en bonne place ; ça n’a évidemment pas manqué ! En plus d’avoir relancé la mode du spotting de contrôleur, la compagnie strasbourgeoise n’est pas la plus populaire parmi les témoignages que j’ai reçus. Au pire, s’ils vous demandent un ticket, vous leur dîtes que vous êtes le roi de France.

Nos utilisateurs de Paint ont du talent

Les trams sont également visés : « le fait que ce soit une ville à tram/vélo est hyper contraignant je trouve parce que les trams de la CTS sont vraiment beaucoup trop lents pourtant j’ai jamais vu de chauffeurs aussi vifs pour verrouiller les portes, si t’as pas envie de rater ton arrêt t’as plutôt intérêt à prendre de l’avance » déclare Nathalie, mulhousienne de naissance et détractrice strasbourgeoise lors de sa première année.

Mon billet de tram est sacré !

Bien entendu, « il existe une place en enfer pour ceux qui n’attendent pas que les gens sortent du tram et pour y rentrer. », comme le dit si bien Moïse, un homme qui n’apprécie que très peu les trams aux heures de pointe. En outre, l’arrêt de circulation aux alentours de minuit et demi interroge et dérange, surtout dans une ville de la taille de Strasbourg : « c’est étonnant pour une ville soi-disant étudiante que les trams arrêtent de circuler si tôt. », rajoute Sophie, qui m’a gentiment réalisé une liste de ses griefs. Elle rajoute d’ailleurs : « Encore deux ans et demi à tenir, j’essaye de relativiser en me disant que ça ira. » En tous les cas, on le lui souhaite.

La difficulté de s’entendre entre piétons et cyclistes

Justement, transport un jour, grief toujours. Si ce n’est clairement pas imputable uniquement à Strasbourg, la cohabitation entre piétons et cyclistes n’est pas une mince affaire. « Les piétons sur le voie cycliste » rendent Maurice furieux, « les cyclistes sur les trottoirs » énervent Moulinier, « les vélos devraient repasser le test qu’on avait au CM2 » intime Calot, « les vélos n’ont aucun civisme » selon la liste de griefs de Sophie… Les exemples sont nombreux sur le désamour que se portent piétons et cyclistes.

Crédit @Raphaelle Beauvais

La cohabitation entre les deux a toujours été compliquée. Mais c’est vrai que dans une ville qui se targue d’être la ville la plus vélo de France, cela peut faire un peu tâche. Il est indéniable que des mesures ont été prises, mais la pente est encore raide avant de voir une parfaite harmonie entre piétons et cyclistes.

Le marché de Noël, ce mois de l’enfer

Cela n’étonnera personne, mais dès que sonnent la dernière semaine de novembre, les Strasbourgeois vivent un mois entier de réclusion dans leurs pénates. La cause ? Le début du marché de Noël. La dichotomie de réception de l’événement est toujours savoureuse à constater, entre une ville qui se targue de la position internationale de son marché, et les citoyens qui – à quelques verres de vins chauds près – pestent contre le trop plein de touristes.

C’est bien beau d’être la capitale de Noël, mais certains strasbourgeois en ont un peu gros

Il devient en effet plus difficile de se déplacer, surtout dans un centre-ville qui ressemble plus à un parcours du combattant qu’autre chose avec tous les protocoles de sécurité. En plus, il fait moche, froid et tu as juste envie d’être chez toi avec Netflix, du thé au miel, bien dans ta couette. Tu n’es donc pas de la meilleure humeur possible de base, et tous les gentils mais encombrants touristes n’améliorent en rien ton état. Tout comme les trois militaires au mètre carré qui donnent une toute autre vision e l’esprit de Noël.

Le conseil à tout strasbourgeois qui doit affronter le marché de Noël

Enfin, le bruit continuel gêne ceux qui travaillent à proximité des différents points du marché. Témoignage de Clayborn, étudiante strasbourgeoise qui en a gros : « Je suis à l’ISEG (à 20m du marché Broglie, ndlr) et c’est vrai que le bruit, les musiciens improvisés qui jouent en boucle la même musique juste en dessous des fenêtres pendant les partiels et les touristes qui rentrent dans l’établissement en toute normalité, c’est vraiment lourd et gâche l’ambiance de Noël. »

Bref, le marché de Noël est chaque année une épreuve pour nos strasbourgeois, qu’ils soient anciens ou nouveaux. Une possibilité de s’unir dans les moments difficiles, surtout que l’image des alsaciens et strasbourgeois n’est pas si bonne que ça…

Les gens de l’Est ne seraient-ils pas accueillants ?

En effet, et cela m’a sans doute plus surpris que tout ce que j’ai pu lire dans les témoignages, l’Alsacien et le Strasbourgeois ne seraient pas accueillants selon les personnes interrogées. Il serait « froid », « chauvin », « pas gentil ». Nous ? Chauvins ? Nooooon. En fait, il est assez intéressant de constater que quand Pokaa poste un article qui dit du bien de Strasbourg, le nombre de likes et de vues est toujours assez conséquent. Cela dénote une certaine fierté régionale, qui est tout à fait caractéristique des strasbourgeois.

Attitudes des strasbourgeois selon nos interlocuteurs, allégorie. Crédit @Raphaelle Beauvais

Il faut croire que le manque de chaleur dans l’atmosphère se répand dans le comportement des gens. « Les gens ne sont pas accueillants et ouverts d’esprit », me dit Irène, installée depuis quatre mois à Berlin après six ans à Strasbourg. André, jeune étudiant depuis septembre, est encore plus volubile : « Je dirais d’une part les gens sont pas forcément très chaleureux et bien élevés ; quand tu marches sur un trottoir et que quelqu’un viens en face ça arrive souvent qu’elle ne se décale pas alors que toi tu dois te mettre de côté pour passer ça c’est un truc à Stras qui me fait enrager ! Les gens en poussette ou etc se foutent au milieu du trottoir pour prendre un maximum de place c’est insupportable. ». Les Alsaciens seraient donc mal élevés et cela montrerait « une image très dégradante de cette région et des gens. », comme le dit Sophie.

Différence entre nouveaux strasbourgeois et anciens, allégorie. Crédit @Raphaelle Beauvais

On peut également penser que ces avis proviennent d’un certain choc culturel, quand on arrive pour la première fois en Alsace. L’Alsacien est très fier, peut-être parfois trop, comme pour Marie-Jo : « Je trouve que les alsaciens sont très « m’as-tu vu avec mon beau manteau de marque et ma belle voiture », je n’aime pas trop ça… » Le premier contact peut dès lors être encore plus difficile que si vous étiez Amy Adams.

Marie-Jo travaillant dans le relationnel, son expérience de premier contact a dès lors été encore plus brutale : « le manque de sourires et de politesse qui m’a énormément choquée ici quand je suis arrivée. Les gens ne sont jamais souriants et très mal polis – je travaille en vente et Je dirai 60% des alsaciens ne disent pas bonjour ni merci et encore moins au revoir – et c’est super dommage… »

Il fait froid dans les cœurs et les sourires comme il fait froid sur la ville. Mais pour remettre un peu de chaleur, au fond de nos cœurs, remettons néanmoins sur le tapis le fait que si les Alsaciens peuvent être compliqués à approcher, une fois que vous êtes devenues leurs amis, c’est pour la vie <3

Des problèmes communs avec d’autres villes de France

Forcément, quand on te demande de parler de ta ville, il y a un effet de loupe qui va t’amener à considérer ta ville, toute ta ville et rien d’autre que ta ville. Du coup, certains défauts de la ville qui m’ont été pointés – à raison – ne sont pas spécifiques à Strasbourg, ce qui est un problème en soi mais un tout autre sujet.

Taux d’incidence des infractions à caractère sexuel par région, enregistrées sur la période 2015-2017. Crédit @SSMSI – Base des crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie – Insee, recensement de la population

Un des premiers qui m’est le plus revenu est celui du harcèlement de rue ou dans les transports en commun, qui va de pair avec un sentiment d’insécurité. Ce sujet est présent partout en France, et l’effet loupe est dû au fait que la question était posée sur la ville de Strasbourg. Il y a les « putains de lourdeaux dans le tram » comme le dit Clayborn, l’étudiante de l’ISEG qui en a gros contre le marché de Noël : « en effet en allant en boîte en tram, il est impossible de s’y rendre sans avoir une réflexion ou un gars qui tape la discut’ en boucle, donc pour les filles les soirées se résument en : Uber life. »

À cela se rajoute un « harcèlement de rue omniprésent dont la ville ne s’en soucie pas et un racisme décomplexé » selon les mots de Marthe, depuis trois ans à Strasbourg, et « l’insécurité sur certaines zones de la ville, notamment la Gare » selon Jacquard, qui tance également le racisme dont il est victime à l’entrée de certaines boîtes de nuit. En tout et pour tout, on obtient un panorama pas très glorieux de la ville de Strasbourg.

La rue, théâtre de plein de bonnes choses, mais également de violences. Crédit @Raphaelle Beauvais

Moins grave mais tout aussi présentes étaient les remarques sur le coût des parkings. Il y a en effet de moins en moins de parkings gratuits à Strasbourg (RIP le parking de la Marne…) et on ne se gêne plus pour vous mettre un PV rétroactif avec la privatisation des parkings. À cela se rajoute le fait « qu’il faut être un sacré pilote pour se déplacer dans Strasbourg en voiture » selon Nathalie, notre ancienne détractrice et mulhousienne, créant un climat compliqué pour les automobilistes, qui en prennent décidément plein la figure en ce moment.

 

Alors Strasbourg, tu l’aimes ou tu la quittes ? C’est un peu plus compliqué que cela… Si de nombreux points soulevés sont spécifiques à Strasbourg, d’autres sont représentatifs malheureusement de la société en général. En plus de tout ce qui a déjà été cité, l’eau très calcaire et le manque d’installation sportives pour les jeunes au centre-ville sont comme d’autres points noirs qui s’accumulent sur notre jolie ville strasbourgeoise. Il est important d’entendre parler des défauts d’une ville, ne serait-ce parce que rien n’est parfait, et qu’on peut essayer derrière de faire changer les choses. Et sur cette conclusion bien bisounours comme il faut, je vous laisse, il faut que je m’enroule dans un troisième plaid !

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