« Et puis un jour, une amie m’a demandée une vulve brodée… » Depuis un peu plus d’un an, Camille Cireddu brode des personnages, des masques, des yeux et même des dinosaures… Mais aussi des tétons, et des vulves. Plein. de. vulves. Graphiste de formation, cette lorraine mordue de broderie s’est passionnée pour le féminin, qu’elle décline en broches colorées. Plongée dans l’univers vitaminé de la marque strasbourgeoise Le mot rose.

Lorsqu’elle créé sa marque, Camille Cireddu n’est âgée que de 21 ans. C’était il y a tout juste un an ; à l’époque, l’étudiante lorraine installée à Strasbourg arrivait au bout de trois années de bachelor à l’école d’arts appliqués LISAA : « Et c’est au sein de ce bachelor que j’ai été sensibilisée aux métiers d’arts, notamment à la broderie. » Mordue, la jeune femme se forme seule, en attrapant tambour, fil et aiguille, des outils qu’elle chine en brocante jusqu’à pouvoir se permettre d’acheter neuf : « La broderie, c’est un médium que je trouve très intéressant. On peut vite évoluer techniquement, en essayant, tout simplement. »

Et c’est en essayant que Camille voit son nouvel intérêt confirmé. Pour un concours de l’EM sur le thème ethnique elle brode des broches pour décorer les baskets : « Je n’ai pas gagné le concours mais j’ai eu des retours très positifs sur cette idée, alors j’ai fait un compte Instagram pour montrer mes créations et j’ai vite reçu des commandes. » Parmi elles, il y a celle d’une amie, qui lui demande de lui broder une vulve colorée, une pièce que Camille se rappelle avoir adoré réaliser. « Ça a été une révélation, et c’est comme ça que je me suis mise à travailler essentiellement sur le féminin. » Le mot rose était né.

En même temps que la technique de Camille évolue, son militantisme se développe, nourri par des lectures féministes et le visionnage de plusieurs films. Fleur du désert, un film biographique qui retrace la vie de Waris Dirie, une somalienne excisée à cinq ans et mariée à 13 ans, lui inspire une série de vulves perlées sur cette mutilation, tout comme le film d’horreur Teeth, qui évoque le mythe du vagin denté – littéralement castrateur ! « On ne m’a jamais reproché ce militantisme ; au contraire, on me dit que c’est une belle idée, que c’est du jamais vu. Et puis, mes clientes ne sont pas toujours militantes. »

Ses clientes, car sa clientèle est surtout composée de femmes âgées de 18 jusqu’à 80 ans, sont en effet également attirées par l’énergie qui se dégage de ses créations, tantôt fluo, tantôt pastel, mais toujours, toujours relevée : « Je suis très inspirée par tout ce qui a trait à l’ethnique de manière générale comme les textiles du Guatemala, l’art maya, les motifs mexicains. Et puis, il y a aussi l’influence de mon parcours de graphiste. » Sur des t-shirts, Camille brode en effet des petits personnages, qu’elle développe depuis ses études comme en témoigne ce joli livre, qu’elle a édité pour un rendu.

Broches, tee-shirts et même boucles d’oreilles, la brodeuse multiplie les supports à la fois par plaisir, mais aussi pour pouvoir répondre à un maximum de demandes… Car si elle commence à se faire un nom localement en participant à nombre d’événements Camille ne vit pas encore pleinement de ses créations : « En décembre je me suis faite mon premier salaire, et il n’était pas très élevé. » En cause, elle pointe sa notoriété encore restreinte, et des prix un peu en dessous de ses coûts, par souci d’accessibilité : « Pour créer une broche, je mets au moins une heure et demi, et jusqu’à quatre ou cinq pour une très grande pièce. Alors avec un prix moyen à 20€, je brade mes heures de travail. » Loin d’être déconcertée Camille y voit un passage obligé vers le rêve ultime : développer suffisamment sa marque pour en vivre pleinement, et même l’exporter. Premier test en septembre, où Camille emménagera à Bordeaux pour poursuivre ses études aux Beaux-Arts !


Le mot rose, marque de broderie strasbourgeoise
À suivre sur Facebook et Instagram

Pour adopter une (ou plusieurs) pièce(s) :
La boutique en ligne sur Etsy (remise en main propre possible sur Strasbourg)


Pour les mordus de broderie :

Camille exposera à l’Anticafé les 3, 4 et 5 août et y animera un atelier d’une heure par jour pour une vingtaine d’euros ! N’hésitez pas à lui rendre visite.

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