C’est un ami qui travaille sur la tournée de Gaëtan Roussel qui m’a proposé de rencontrer ce dernier. Je me rend donc à la Laiterie avec en tête les chansons de Louise Attaque qui ont bercé toute mon adolescence. On en a passé des soirées avec les copains à chanter à tue-tête sur « Je t’emmène au vent » ou « Ton invitation ». Ce ne sont pas que des musiques, c’est tout un pan de souvenirs, toute une époque. Je rejoins Gaëtan en loges et j’ai l’impression de le connaître depuis toujours.

C’est peut-être parce sa voix si particulière nous a suivi dans les premiers moments où de seul, nous sommes devenus un groupe, une entité. Ils ont été importants ces gens, ces moments dans ma vie, tu sais. Ils le sont toujours. Ça tombe bien, Gaëtan lui aussi fonctionne aux rencontres. Il me parle de celles qui ont été importantes dans sa vie, de son nouvel album, de ses projets, de ses envies.

Du coup, troisième album solo? J’ai lu dans plusieurs interviews qu’Alain Bashung t’avais beaucoup motivé à te lancer dans une carrière en solo.

Gaëtan Roussel : Ce que je voulais dire quand je parlais d’Alain Bashung, c’est que lorsque j’ai commencé la musique c’était avec mes camarades de Louise Attaque. On était copains avant d’être musiciens, on a monté un groupe de musique, on aurait pu tout aussi bien monter un resto. Ce qu’on voulait, c’est faire quelque chose ensemble. Donc on a commencé sans vraiment savoir jouer, mais on avait envie de dire des choses. Après je me suis toujours dit, je veux faire de la musique dans un groupe, je chante dans un groupe, j’écris dans un groupe. Rencontrer Alain Bashung ça m’a amené à faire plein de choses que je ne faisais pas avant : écrire pour d’autres, produire des disques pour d’autres. C’est en le rencontrant que tout ça c’est ouvert à moi, si tu veux. C’est plus dans ce sens là, l’histoire m’a fait rencontré Alain Bashung et après je me suis mis à faire des choses autrement que dans le groupe, mais j’ai refait le groupe aussi. Ça a été un déclencheur pour moi.

Gaëtan Roussel en concert à la Laiterie

Et tes sentiments actuels par rapport à Louise Attaque ?

Gaëtan Roussel : Ah j’adore, tu sais je suis très heureux avec Louise Attaque, on a passé une période de quasiment 10 ans, entre 2007 et 2016, où on ne se parlait pas beaucoup. Peut-être que lorsqu’on s’était arrêté après notre troisième album on avait un peu oublié de se dire « à demain » ou « au revoir » ou « à bientôt » et du coup il y a des trucs qui traînaient un peu, c’est normal, même entre copains, tout le monde peut rencontrer ça entre amis. Du coup on a fait le point, et faire le point ça nous a détendu, on a fait un disque il y a deux ans et tout va bien. J’adore jouer avec eux, j’adore faire des trucs aussi tout seul, et puis tout seul c’est un grand mot, je ne sais pas si tu restes ce soir, mais tu verras on est 7 sur scène, on est 15 sur la route, je ne suis pas tout seul (rires). J’aime bien les contextes différents.

Pourquoi avoir intitulé ton nouvel album « Trafic »?

Gaëtan Roussel : Pour moi Trafic, c’est l’inverse de blocus, ou d’embargo, c’est le mouvement. J’adore le mouvement, le trafic n’est pas que chiant, les voitures et tout ça, il y a plein d’autres choses. Il y a eu beaucoup de trafics dans cet album : des trafics de son, des trafics de mots, j’ai été à plein d’endroits, les trafics aériens. Je trouvais qu’il représentait bien, ce que j’avais essayé de faire, des choses qui se croisent, qui reviennent, on repart, on essaye. Tout ce que ce mouvement engendre pour arriver à faire un disque. Après si tu veux d’autres exemples, il y a la petite anecdote de ma grand-mère qui me demandait toujours : » Qu’est ce que tu trafiques? », ça me rappelle ça. J’adore aussi le film de Jacques Tati qui s’appelle: « Trafic ». Donc voilà je pourrais t’en citer d’autres, mais l’essentiel c’est le mouvement, les choses qui se croisent, qui s’entremêlent et qui avancent.

Les titres dans l’album parlent de toi, de personnes autour de toi?

Gaëtan Roussel : Il parle de ce qui nous entoure. Je parle du mieux que je peux, avec ma sensibilité. Je n’invente pas grand chose, c’est tout autour de nous. Comme toi, dans ton travail, si tu fais une chronique. Ça parle de moi parfois, ça parle des autres, ça parle de tout le monde tout le temps. J’essaye de faire des textes qui ont des sujets définis: la chanson « Hope » par exemple parle de l’oubli, de la mémoire, de la maladie, particulièrement d’Alzheimer, une autre chanson va parler du doute, une autre de l’addiction. Mais j’essaye de faire en sorte qu’après on puisse interpréter à sa façon. Peut-être que toi tu as ta propre interprétation de la mémoire ou de l’oubli et que toi, alors que moi je parle d’Alzheimer, tu vas y voir une relation amicale ou familiale où les gens se sont oubliés.

Sur cet album tu as fait un duo avec Vanessa Paradis. Tu en avais déjà fait un auparavant non?

Gaëtan Roussel : Oui je suis très heureux de ça. Auparavant ce n’était pas un duo, j’avais rencontré Vanessa Paradis il y a dix ans, et je lui ai écrit une chanson « Il y a » qu’elle a chanté et qu’elle a mis sur le Best-of qu’elle a sorti. En fait, j’ai écrit  » Tu me manques » et lorsque le brouillon a été fini, comme quelque chose qui te tombes dessus d’une manière évidente, je me suis dit qu’il fallait que je l’envoie à Vanessa Paradis. Parce que si elle chantait avec moi cette chanson, la chanson serait terminée vraiment. C’est avec elle, que je voulais le faire, je ne saurais pas te dire pourquoi, puis j’adore sa voix. Cette chanson n’était pas destinée à être un duo, mais j’ai eu envie de la chanter avec elle, je pense que si elle m’aurait dit non je l’aurais chanté tout seul. J’ai la chance qu’elle m’ai dit oui, et j’en suis très heureux. Le moment studio était super.

Tu as chanté en solo, en groupe, tu as bossé à la radio, écrit des chansons pour les autres, puis aussi pour des films… Tu as beaucoup de cordes à ton arc, est-ce qu’il y a des choses que tu aimerais faire encore en plus ?

Gaëtan Roussel : Effectivement, j’ai fait quelques musiques de films, je suis entrain d’en faire une autre, et je m’aperçois à quel point j’aime bien. A chaque fois, tu apprends des choses donc à chaque fois tu as un peu plus de possibilités de faire mieux.  J’espère que j’aurais la chance d’en faire d’autres. Donc je dirais, plutôt que j’aimerais encore développer ce que je fais déjà. La radio j’ai dû arrêter car je ne pouvais pas concilier les deux avec la tournée, mais ça me plairait bien d’y retourner.

Si demain on te demandait d’organiser ton propre festival? Tu le ferais où? Tu inviterais qui?

Gaëtan Roussel : Je le ferais… je suis parisien d’adoption, c’est un lieu qui n’est pas très joli, mais que j’aime bien quand même, c’est les Arènes de Lutèce. Sinon j’ai beaucoup d’affection pour une région en France qui s’appelle les Alpilles, où j’ai une maison, donc je ferais bien un festival au milieu des oliviers. J’inviterais Nick Cave, je programmerais un gars que j’adore, un américain qui s’appelle John Prine, il n’est pas très connu, note le parce qu’il est génial. Je programmerais une demoiselle que je viens de connaître, qui n’a pas encore fait de disque et qui est super, elle s’appelle Visage Pâle. Et j’inviterais Vanessa Paradis en lui demandant si elle veut bien que l’on chante deux, trois chansons ensemble. Voilà pour le début du spectacle et après on vous laisse avec les invités.

Tu étais déjà souvent à la Laiterie?

Gaëtan Roussel : Oh oui je suis venu souvent ici tu sais.

Un petit mot à propos du public strasbourgeois?

Gaëtan Roussel : Ah! alors super! Et très sincèrement je te le dis dans les yeux, c’est sans flagornerie, aucune, c’est toujours super, vraiment. A chaque fois que j’ai joué ici ou aux Artefact, à chaque fois c’est hyper chaleureux et hyper dynamique. Je suis toujours hyper heureux, d’ailleurs à chacune de mes tournées je viens à Strasbourg. Et c’est une ville qui est très jolie, je trouve. Aussi j’adore le vin et y a du très bon vin. Si je pouvais emmener quelque chose de Strasbourg, j’emmènerais un petit peu de blanc et de rouge.

Gaëtan Roussel à la Laiterie

Une anecdote marrante à raconter? 

Gaëtan Roussel : Je ne sais pas si elle est marrante, mais ce qui me touche et qui me tient à cœur, c’est que j’ai travaillé avec quatre personnes sur cet album : Antoine Gaillet qui est celui qui a tout récupéré, tout le trafic dont je te parlais et qui a amené à ce qu’il soit audible. Sinon ce que j’ai adoré, c’est travailler avec les trois personnes avec qui j’ai fait certaines musiques. Elles sont très différentes, une est suédoise, une est australienne et une est française. J’ai fait tout ça entre Los Angeles et Paris. Justin qui est un australien, est un gars qui en studio ou même dans la vie, si il y a un défaut à quelque chose, au lieu de dire: « Ah je vais prendre l’autre parce que celui là à un défaut », il prend celui qui a le défaut, il en fait quelque chose, il adore quand il y a des accidents ou des accrocs et je trouve ça super. Jonas le suédois, lui il a un enthousiasme fou, tu as à peine fini la chanson en studio que t’as l’impression qu’il est au Stade de France. Et Dimmi c’est un jeune gars DJ qui est hyper bienveillant, méticuleux, qui reprend toujours les choses une énième fois pour être sûr qu’on a rien oublié. Donc j’ai la chance de travailler avec des caractères différents venant de musiques différentes. C’est ça que je retiens de « Trafic », c’était déjà un vrai trafic en soi dans les relations humaines. 

Et pourquoi Los Angeles du coup?

Gaëtan Roussel : C’est le hasard qui m’a amené là-bas. J’y suis allé pour prendre l’air et je ne savais pas que ce serait là-bas que je rencontrerais les gens avec qui je travaillerais sur mon disque. J’étais plutôt aller faire de la musique sans savoir où elle irait. Rencontrer des gens, faire du studio, être curieux.

Y en a un qui a bossé avec Prince, non?

Gaëtan Roussel : Oui c’est le premier dont je t’ai parlé, Justin Stanley, c’était le batteur de Prince, il a bossé avec Beck, c’est un gars formidable. Lui il a plus de bouteille que nous. C’était dans son studio qu’on était, c’était super.

Des groupes ou musiciens qui t’ont inspiré?

Gaëtan Roussel : Mes inspirations c’est un groupe de folk américain, qui s’appelle Violent Femmes, les Talking Heads m’ont également inspiré, ce sont des américains aussi. Ma culture est beaucoup là-bas. Après j’aime bien tout ce qu’a fait Damon Albarn, le chanteur de Blur, j’aime bien sa curiosité, il fait des trucs à droite à gauche, comme Gorillaz, c’est super. Tout ça ce sont des gens qui me donnent envie. Après les gens qui me donnent envie ne sont pas forcément que des gens de la musique. Je suis amateur de bonne cuisine et de vins. J’ai des copains vignerons, des copains cuistots qui tiennent des restos et j’espère que je fais de la musique comme eux ils font du vin ou de la cuisine. J’adore leur démarche ou ce qu’ils essayent de faire : mélanger les choses, fabriquer des choses. Donc ils m’inspirent tout autant que des musiciens.

Un livre ou un film qui t’a marqué?

Gaëtan Roussel : Je suis fan d’un film de Lellouche qui s’appelle « L’aventure c’est l’aventure ». Avec Lino Ventura, Jacques Brel… ils sont tous supers. Et Johnny Hallyday. J’adore ce film.

Une personne avec qui tu aimerais collaborer?

Gaëtan Roussel : Il y en a plein. Tu vois je reprendrais le gars dont je te parlais tout à l’heure, qui est un américain de 75 ans, mais je suis tellement fan de sa musique, que si je pouvais faire un jour une chanson avec John Prine, je serais heureux, je serais fier même.

Des projets à venir? 

Gaëtan Roussel : La musique de film est entrain de se terminer. J’ai deux mois, janvier, février, tranquille… j’ai peut-être deux trois choses. Je ne sais pas, je vais voir, ça va me porter la poisse si je le dis (rires). Je touche du bois.

Gaëtan Roussel en concert à la Laiterie

Et le film je peux savoir ce que c’est?

Gaëtan Roussel : Oui bien-sûr c’est le premier film d’une demoiselle qui s’appelle Mélanie Auffret, c’est un film qui s’appelle « Roxane ». Une comédie sociale qui m’a touché. Une belle rencontre. Je fonctionne aux rencontres, je te disais tout à l’heure mes camarades de Louise Attaque finalement ce sont des rencontres, j’ai rencontré le bassiste au collège quand j’avais 15 ans. On ne savait pas jouer de musique si tant est qu’on sache en jouer aujourd’hui. On aimait bien la musique, on s’est mis à jouer nous-mêmes. Les gens pour qui j’ai écrit des musiques de films comme Benoît Delépine ou Gustave Kervern ce sont des gens que j’ai rencontré. Les rencontres ça crée les choses. On parlait de Bashung tout à l’heure, Rachida Brakni, ce sont des gens avec qui on est bien, ça ne veut pas dire qu’on est pareils, au contraire. Et du coup on se met à travailler, chacun peut essayer d’aider l’autre. Oui je marche à la rencontre.

Eh bien merci Gaëtan pour cette jolie rencontre.

                                                           >> Propos recueillis par Emma Schneider<<

Merci à la Laiterie, à l’adorable équipe de Gaëtan Roussel et un grand merci à Alexis, ainsi qu’aux 3 petits cochons pour leurs bretzels.

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