A la plume acerbe et au timbre faussement naïf, la douceur cinglante de GiedRé débarque au Fil d’Eau à la Wantzenau le 23 novembre. GiedRé a bien voulu répondre à nos quelques questions et en bonus, on vous fait gagner des places pour ce vendredi !

Pas de tabou chez GiedRé, on touche à tout. Des bébés qui pleurent trop aux grand-mères réactionnaires en passant par la culture du viol dans la fête au village, les abattoirs, la condition des techniciens de surface, des éboueurs, la vie de tous les jours, l’exhibitionnisme, la violence conjugale, la pédophilie, la déprimante vie de campagne et bien d’autres encore. C’est simple, mais subtil, cru et fin à la fois et de fait, fatalement efficace.

Avec un franc-parlé populaire, comme dirait l’autre, elle dessine une satire de la société trash et horriblement drôle, visant juste à chaque phrase. Le ton presque enfantin et innocent laisse place à un contenu viscéral et déprimant, nous faisant brutalement redescendre sur terre à coup d’humour au lieu de nous faire rêver en nous balançant des strass et des paillettes. Les personnages dont elle raconte les histoires sont toujours humanisés (mais pas forcément pardonnés), malgré tout le dégoût qu’on pourrait en avoir, bien loin d’un manichéisme sentimental. Ici, pas de fausse pop mielleuse et édulcorée, on comprend la vie dans toute sa complexité et sa tragédie, mais en s’amusant. GiedRé ressort ce qu’il y a de pire en chacun d’entre nous pour nous le lancer à la figure, sans ménagement.

Salut, GiedRé ! Ça enregistre, tout ce que vous allez dire pourra et sera retenu contre vous…

Ah merde je ne pourrais pas dire que c’est faux ce que vous écrivez… merde merde merde, comment je vais faire?

Un petit mot doux d’introduction pour tes fans alsaciens ?

Je suis vraiment très gnangnan quand je parle de Strasbourg parce que j’y ai habité pendant 3 ans ! C’est vraiment la ville de « dans le fond de mon cœur que je l’aime » quoi. Je ne dirais jamais rien de mal sur les strasbourgeois, je leur pardonne tout. Ils ont des bretzels et du vin chaud, comment ne pas aimer des gens comme ça?

Qu’est-ce qu’ils auraient à se faire pardonner ?

Oh bah, comme nous tous hein, la liste est vraiment longue… Les choses dont je parle dans mes chansons par exemple, et encore, c’est une liste non-exhaustive.

La GiedRé de la vraie vie, c’est la même que celle qui joue sur scène ?

Tu veux dire « est-ce que dans la vie je suis petite et noire et travaillant dans la pâtisserie ? » Mince je suis percée à jour. La différence entre la représentation scénique et la vraie vie, c’est que sur scène, on choisit ce qu’on montre de soi. C’est marrant, on me pose toujours la question, mais on ne la pose pas aux chanteuses d’amour qui parlent de fraternité mais qui ne payent pas leurs impôts ! C’est rigolo.

Après si j’arrivais à dire tout ce que je voulais dans la vie, je n’aurais peut-être pas ce besoin d’écrire des chansons. Si j’étais tout le temps comme je voulais être, je n’aurais pas besoin de monter sur scène. C’est une catharsis, clairement.

Tu viens du théâtre, c’est une pratique artistique toujours présente dans tes scènes ?

Oui forcément. Après je pense m’être tournée vers la musique parce que je sentais une certaine frustration vis-à-vis du théâtre. L’avantage avec la musique c’est cette liberté d’en faire n’importe où n’importe comment. Tu prends ta guitare, tu t’assieds quelque part, tu chantes et voilà. Avec le théâtre il y aussi un rapport différent avec le public. Au théâtre, il y a le fameux 4e mur. On a rarement vu des spectateurs se lever et crier « Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie ! » Avec la musique, il y a une interaction immédiate avec le public qui est libre de participer. Pour moi, c’est beaucoup plus fort, plus généreux des deux côtés [ndlr: artiste/public].

Le contenu des chansons, c’est plus du vécu, ou plus de l’inventé, du raconté ?

Heureusement que ce n’est pas que du vécu ! Sinon je pense que je serais à l’hôpital psychiatrique. Mais c’est aussi du vécu, forcément, que ça soit moi ou quelqu’un d’autre. Et puis, même si ça sort de mon imagination, ça va toucher des gens qui ont un vécu en lien avec la chanson.

Ça va, t’es fière de nous ramener brutalement à la réalité et à notre condition de gros cons mortels ?

Eh attends, je le fais gentiment, je vous mets des jolies musiques autour, je fais tout doux … alors que la vraie réalité, c’est encore plus dur ! Et pourtant les gens l’acceptent. Ils l’acceptent parfois bien plus facilement que les vérités que je peux lâcher dans mes chansons.

Pourtant la forme que tu prends, faussement naïve, à la satire acerbe, ça peut aussi rendre le propos encore plus violent, non ?

Oui je comprends, mais la violence due à ce décalage, je ne l’ai pas réfléchie, c’est assez instinctif. Mais pour moi ce décalage, il est aussi violent que quelqu’un qui bouffe ses spaghettis devant des gens qui meurent sur BFM. Genre quand tu manges à 20h devant des gens qui meurent dans la Méditerranée, ce n’est pas violent ? Mes chansons, c’est une mise en abîme de ce que vivent les gens au quotidien. La vraie violence, elle est là aussi.

Il y a des sujets que tu t’interdis ?

Que je m’interdis non, c’est plutôt que je n’ai pas encore trouvé l’angle qui me convenait. Les sujets en soit, je ne pense pas que ça soit l’essentiel. C’est plus la manière dont on les traite. Tu peux avoir une chanson dont le sujet principal c’est euuuh… disons un tapis (je dis ça, parce que c’est ce que j’ai sous les yeux) qui racontera mille fois plus de choses qu’une chanson sur la violence à l’école. Je ne me force pas à écrire, il y a tellement de choses, tellement de gens, c’est infini, c’est magique.

C’est vrai que c’est souvent très franco-français, mais c’est aussi parce que j’ai besoin que mon lien avec le public soit permanent et qu’il sache exactement ce dont je parle, que ça le concerne tout comme ça me concerne moi. Si je fais une chanson sur une tribu en Papouasie, je ne sais pas si les gens seraient trop touchés… Je l’écrirais plus sur le rapport qu’on a, nous franco-français, sur cette tribu en Papouasie.

T’as déjà eu des soucis à cause de tes chansons, de l’incompréhension de la part des hommes par exemple ?

Oui, j’ai eu mon petit lot de problèmes, notamment avec des associations, des menaces de procès et tout… Mais contre toute apparence, je suis quelqu’un de très optimiste, je pense qu’on peut tous se parler et tous se comprendre ! Vivre la vie, heal the world tout ça tu vois ? Quand je reçois des trucs violents, c’est que les gens en face, ils ont aussi ressenti mes chansons de manière violente. Je veux qu’on discute, qu’ils viennent en concert… Et après ça se passe bien !

Généralement, ces gens ont des alertes google sur leur combat, ils vont voir une ligne, une phrase dans une chanson et ne pas chercher à comprendre la globalité… Les monoluttes ça me dérange un peu. Souvent je vais avoir le droit à du « ouais t’as fait une chanson sur le suicide et moi mon cousin il s’est suicidé, toute ma famille en a été meurtrie, t’es une connasse » … j’ai envie de répondre: « donc pour toi aborder la pédophilie c’est ok, la grand-mère enterrée dans le jardin, t’es d’accord, le viol pas de problème, mais la suicide ah ça non ! » Tu ne peux pas être indigné que sur les choses qui te touchent personnellement. Sinon je fais remplir un QCM à chaque personne du public et je ne peux plus rien chanter… Soit on parle de tout, soit on parle de rien du tout. Il n’y a pas d’échelle dans le malheur, tout ça est totalement subjectif. Il y a toujours quelques personnes qui sortent du concert en disant « Oh mon dieu, mais c’est horrible ce qu’elle raconte ! » S’ils n’ont pas de second degré… bah je ne peux rien faire à part leur montrer les Monty Python, Coluche etc.

L’humour, ça représente quoi pour toi ?

C’est un peu un moyen de survie. Une manière de prendre de la distance avec les choses. Elle nous évite de tomber dans le sentimentalisme. Je pense que le sentimentalisme ambiant, c’est l’une des pires réactions qu’on puisse avoir. Faire des marches blanches avec des roses, pour dire on est tous très tristes et on pleure « oh mon dieu les méchants » ça ne sert juste à rien et c’est même dangereux ! On est réduit à ne plus penser et à juste s’émouvoir. Ça ne fait pas avancer le schmilblick, ça le fait même reculer. L’humour, avec cette prise de distance, permet peut-être d’y voir plus clair. Et puis de ne pas se suicider aussi. Le rire est magique parce qu’il y a mille rires différents. L’expression physique est la même, mais on ne rigole pas tous pour la même chose, certains parce qu’ils sont gênés, d’autres à cause du stress ou juste parce que c’est rigolo. Il y a presque autant de rires que de rieurs !

Pourquoi ce besoin de continuer en indépendante?  

Je n’ai pas de label, pas de maison de disque, ça ne m’a jamais intéressé. J’ai la chance que les gens achètent mes disques malgré que je ne sois pas signé chez Sony. Je suis bien consciente d’avoir le cul un peu bordé de nouilles. La meilleure façon d’être libre, c’est de faire les choses soi-même. Avoir un patron, avoir 45 personnes derrière toi qui te disent quoi faire, comment faire, stratégie marketing tout ça… ça me donne de l’eczéma. Faire son propre chemin c’est cool.

Tu en parles beaucoup dans tes chansons, c’est quoi ton rapport à l’amour et la sexualité ?

De l’amour, j’en ai pour tous les gens dont je parle. T’es obligé d’aimer les gens, d’avoir de l’empathie, ne serait-ce que pour ne pas les juger. C’est vrai que j’aborde beaucoup la sexualité. Quand c’est consenti, c’est l’un des seuls rares espaces dans lequel ils sont libres et où ils n’essaient pas de rentrer dans des codes, des attentes sociales etc. C’est pour ça que ça me fascine autant. Je suis fasciné par des gens qui vont au bureau tous les jours et qui le soir vont dans des donjons SM se faire écraser les couilles par des talons aiguilles. C’est génial ! Je me dis que tout n’est pas perdu et il y a encore un endroit au fond de cette personne où elle peut être libre de faire ce qu’elle veut. C’est hyper important.

Il y a des nanas qui t’ont déjà fait des retours comme quoi tes chansons les avaient aidées à se sentir mieux ?

Effectivement, il y a des filles qui m’ont dit que ça leur avait fait vachement de bien et qu’elles s’étaient trouvée un peu de force suite à mes chansons, mais cette force, ce n’est pas moi, elles l’ont déjà en elles. Je voudrais juste que les gens se rendent compte à quel point on peut être courageux et qu’il ne faut pas l’oublier, qu’individuellement on est capable de tant de force, rien que pour soi-même. Je suis forcément hyper contente si ça peut la faire sortir chez certaines personnes.

GiedRé est donc en concert à la Wantzenau à la salle du Fil d’Eau ce vendredi 23 novembre. Si vous aimez sa subtile irrévérence, sachez qu’on vous fait gagner de places juste en dessous.


Et comment je fais pour participer ?

Comme d’hab’. Il vous suffit de faire 2 choses :

• Liker les pages Facebook du Bruit Qui Pense et du Fil d’Eau
• Liker et Partager la publication Facebook de cet article (en public) →

Les 2 remporteront chacun 2 places et seront désignés mercredi 21 novembre.

→ Pour les autres, vous pouvez aussi réserver vos billets par ici. 

Photos: pack presse GiedRé, Le Rat des Villes, Crédit:@Jules Lahana pour le live et @Bichon_ZenMan pour les portraits. Photo de couverture: @Clément Halbron


Concert-Spectacle « GiedRé est les gens »

le vendredi 23 novembre à 20h30

Espace Culturel Le Fil d’Eau

Quai des Bateliers 67610 La Wantzenau


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