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Des « ciels de rue » : face aux fortes chaleurs, bientôt des toiles tendues dans Strasbourg ?

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Trois épisodes caniculaires en à peine plus d’un mois et de fortes chaleurs cette semaine : Strasbourg a chaud. Très chaud. Tandis que tout le monde se demande comment adapter les villes au réchauffement climatique, on s’est penché sur une idée qui semble se faire une petite place dans le débat public, celle des toiles tendues en ville. Ça semble simple et peu coûteux ! 

Une prise de conscience brutale. C’est la conséquence des premières vagues de canicules de notre été 2026 sur un grand nombre de Français(es). La question que beaucoup se posent désormais est tout autre : le soufflet va-t-il retomber sitôt les premières fraîcheurs automnales arrivées ?

Si l’on ne peut pas prédire cette réponse, on peut d’ores et déjà s’interroger sur l’adaptation nécessaire des villes pour faire face aux vagues de chaleur futures, dans un monde où celles-ci ne seront bientôt tout simplement qu’un « été normal ».

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On a tous (hélas) mangé du débat sur la clim jusqu’à plus soif, on s’est posé la question du réchauffement des zones urbaines, on a compris que la végétalisation pouvait le contrecarrer, on a aussi vu pousser çà et là des brumisateurs. Mais en attendant les arbres, et sans disposer un brumisateur tous les dix mètres, est-il possible de faire réellement baisser la température des rues ?

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© Samuel Compion / Pokaa

Les vélums et les toldos : késako ?

Lorsqu’on se penche sur les solutions qui émergent dans le débat public, il y a une pratique dont on (re)commence à entendre parler, y compris à Strasbourg… et elle ne date pas d’hier !

Connaissez-vous les vélums et les toldos ? Ces termes, on n’a pas tant l’habitude de les croiser par chez nous. Et pourtant, ils désignent des solutions bien répandues plus au sud… et depuis l’Antiquité ! Le vélum désigne une toile tendue qui vise à ombrager une zone extérieure. Historiquement, le terme est relié aux arènes, c’est alors un dispositif bien particulier qui permet de déployer un toit provisoire afin de protéger le public du soleil.

Plus répandu sous le nom de toldo, il se déploie dans les rues depuis des siècles. On retrouve des traces de textiles suspendus dans les rues du Moyen-Orient datant de plus de 2000 ans.

Dans les pays occidentaux, la pratique du voilage de rue a perduré en Espagne, où des grandes villes comme Séville, Cordoue ou Malaga font office de référence. Une étude réalisée à Cordoue en 2020 a démontré que les toldos avaient permis une baisse de la température des surfaces à hauteur de 15°C.

En France, certaines villes du sud avaient largement recours à ce type de procédés, à l’image d’Arles ou Avignon. En fait, la pratique était assez répandue dans beaucoup d’endroits… jusqu’au début du 20e siècle.

Ce constat, c’est celui que martèle Clément Gaillard, urbaniste et designer, spécialisé dans l’adaptation face au réchauffement climatique. Habitué des médias, très actif sur les réseaux sociaux, il y plaide un retour à ces solutions « légères, réversibles et esthétiques, qui s’adaptent à toutes les configurations ».

Si on classait les stratégies de rafraîchissement urbain les plus sous-utilisées en France, je crois que les voiles d’ombrage seraient tout en haut de la liste.
Clément Gaillard, sur ses réseaux sociaux

Quel système d'ombrage ?

Tendre des voiles pour faire de l’ombre, c’est très sympa. Mais concrètement, ça se passe comment ? Il faut commencer par dire qu’il ne s’agit pas de projets pharaoniques… et c’est bien tout l’intérêt : c’est low cost.

En ce qui concerne les toldos « traditionnels », l’installation se fait le plus souvent directement sur les bâtiments et ne nécessite pas de structure au sol. On tend des câbles qui soutiennent les voiles. Et puis c’est tout.

Certains points d’attention sont tout de même soulevés par Clément Gaillard dans un de ses articles de blog, à l’image de la prise de vent et de l’accès des pompiers aux façades. Autre point : la meilleure solution pour profiter du refroidissement nocturne, c’est de replier les voiles à la nuit tombée.

Mais il existe aussi des ombrières sur pieds, dotées d’une structure au sol. Une des plus célèbres, c’est sans doute celle de la place Bellecour, à Lyon. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle ne fait pas l’unanimité.

C’est que les installations similaires, dès qu’elles revêtent un aspect artistique, divisent forcément. Et c’est bien normal, finalement.

Dernier exemple en date : la « forêt » artificielle de la place du Château, à l’été 2025 – qui était pensée comme un lieu culturel davantage qu’une ombrière. On se souvient qu’elle a reçu un accueil pour le moins mitigé. Elle n’est d’ailleurs pas de retour cette année.

Certaines de ces structures sur pied résistent tout de même au jugement des Strasbourgeois(es). Le parc de la Porte-Blanche en est un bon exemple puisqu’il a été pourvu d’un vélum – donc d’une toile tendue – sur pieds, il y a déjà plusieurs années. Et toujours dans le même parc, une pergola végétalisée apporte de l’ombre aux usagers/ères.

À Strasbourg, c’est à ce type d’initiative que pense d’abord la municipalité, par la voix de Paul Meyer, adjoint à l’urbanisme et à la ville résiliente. L’élu a d’ailleurs dans son viseur le parc de la rue du Ban-de-la-Roche, dans lequel il compte tendre une nouvelle toile. Une solution qu’il estime simple à mettre en œuvre dès lors qu’elle est appliquée à un parc, car de l’unique compétence de la Ville. Dans les rues, c’est un poil plus complexe.

place porte blanche
© Nicolas Kaspar / Pokaa

Vers le retour du ciel de rue

Recouvrir une rue pour lui apporter de l’ombre, c’est une autre mayonnaise. Vous vous doutez bien qu’on a aussi posé la question à Paul Meyer, et se basant sur les modèles espagnols et des grandes villes du sud.

Sur ce point, l’élu mise sur des projets au cas par cas, pour lesquels il souhaite inclure riverain(e)s et commerçant(e)s. Il pointe toutefois les différents enjeux patrimoniaux, la Grande Île et la Neustadt étant protégées dans leur intégralité.

Globalement, lorsqu’on parle de rues, l’élu penche plutôt vers un troisième type de solutions d’ombrage : le ciel de rue. « C’est l’une de mes volontés, c’est un objectif très clair. » Toulouse, Bourges, Libourne ou encore Rennes : ces villes font partie des pionnières dans le déploiement de ces structures amovibles, qui prennent la forme de ces fameux parapluies instagrammés à tout-va, de rubans colorés qui ondulent au vent, ou même de fleurs, lampions et papillons. Selon Libération, le « ciel » d’une rue de Libourne (France) aurait fait baisser la température ressentie dans la rue de 10°C.

Paul Meyer, qui était à l’origine du « premier dispositif de ce genre » strasbourgeois il y a presque 10 ans, évoque à l’envi – et non sans fierté – ces décorations de type « ciel de rue » suspendues en juin 2017 dans la rue du Jeu-des-Enfants (et retirées depuis).

À l’époque, l’installation n’est pas pensée pour ombrager, mais comme une œuvre d’art.

Pas de quoi retirer l’intérêt de cette expérimentation, selon lui : le montage sur filins réalisé en 2017 reprend déjà les caractéristiques principales des ciels de rue. Le projet est alors cofinancé par la Ville et l’association de commerçant(e)s, à l’image de ce qui se fait pour les décorations de Noël.

D’ailleurs, les attaches qui servent à ces mêmes décorations de Noël demeurent ancrées aux bâtiments toute l’année et peuvent être utilisées à cet effet en été.

L’élu y voit l’illustration de la saisonnalité d’un tel dispositif, et va jusqu’à rêver d’installations éphémères créées par les habitant(e)s dans un projet artistique collectif, à l’image des impressionnants ciels de rue de la Festa Major de Gràcia, à Barcelone. Une perspective de réappropriation de l’espace public qui rappelle l’usage dans certaines villes du sud de l’Europe, où ce sont les habitant(e)s qui replient eux-mêmes les voiles à la nuit tombée.

Ça a prouvé que c'était possible : on a déjà réussi à le faire dans une ville patrimoniale, dans une rue assez encaissée et fréquentée.
Paul Meyer, à propos de la première expérimentation de suspension type « ciel de rue », dans la rue du Jeu-des-Enfants

On l’a compris, l’élu à l’urbanisme est enthousiaste quant à ces perspectives de voiles d’ombrage, vélums et autres toldos ou ciels de rue. Il tempère toutefois : « Je ne vais pas couvrir tout Strasbourg de vélums ou de ciels de rue, mais il y a des endroits où on peut le faire, et cela peut contribuer à notre plan Ville résiliente. »

L’élu martèle enfin que le recours à ces installations n’est qu’une petite brique d’un plan global axé sur une accélération de la végétalisation. Il l’assure : celles-ci n’interviendront que dans les endroits où il est impossible de planter des arbres, ou pendant leur pousse.

Il s’avance quand même déjà sur le fait que ce qu’il qualifie pour l’instant de « démarche exploratoire » commencera par une rue dont on n’a donc pas fini d’entendre parler : « Il y a de très, très fortes chances que la rue du Jeu-des-Enfants retrouve son ciel de rue. »

rue jeu des enfants
© Nicolas Kaspar / Pokaa

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