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Voix mythique du catch : depuis 25 ans, l’Alsacien Christophe Agius fait vibrer les rings de la WWE

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Depuis plus de 25 ans, ses envolées accompagnent les coups, les chutes et les retournements de situation de la WWE (World Wrestling Entertainment). Derrière le commentateur survolté se cache pourtant un homme discret, originaire de Souffelweyersheim, qui continue de regarder son parcours avec étonnement. Rencontre avec Christophe Agius, la voix alsacienne devenue celle de toute une génération de fans de catch.

Christophe Agius a deux voix. Il y a celle que les fans de catch connaissent depuis un quart de siècle, capable de transformer une projection contre un poteau en moment de télévision complètement fou. Et celle, plus calme, d’un père qui assure crier beaucoup moins une fois le micro coupé. Son fils de 6 ans a pourtant parfois droit à quelques envolées.

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« Quand je m’énerve un peu, mes réflexes du catch peuvent parfois ressortir dans ma voix », sourit-il. Mais cette voix se manifeste aussi dans les moments plus calmes. Devant des pigeons particulièrement bruyants, il s’est récemment mis à inventer leur conversation pour amuser son fils. Une histoire de vol trop rapproché et de flatulences en plein ciel. « J’essaie parfois d’inventer des bêtises comme je pourrais le faire en mode catch », raconte le père de famille. Même à la maison, l’un des « deux Christophe » n’est donc jamais très loin.

D’une chambre de Souffelweyersheim aux États-Unis

L’histoire de Christophe Agius commence à Souffelweyersheim, bien loin des grandes salles américaines et des commentaires en direct. Enfant, il partage son temps entre les parties de football, le Club Dorothée et le catch, découvert vers 5 ou 6 ans grâce à un voisin un peu plus âgé qui teste ses premières prises sur lui.

Les catcheurs sont alors des super-héros. « Je regardais ça en me disant que c’était vrai, évidemment », se souvient l’Alsacien.

Christophe Agius
Christophe Agius a démarré les commentaires le 18 février 2000. © ABI1 / Document remis

En 1997, depuis la chambre de ses parents, il lance avec un ami l’Alternative Wrestling Newsletter, plus connue sous le nom d’AWN 2000. À l’époque de Windows 95 et des connexions AOL facturées à la minute, il faut récupérer les messages, se déconnecter, tout écrire hors ligne, puis se reconnecter pour envoyer la newsletter. D’abord lue par trois ou quatre personnes, elle finit par rassembler quelques milliers d’abonné(e)s et paraît quotidiennement.

C’était surtout pour le plaisir de se prendre pour un journaliste de catch. Je n’avais aucun espoir d’en faire un métier, tout simplement parce que ça n’existait pas.
Christophe Agius

Cette petite communauté va provoquer la suite. Alors que le catch a disparu des écrans français, ses membres envoient une lettre type aux chaînes de télévision. Toutes ou presque déclinent. RTL9, elle, répond qu’elle vient justement d’acheter un programme. Agius en fait la promotion, regarde la première diffusion et constate rapidement que les commentateurs connaissent mal la discipline. « Si eux-mêmes ne connaissent pas le catch, comment pourraient-ils expliquer ce qui se passe aux téléspectateurs ? », écrit-il alors à la chaîne. Peu après, une place se libère et on l’invite à passer un essai à Paris.

À 19 ans, il monte dans un train de nuit avec son sac de lycéen, après seulement deux journées d’intérim dans une entreprise de poudre alimentaire près de la Meinau. Arrivé au studio, on le prend d’abord pour un stagiaire. Puis vient le casting. Le verdict du directeur tombe : « Il a une voix de merde, on ne le garde pas. » Philippe Chéreau, un commentateur, insiste. Pendant une demi-heure, le jeune passionné n’a jamais cessé de parler et connaît tous les noms apparaissant à l’écran. Il y a peut-être quelque chose à faire. « Je lui dois tout », reconnaît aujourd’hui le Souffelois.

Christophe Agius et Phillipe Chereau
Philippe Chéreau et Christophe Agius ont formé pendant plus de 25 ans le duo historique des commentaires français de la WWE. © AB1 / Document remis

À deux, ils inventent leur propre langage

Le pari va durer plus de 25 ans. Philippe Chéreau apporte son expérience de la radio et des commentaires sportifs ; Christophe Agius, sa connaissance encyclopédique du catch. Le premier devient volontiers la voix de la raison, le second défend les méchants, provoque son partenaire et se laisse emporter. « On fait les choses sérieusement sans se prendre au sérieux », aime résumer Philippe Chéreau.

Au fil des émissions, leur duo fabrique un vocabulaire que les fans reprennent devant leur écran : «Le poteau ! » ou encore « Il n’y aura pas trois, mais simplement deux ! ». Certaines formules naissent dans l’instant, d’autres sont pensées à l’avance. « Au début, j’ai dit à Philippe qu’il serait bien de trouver un truc qu’on puisse gueuler ensemble », raconte Christophe Agius. Ce sera « Par-dessus la troisième corde ! », ensuite décliné à travers la table des commentateurs, la barrière de sécurité ou même une fenêtre. Le reste tient à leur complicité et à une liberté de ton difficilement imaginable dans le commentaire d’un sport traditionnel.

Du canapé à WrestleMania

Des petits studios parisiens, le duo finit par rejoindre les plus grands événements américains. En 2014, Christophe Agius commente WrestleMania 30, le grand rendez-vous annuel de la WWE, à La Nouvelle-Orléans. Il assiste à la première défaite de l’Undertaker dans cet événement. « J’aurais pu mourir ce soir-là : j’avais fait le truc le plus incroyable de ma vie », confie-t-il.

wrestlemania agius
© Catch news / Capture d'écran

« Le parcours est quand même assez dingue pour le petit gamin qui regardait le catch sur son canapé et qui en vit depuis un quart de siècle », dit-il, encore surpris.

Il mesure encore davantage cette popularité en 2024, lorsque près de 11 000 personnes ovationnent longuement les deux commentateurs lors de Backlash à Lyon. « On n’a pas l’impression d’avoir révolutionné quoi que ce soit. Alors, se faire ovationner pendant de longues minutes, c’est très touchant », reconnaît-il. Depuis le passage de la WWE sur Netflix, cette page s’est tournée : l’Alsacien commente désormais régulièrement aux côtés de Nadir Mohammedi.

De Raggasonic à Léna Situations

Sa manière de commenter puise dans la culture populaire. Lorsqu’il présente Roman Reigns comme « aiguisé comme une lame, pointu comme un couteau », il reprend Aiguisé comme une lame, de Raggasonic avec Suprême NTM. « Je m’étais toujours dit que ça collerait parfaitement à un catcheur. Quand Roman Reigns a débarqué, sa manière de marcher allait parfaitement avec le rythme de la chanson », raconte le commentateur.

Dans ce grand mélange se croisent aussi le Club Dorothée, Capitaine Caverne ou encore J’pète les plombs de Disiz la Peste et son iconique MC Morning. « J’ai quand même des références de très vieux : je cite beaucoup Renaud et Brassens », s’amuse-t-il. Agius cherche également des références plus récentes. Quand des catcheurs vident le ring pour se l’approprier, il glisse qu’ils « se prennent pour Léna Situations ». Une autre fois, il va chercher des expressions congolaises, sachant que le catch compte de nombreux fans en République démocratique du Congo.

Christophe Agius
© Document remis

L’Alsace occupe naturellement une place importante dans ce patchwork. « Ma langue maternelle, c’est l’alsacien. Jusqu’à mon arrivée à l’école maternelle, je ne parlais quasiment que ça », rappelle le Souffelois. Même s’il reconnaît avoir perdu une bonne partie de sa pratique, il continue de glisser avec plaisir quelques mots ou références régionales à l’antenne. Une façon de représenter un territoire qu’il trouvait peu présent à la télévision lorsqu’il était enfant.

Cleebourg
© Route des vins d'Alsace / Document remis

« J’arrive tout seul avec ma petite valise »

Le paradoxe amuse toujours Christophe Agius. Derrière le micro, il devient expansif, excessif, parfois incontrôlable. « Dans la vie, je suis plutôt calme, posé, mou, lent », se décrit-il pourtant. Les galas de catch français, qu’il a commencé à animer au début de sa carrière, l’ont aidé à fabriquer ce personnage capable de monter sur scène. Le costume s’enfile, puis se range.

Il l’a encore constaté en juin dernier, lorsqu’il a présenté les joueurs du Major de Call of Duty organisé par Gentle Mates à Paris La Défense Arena. Autour de lui, Squeezie, Gotaga et les grandes figures de l’esport se déplacent avec leurs équipes. Lui arrive seul, son costume dans une petite valise. « Je me change, j’attends gentiment qu’on m’appelle, je crie pendant deux minutes et je retourne dans ma petite pièce », raconte l’animateur. Au troisième jour, il n’a presque plus de voix : « Je travaille comme un mec qui vient, qui crie et qui repart », reconnaît-il. Il lui faudra trois jours pour la récupérer.

Christophe Agius
© Document remis

Du ring aux autres micros

Le catch lui a pourtant ouvert bien d’autres micros. Il a présenté des soirées de MMA pour Hexagone MMA, commenté NXT et animé le tournoi de cécifoot des Jeux paralympiques de Paris avec son cousin Charly Weber, également animateur sur Ici Alsace.

À Strasbourg, il prête aussi sa voix à des documentaires, notamment pour Arte, et découvre progressivement le monde très fermé du doublage. « Moi, j’ai vraiment une place minuscule. Ça se compte en lignes et il m’est déjà arrivé d’aller à Paris pour deux répliques », relativise-t-il. Il apprécie surtout de travailler avec des spécialistes qui lui apprennent à poser sa voix plutôt qu’à simplement la pousser.

Le cinéma lui a aussi offert une parenthèse improbable en 2013. Avec Philippe Chéreau, il participe au tournage des Reines du ring, aux côtés de Nathalie Baye, André Dussollier ou Corinne Masiero. À l’époque, il vit encore dans un studio parisien de 17 m², mais un chauffeur vient le chercher chaque matin pour l’emmener au maquillage. Installé à côté de Nathalie Baye, il ne résiste pas : « Vous êtes tombée bas, Nathalie. Vous passez de DiCaprio à Agius et Chéreau ! », lui lance-t-il pour plaisanter. « C’était ouf de pouvoir tourner pendant une semaine avec des monuments du cinéma français », se souvient-il. Là encore, l’homme timide laisse brièvement la place au personnage.

reines du ring
© AlloCiné / Capture d'écran

Toutes ces expériences lui permettent surtout de sortir de ses habitudes. Après 25 ans de catch, la passion demeure, mais la nouveauté offre une excitation différente.

Ce qui est nouveau est souvent plus amusant.
Christophe Agius

Trois nuits blanches par semaine

Derrière les cris et les plaisanteries se cache surtout un rythme de travail difficile à tenir. Avec l’arrivée des directs sur Netflix, Christophe Agius a passé une année à enchaîner trois nuits blanches par semaine. Certains samedis, il terminait un commentaire à 5h avant de reprendre à 8h pour enregistrer de nouveau la même émission, cette fois pour la télévision. À 46 ans, chaque nuit blanche lui demandait deux jours de récupération, juste avant que la suivante n’arrive.

Pendant un an, j’étais un zombie.
Christophe Agius

C’est pour échapper à ce rythme que sa famille a choisi de s’installer pendant un an au Cambodge. « J’ai cherché un endroit où je pouvais commenter à des horaires convenables. Demain, je vais commenter Raw de 7h à 9h. La nuit, au moins, je dors », explique Christophe Agius.

Mais la décision est surtout familiale. « Je trouve ça exceptionnel de pouvoir lui offrir un an de vie dans une ville, un pays et une école totalement différents », confie-t-il à propos de son fils. Une expérience qu’il n’aurait probablement jamais tentée seul. « Si j’avais été célibataire sans enfant, je serais encore sur mon canapé », admet-il.

Christophe Agius
© Club de la Presse Strasbourg / Document remis

Le séjour reste une parenthèse. Après avoir vécu une dizaine d’années à Paris, Christophe Agius avait déjà choisi de revenir en Alsace, où il commentait depuis sa cave à Mundolsheim. « Ce n’est pas un hasard. C’est chez moi. Je n’aurais pas pu rester vivre à Paris », insiste l’Alsacien. Même à plusieurs milliers de kilomètres, il espère retrouver bientôt le public régional (et voir le Racing réussir sa saison).

L’entretien touche à sa fin : Christophe Agius doit déposer son fils à l’école. Lui qui peut faire vibrer une salle entière continue aussi d’inventer des conversations entre pigeons pour faire rire son enfant. « Il est foutu, il n’a pas le choix », plaisante-t-il à propos de son fils.

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