Une ville qui bouge, qui laisse tous les styles s’exprimer et qui offre l’accès à la culture à tout le monde… qui n’en rêve pas ? Eh bien cette ville peut carrément être Strasbourg. Preuve que certains se bougent pour faire ce qui les passionne et le partager, en exemple avec l’association Punkroutine. Unis par les mêmes goûts musicaux, les mêmes préoccupations et la même philosophie, une dizaine de Strasbourgeois se sont bougés et on monté cette asso qui organise depuis 3 ans des concerts punk-rock et punk hardcore dans notre ville. Pour en savoir plus sur eux, je suis allée interroger Flo Chmod et Sebastien Guérin, deux membres très investis (et très drôles).

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« – Pour commencer… hum, vos fleurs préférées ?

Flo : Les carottes.

Seb : Les oursins.

Ok ! Plus sérieusement, Punkroutine, c’est qui ?

Flo : C’est qui ? Hum j’ai pas envie de tomber dans le cliché de « c’est une bande de copains » ou quelque chose…

Seb : Mais c’est un peu ça…

Flo : C’est un peu ça. C’est plusieurs groupes de musique et plusieurs amis qui se sont mis ensemble pour avoir la possibilité d’organiser des concerts sur Strasbourg. Des concerts et autre. Parce qu’on se voyait faire un peu plus que ça : organiser des projections, débats,…

Seb : C’est pas juste de l’événementiel, c’est plus des trucs à portée politique : anti sexisme, anti fascisme, et puis veganisme.

Vous avez fait ça pour l’instant ?

Flo  : Oui et non. On a organisé beaucoup de concerts. Là le 30 septembre, il y a 2 groupes russes qui viennent à Strasbourg. Ils s’appellent What We Feel et Changes, c’est des groupes de hardcore et avant ou après le concert ils feront une projection sur l’anti fascisme en Russie. Ce sera au Molodoï. C’est un peu plus ce qu’on voulait faire à la base. Proposer autre chose qu’un spectacle.

Seb : Même avec les spectacles on s’inscrit quand même clairement là dedans car sur les flyers qu’on fait on met des logos anti fa, anti homophobes, pour bien montrer que les concerts c’est aussi dans cette démarche là.

Comment l’association a démarré ?

Flo : Au départ on a fait des réunions chez nous. On avait pour projet de créer une association parce qu’on voulait organiser au Molodoï, et pour ça il fallait une association, et pour avoir une association en Alsace il faut être nombreux. Les premières réunions étaient surtout des réunions projets/paperasse. C’était en été 2011 et les premiers concerts étaient en novembre 2011, au Jimmy’s pub qui n’existe plus maintenant.

Ça a commencé vite donc !

Flo : C’était des orgas qui ne demandaient pas beaucoup d’efforts donc ça pouvait vite commencer, du moins dans des bars comme ça. Pour avoir des statuts tout ça, c’était plus compliqué et il fallait attendre un peu.

Vous avez commencé à faire jouer quel genre de groupes ?

Les premiers groupes étaient nos groupes. Il y avait the Boring, un groupe de hardcore de Strasbourg, dont tous les membres sont dans l’asso. Et le 2ème groupe c’était Watch Me Sink, mon groupe de post hardcore de l’époque. C’était un bon moyen de commencer le truc parce qu’on ne prenait pas vraiment de risques, c’étaient nos groupes donc on avait pas grand-chose à perdre.

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Et maintenant ça a évolué comment ?

Seb : C’est beaucoup des groupes qu’on a croisé sur les tournées…

Flo : Et des groupes qu’on ne connaît pas mais qui sont en tournée et qui ont besoin d’une date dans le coin. La plupart des concerts c’est ça : des groupes qui nous contactent parce qu’ils ont besoin d’aide. Ils cherchent des concerts sur Strasbourg et environ et voilà.

Vous pouvez pas faire jouer tout le monde je suppose ?

Flo  : Non non mais si ça nous plait… On a un petit système de vote entre nous et si suffisamment de personnes sont motivées pour le concert on le fait.

Seb : C’est souvent des groupes de notre scène donc c’est assez cool, le contact a tourné je pense à ce niveau là.

Flo  : Ouais sur 10 groupes qui nous contactent y en a peut être 8 qui font soit du punk rock soit du punk hardcore donc niveau style ça nous correspond déjà, globalement et politiquement aussi. Enfin y a de grandes chances que ça corresponde.

Et justement qu’est ce que vous défendez politiquement ?

Flo : Il y a déjà tout ce qui est DIY (Do It Yourself). On se revendique comme une asso DIY parce qu’on essaye de faire un maximum de choses par nous même avec nos propres moyens. Les affiches on les imprime nous même, la bouffe on la fait nous même… C’est des petits trucs qui semblent un peu anodins mais voilà… Comme Seb disait y a aussi les logos sur les affiches : finalement au concert on attache beaucoup d’importance à ce que ce soit une zone safe pour toutes les personnes qui voudraient venir. Si il y a des comportements homophobes ou sexistes, on fera en sorte…

Seb : de réguler le truc, simplement, en en parlant… Pareil il n’y a pas de subventions…

Flo  : tout l’argent qu’on gagne, et on en gagne pas beaucoup, on le remet dans les prochains concerts. Et quand on en perd on met de notre poche. Finalement on trouve pas ça si anormal que ça.

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C’est 100 % non lucratif donc ?

Flo : 100 % ouais, en même temps on a jamais eu de question à se poser car on ne gagne pas d’argent et si on gagne de l’argent à un concert, bah le suivant…

Seb : on va en perdre.

DIY pour vous ça représente quoi ?

Seb : C’est cette démarche de créer des choses par soi même, de pouvoir les partager aussi. C’est fonctionner sans subvention, sans aide extérieure, sans forcément une entreprise ou des sponsors.

Qu’est ce que vous revendiquez de cette manière ?

Flo : Qu’on peut faire des choses par nous même…

Seb : Il n’y a pas besoin de commercialiser les choses, pas besoin de passer par un rapport marchand. Quand on a besoin de créer une affiche, on n’a pas besoin de payer quelqu’un pour le faire, on peut apprendre à le faire nous même. Ou des trucs comme ça.

C’est pour être indépendants ?

Flo  : Ouais et pour se dire : « le système marchand est partout, ben on peut sortir de ça ». Et la culture doit être accessible a tous et à toutes. Au sens large. Pour nous c’est que nos concerts soient accessibles par un maximum de personnes.

Puis aussi ce truc du DIY de dire qu’on a tous nos compétences dans un domaine différent et qu’on peut mettre ça ensemble. Par exemple si quelqu’un sait bien faire des logiciels d’infographie qu’il fasse les affiches, et se répartir le truc pour que tout le monde y trouve son compte et qu’on arrive à un résultat qui nous convienne tous.

Sinon, vous avez des anecdotes de concert ?

Flo  : Y a eu un concert qui été annulé au Jimmy’s pub. C’était quoi les groupes ?

Seb : C’était Reflections Of Internal Rains, un groupe de Croatie et…

Flo  : et Into the tide.

Seb : et into the tide, un groupe de Strasbourg . En fait à l’époque il y avait les appartements au dessus du Jimmy’s pub qui étaient réservés aux Parlementaires et en fait il y avait une session parlementaire à ce moment et ils n’avaient pas prévu ça dans l’agenda. Du coup la veille on a reçu un appel comme quoi on ne pouvait pas faire le concert.

Flo : Le matin du concert même.

Seb : Donc on a dû trouver une solution de remplacement, c’était un appartement au centre de Strasbourg. C’était assez ouf de faire 2 groupes assez bourrins dans un appart.

Seb : C’était notre copain de Business for Satan, Pierre,…

Flo  : Qui nous a très gentiment proposé de faire notre concert là bas et c’était blindé…

Vous avez pas eu de problèmes avec les voisins ?

Seb : Non on a fini assez tôt et ils étaient cools. C’était petit et confiné, il y avait une bonne ambiance. J’ai revu un des groupes et ils m’ont demandé à rejouer dans le même appart si ils reviennent à Strasbourg !

Vous organisez dans quelles salles en général ?

Flo  : La plupart c’est au Molodoï. Si c’est en acoustique c’est plutôt au Chariot. On organise beaucoup au Molodoï. C’est une salle qui politiquement nous correspond. Outre le fait que ce soit une belle salle, il faut pas oublier ce qu’il y a derrière : on y était tous allés pour des concerts, des projections, des repas… C’était le lieu où il fallait organiser des concerts, ça tombait sous le sens.

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Ok ! C’est bien sérieux tout ça, vous avez des blagues ?

Flo : C’est quoi le sport préféré des chèvres ?

l’aérobic !

Seb : Pourquoi Flo ne peut pas utiliser ce doigt ? (dit il en désignant son index)

parce que c’est mon doigt !

Un mot pour la fin ?

Seb : Fin.

Flo  : Takez care ! »

› Voilà, une asso culturelle active ça ne demande pas beaucoup plus que ça : quelques copains qui se réunissent autour de leur passion et de leurs valeurs, et l’envie de le partager.

Si vous ne connaissez pas encore et êtes curieux de voir ce que ça donne, vous trouverez toutes leurs dates ici : https://www.facebook.com/punkroutine?fref=ts !

Vous pouvez aussi aller voir leurs groupes :

The Boring
More dangerous than a thousand rioters
Another five minutes
Oak
Contwig
Mental Distress
Flo Chmod
Geraniüm

Photographies : Pauline Ruhlmann

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