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Un « pari plus risqué » : terre de brasseries, pourquoi y a-t-il si peu de bars à Schiltigheim ?

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Ville historiquement connue pour son passé de terre de brasserie, Schiltigheim n’a pourtant que très peu de bars… Même si elle déborde de restaurants ! Un paradoxe qu’on a tenté de comprendre.

Schiltigheim, terre de brasserie sans presque aucun bar. La 2e plus grande ville du Bas-Rhin a une histoire brassicole extrêmement riche, comme le prouvent son incontournable Fête de la Bière et son surnom de Cité des Brasseurs.

Cette réputation brassicole démarre dès le 14e siècle, avec les aubergistes du coin qui fabriquent leur propre bière. L’activité s’intensifie à la fin du 18e, lorsque les grandes brasseries Espérance, Pêcheur/Fischer, Schutzenberger et Perle quittent Strasbourg pour s’installer à Schiltigheim. L’idée ? Bénéficier de plus d’espace et de meilleurs sous-sols pour la fermentation.

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© Niko67000 / Capture d'écran

Avec la naissance de la brasserie Adelshoffen, la seule créée à Schiltigheim, la ville devient la Cité des Brasseurs, hébergeant les « Cinq Fantastiques », comme sont surnommées les brasseries d’alors. Schiltigheim devient terre d’innovation, jusqu’à la création de la Desperados, et Heineken investit les lieux de la Brasserie de l’Espérance.

Mais cette renommée s’étiole ces dernières années, avec la fermeture des brasseries, dont la dernière est celle d’Heineken en 2025. Depuis, Schiltigheim possède encore une microbrasserie avec la Brasserie de Schilick, accolée à la Brasserie Michel-Debus.

Malgré ce patrimoine brassicole qui résonne encore, les lieux pour boire un coup à Schiltigheim se font rares. Davantage considérées comme des brasseries pour se restaurer, Michel-Debus et La Fischerstub permettent bien sûr de trinquer dans de jolis espaces. Mais pour se retrouver tard autour d’une bière, seuls Le Caveau, qui ferme entre 23h et 23h45, et le PointBar, qui ferme entre 00h30 et 1h30, font office de repaires. 

Cela reste peu, surtout pour près de 34 000 habitant(e)s… À tel point qu’on a fini par se demander s’il n’existait pas des raisons derrière cette réalité.

Installer un bar à Schiltigheim, un « pari risqué » sur l’avenir

Dans notre enquête, on est d’abord allé voir les deux bars du coin. Pour Le Caveau, s’installer à Schiltigheim était « un pari risqué », fruit d’une opportunité d’achat. Le bar, restaurant et jazz club a pourtant sa clientèle, les « Schilikois et Schilikoises noctambules » comme il les appelle.

Dans 5, 7 ou 10 ans, Schiltigheim pourrait être un futur Neudorf.
Maud, gérante du PointBar

Pour Maud, du PointBar, l’idée de s’installer à Schiltigheim est également venue d’un concours de circonstances. Alors qu’elle voulait partir à l’étranger, elle rencontre celui qui va devenir son associé. Lui a beaucoup vécu dans le coin, elle a de nombreux/ses ami(e)s qui ont déjà déménagé à Schiltigheim, l’idée de monter un bar fomente. Surtout avec la conviction qu’il y a quelque chose à faire ici, car « l’émulsion autour de la bière, elle est là ».

Elle reconnaît néanmoins que la pression était grande : « T’as rien à Schilick, mais t’as tellement d’attentes, donc tu peux pas te planter. C’est plus facile de faire tourner un resto du midi avec plat du jour qu’un bar le soir ; le pari est plus risqué. » Pour elle, l’absence de bars est due à plusieurs facteurs : « Schiltigheim pendant un moment a été boudée, donc n’était pas considérée comme une option pour lancer un bar. Les gens ont eu peur, et il n’y avait pas assez de terrains pour s’installer ici. »

Expo de la Bière 2024
© Benjamin Hincker / Document remis

Comment expliquer ce paradoxe ?

Pour aller plus loin, on est allé toquer à la porte de la Ville de Schiltigheim… qui a avoué ne jamais s’être posé la question. Selon Sophie Mehmanpazir, 1ère adjointe, en charge des Finances, des Ressources humaines et de la Commande publique : « Je n’arrive pas à m’expliquer l’absence de bars, parce que ceux qui ouvrent trouvent leurs publics. » Au fil de la discussion pourtant, plusieurs hypothèses émergent :

  • Les Schilikois(es) sortent déjà sur Strasbourg.
  • Il n’y a pas de demande pour des bars supplémentaires.
  • Il n’y a pas de porteurs/ses de projet.
Les Strasbourgeois viennent pour nos restos, les Schilikois font plutôt le chemin inverse pour les bars.
Sophie Mehmanpazir, 1ère adjointe de la Ville de Schiltigheim

Selon la 1ère adjointe, la ville « n’arrive pas à retenir les 20-28 ans, qui sortent tous sur Strasbourg ». Par ailleurs, elle précise que « pour l’instant, les porteurs de projet de reprise de bars ne se sont pas présentés ». À l’inverse, lorsqu’il y a des reprises d’affaires, cela concerne plutôt les restaurants, comme l’explique Sophie Mehmanpazir : « Les restaurants actuels rayonnent, donc les porteurs de projet savent qu’il y a une attractivité, une demande forte. »

On avance donc vers une hypothèse, soit l’absence de demande. Une possibilité qui tient la corde : « Je n’ai jamais vu l’expression des Schilikois pour plus de bars durant la campagne des municipales. » Elle dénote en revanche une forte demande pour des terrasses.

schiltigheim
© Nicolas Kaspar / Pokaa

Un mode de vie schilikois plus familial que nocturne

Finalement, la réponse à la question du manque de bar tient sans doute à la population schilikoise, plus familiale, et à l’esprit de la ville. Comme l’explique la 1ère adjointe : « Il y a plutôt une envie de se retrouver plus en journée ou en fin d’aprèm, qu’en nocturne. On reste dans l’esprit on sort du boulot, on prend un pot, on reste manger, on refait la vie autour d’une table et on rentre chez soi. »

Pour accompagner cet esprit, la ville développe une politique plus tournée vers les familles : « Schilick n’a pas vocation à reproduire la dynamique de nuit de Strasbourg, mais plutôt de développer sa propre identité, en offrant des espaces de rencontres et de vie culturelle plutôt que de ‘simples’ bars. » Sophie Mehmanpazir déclare néanmoins que la ville accompagnera avec plaisir de futur(e)s porteurs/ses de projet de bar.

point bar schiltigheim
Le PointBar. © Nicolas Kaspar / Pokaa

Un avenir avec plus de bars à Schiltigheim ?

Après tout ça, est-ce qu’il y a vraiment de l’avenir pour plus de bars à Schiltigheim ? D’un côté, les politiques familiales et l’esprit de la ville indiquent que non ; de l’autre, l’évolution de la population schilikoise pourrait changer les choses.

Il y a beaucoup d’avenir à Schiltigheim.
Maud, gérante du PointBar
point bar schiltigheim
© Nicolas Kaspar / Pokaa

Selon les derniers chiffres de l’INSEE, Schiltigheim a gagné plus d’habitant(e)s entre 2017 et 2023, qu’entre 2023 et… 1968 ! Ce, malgré la baisse du taux de natalité. Les nouveaux/lles arrivant(e)s sont plutôt les 25-39 ans, représentant quasiment un quart de la population. Il y a notamment de nombreux/ses cadres et professions intellectuelles supérieures [15,2% de la population contre 9,6% en 2017, ndlr]. Un type de population qui amène généralement avec lui des envies de consommation de type bars ou cafés.

Seul l’avenir dira si plus de bars ouvriront à Schiltigheim. Mais pour Maud du PointBar, il y a des raisons d’y croire : « Je pense qu’on a été les précurseurs, et on sera pas les derniers. Schilick est en train de changer, tu le sens. On parle de plus en plus de la ville, il y a un vent changeant qui va inciter les gens à venir par ici. »

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