Ce jeudi 22 novembre au Palais de la musique et des congrès (place de Bordeaux) se déroulera un colloque sur les violences faites aux femmes. Mis en place comme chaque année depuis 2010 par la Ville de Strasbourg, l’événement invite toutes et tous à rencontrer les associations locales partenaires de même qu’à interroger les fondements des différentes violences dont les femmes sont victimes ; le thème de cette neuvième édition : « Le corps des femmes, de la norme à la résistance ».

+23%. C’est la progression des violences faites aux femmes cette année en France. Donné par Gérard Collomb en septembre dernier lors de son premier et dernier bilan sécuritaire en qualité de ministre de l’Intérieur, le chiffre choque quoiqu’il puisse être révélateur, outre le triste maintien des violences faites aux femmes en France, d’une libération positive de la parole des victimes. « Cela veut dire, sans doute, que les violences intra-familiales restent extrêmement fortes, et deuxièmement que peut-être, la parole s’est libérée », déclarait ainsi le maire de Lyon. Une évolution possiblement encouragée par la campagne internationale #MeToo, et en France #BalanceTonPorc : les forces de l’ordre ont traité 3 357 faits de harcèlement sexuel de plus en un an à travers l’Hexagone.

Un colloque qui n’est pas « un après Me Too »

Pour autant, Bernadette Geisler, nommée à la Mission droits des femmes et égalité de genre de Strasbourg depuis sa création en 2010, tient à souligner que la neuvième édition du colloque sur les violences faites aux femmes organisé par la Ville n’est pas « un après Me Too » : « L’affaire Weinstein, et tout ce qui en a découlé, est un révélateur, mais en aucun cas un point de départ. La question des normes imposées au corps des femmes, le thème de cette édition, date de fort longtemps même si elles semblent sauter à la figure de tout le monde aujourd’hui ; ces affaires récentes sont un coup de projecteur sur la manière dont la société est construite, par des hommes pour des hommes, et la manière dont ces normes assujettissent le corps des femmes. »

Ce que l’événement annuel n’est pas non plus, c’est un déni de la réalité biologique comme l’explique Thomas Foehrlé, directeur de l’association SOS Femmes Solidarité 67 : « Il ne s’agit pas de nier les normes biologiques, qui organisent le vivant et sont donc inhérentes à toute vie en société, mais d’interroger comment ces normes ont été utilisées pour devenir des normes sociales de domination d’un sexe sur l’autre. » Autant d’injonctions, poursuit le programme de la manifestation, auxquelles les femmes sont appelées à se conformer au risque d’être méprisées : « Ancrées dans les consciences de chacune ces inégalités sont peu perceptibles et remises en cause dans la vie quotidienne. Des intervenant.e.s viendront parler de la manière dont ils et elles ont décidé de remettre en causes ces diktats. »

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Des violences invisibles quoiqu’omniprésentes

Violences tyranniques de la taille, du poids, de la mode, injonction à la performance et à l’activisme sportif pour galber son corps ici plutôt que là : moins connues que les violences sexuelles, physiques ou psychologiques, les violences portées par le corps des femmes, en réponse à des normes sociales changeantes et même contradictoires quoiqu’intégrées par toutes et tous, ne sont pas moins présentes. Ni moins toxiques. « S’oubliant dans les consciences et le quotidien de chacune, ces violences, parce qu’elles ont le sceau du bien-être, sont ainsi acceptées et subies souvent en silence. » Ainsi, dans une société où le corps des femmes appartient toujours plus aux normes sociales qu’auxdites femmes, « avoir le corps qu’on a peut-il être autre chose qu’un défi lancé à ces injonctions ? »

Loin de se soucier des seules normes esthétiques qui pèsent sur le corps des femmes, le colloque se penchera également sur les normes médicales qui entravent le parcours des femmes, patientes ou aidantes, dans le milieu du soin : « L’une des plus importantes c’est la norme qu’on impose aux femmes d’être mère, dans la mesure où notre société considère qu’une femme n’est épanouie que lorsqu’elle est mère », explique Bernadette Geisler. « De la même manière, les recherches médicales faites sur des corps d’hommes sont appliquées ensuite sur des corps de femmes. Or, on se rend compte aujourd’hui par exemple dans le cas de la crise cardiaque, que les symptômes ne sont pas les mêmes pour les femmes ! » Sera également abordé le droit au vieillissement des femmes.

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Une journée pour comprendre et s’engager

Cette neuvième édition du colloque sur les violences faites aux femmes organisé par la Ville de Strasbourg se déroulera ce jeudi 22 novembre au Palais de la musique et des congrès. Une dizaine d’intervenants alimenteront la réflexion dès 8h30 et jusqu’à 17h30. La journée, complétée par la présence d’un torréfacteur (Omnino), de deux foodtrucks (À mi-chemin et Pur Etc.) et d’un libraire (Quai des brumes), prendra fin sur un concert de Mathilde, une chanteuse révélée par l’émission The Voice et engagée dans la lutte.


Colloque sur les violences faites aux femmes
Jeudi 22 novembre @ Palais de la musique et des congrès
Gratuit sur inscription à ce lien (programme à la même adresse)

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