Après un voyage au cours de l’hiver dernier à la rencontre de la tribu indonésienne des Mentawai, Stef Ness, perceur strasbourgeois, tente de sensibiliser les habitants de sa ville à la cause des “Hommes Fleurs”. Tatoueurs, artisans, artistes et particuliers, nombreux sont ceux qui déjà ont répondu à son appel afin de l’aider à atteindre son objectif : ramener plusieurs lampes solaires lors de son prochain départ, prévu fin novembre.

Crédit Photo : Stef Ness

Une vingtaine d’heures de vols jusqu’à l’Indonésie, un premier bateau depuis Padang avec près de sept heures de traversée et enfin un parcours en pirogue dans la jungle sous quarante degrés. Pour rencontrer les Mentawai, il faut faire preuve d’une certaine détermination. Perceur à Strasbourg depuis près de vingt ans, Stef Ness s’est aventuré pour la première fois sur les îles Mentawai au mois de décembre de l’année dernière. Il y découvre une culture ancestrale, portée par une population qui tente de vivre en autosuffisance, au coeur et en accord avec la nature. Tatoué de la tête au pied, le Strasbourgeois explique que son apparence et son goût pour la modification corporelle a facilité les présentations. Chez les Mentawai, la culture du tatouage est traditionnelle et c’est en partie pour cela, qu’il avait tant rêvé de les découvrir. Le contact s’est donc fait plutôt naturellement entre adeptes de cet art.

Armé d’un petit lexique et épaulé par un contact qui s’est improvisé traducteur mentawai et anglais, Stef Ness a pu surmonter la barrière de la langue et échanger avec les membres de la tribu. Mais la plupart du temps, la communication non-verbale et une gestuelle particulièrement appuyée ont permis à chacun de se faire comprendre.

Stef Ness en compagnie des Mentawai. Crédits : doc remis Stef Ness.

“C’est une île grande comme l’Alsace, mais sans route”

Padung est la ville indonésienne la plus proche du lieu de vie de la tribu, située au centre ouest de l’île de Sumatra. Il faut ensuite naviguer vers l’ouest durant plus de 7 heures pour atteindre enfin Pulau Siberut et avoir une chance de rencontrer les Mentawai. Pour Stef Ness “c’est sûr, c’est difficile d’accès, mais c’est voulu. Ils essaient de vivre entre eux dans des espaces reculés. Le but, c’est que tout le monde ne puisse pas y accéder, du moins facilement. C’est une île grande comme l’Alsace, mais sans route.” Alors qu’il n’y est resté que six jours, il a fallu compter deux semaines de voyage avec les trajets.

“Même s’ils veulent vivre en autarcie pour protéger leur culture et que les nouvelles générations ne partent pas, ils sont bien conscients de notre monde. Ce sont les chamans qui guident la tribu et qui prédisent l’avenir.” Les différentes familles qui composent la population sont réparties au sein de maisons communautaires que l’on appelle Uma. Situées entre cinq et dix kilomètres les unes des autres, elles peuvent accueillir jusqu’à douze personnes. Ce lieu de vie partagé se compose de plusieurs pièces. On y vit au quotidien, et on y organise des cérémonies. Mais la bâtisse fait également office de dortoir collectif.

L’intérieur d’une Uma Mentawai. Crédits : doc remis Stef Ness.

La tribu de chasseurs-cueilleurs met un point d’honneur à respecter son environnement. La préservation de la forêt et des rivières dont ils dépendent est nécessaire à la survie des Mentawai. Ces prérogatives complexifient leurs relations avec la population indonésienne. Stef Ness explique “tout le pourtour de l’île est investi par les Indonésiens qui ramènent des choses modernes et polluent. Ils volent également des grandes quantités de Teck, un bois précieux et participent ainsi à la déforestation. C’est l’une des premières réflexions qui m’a été faite en arrivant.”

Des projecteurs solaires pour éclairer les Uma

Pour y voir clair durant la nuit, les Mentawai n’ont aujourd’hui pas d’autre choix que de s’éclairer au feu et ainsi consommer le pétrole fourni par les Indonésiens. Ce qui représente un sérieux risque d’incendie. À leur contact, Stef Ness a compris qu’il est important pour eux de maintenir leur indépendance vis-à-vis des autres peuples. Il a donc décidé de retourner parmi les “Hommes Fleurs” fin novembre, mais cette fois-ci, en rapportant avec lui plusieurs lampes solaires. “C’est pas qu’ils ne veulent pas être modernes, mais ils essaient d’être autosuffisants tout en respectant leur environnement. Voilà pourquoi j’ai pensé à des lampes solaires pour qu’ils soient indépendants vis à vis des Indonésiens et aient accès à une énergie écologique.“

Crédit Photo : Stef Ness

Au cours des deux derniers mois, le perceur a lancé un appel aux dons via une cagnotte Leetchi afin de ramener une quinzaine de projecteurs. La somme des contributions collectées avoisine aujourd’hui les 3 300 euros. Des journées flash au profit de cette action ont été organisées par plusieurs artistes tatoueurs à Strasbourg. Et plusieurs artistes et artisans strasbourgeois ont décidé de reverser l’intégralité ou bien une partie de la vente de certaines de leurs réalisations comme l’artiste plasticienne Jessica Preis, le coutelier Marco Couteaux, l’artiste sculpteur Kitu C ou encore les artistes de Crochet du gauche.

Le bar Jeannette et les Cycleux accueillera également l’exposition photo “Carnet de voyage : au Pays des Hommes Fleurs” du 14 au 26 novembre. À cette occasion, près d’une vingtaine de photos en tirage unique, prises par Stef Ness au cours de son voyage seront mises en vente. Les bénéfices récoltés s’ajouteront aux dons de la cagnotte pour l’achat et le transport des projecteurs solaires. Bref, encore une bonne raison d’aller siroter des mojitos… Non ?

>> CAROLINE ALONSO <<

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