À Strasbourg, l’édition 2025 du marché de Noël a connu une baisse de fréquentation après une année 2024 record. En parallèle, les commerçant(e)s dressent eux aussi un bilan contrasté de cette période pourtant cruciale sur le plan comptable.
Après une année 2024 record, obligeant la ville à faire face à ses propres limites structurelles, le marché de Noël de Strasbourg ne pouvait pas espérer exploser les scores en 2025. Pourtant, malgré une hausse constante de sa fréquentation depuis la crise Covid, la dernière édition a marqué un léger recul.
En tout, 3,05 millions de touristes ont afflué dans les rues de Strasbourg durant l’édition 2025. Une perte sèche d’environ 10% si on compare aux 3,4 millions de curieux/ses présent(e)s lors de l’édition 2024. Ce qui est comparable à une baisse quotidienne de 4,4%, puisque cette édition était raccourcie de deux jours.
Strasbourg : le marché de Noël a attiré 3,05 millions de visiteurs en 2025
Cette baisse, qui signe quand même la 3e meilleure affluence du marché de Noël, a été ressentie par une partie des commerçant(e)s. Le succès de cette édition 2025 est finalement relatif, en « demi-teinte », et n’a donc pas aidé tous les secteurs commerciaux.
« Il y a des filières économiques qui ont très bien fonctionné durant cette période. Notamment le secteur de l’hébergement, qui était quasiment à saturation », confirme Joël Steffen, adjoint à la Ville de Strasbourg en charge du commerce et du tourisme.
« On a remarqué que du côté de la restauration, le bilan a été plus contrasté », poursuit l’élu. Au-delà de ce secteur, ces difficultés ont également été vécues par d’autres commerces sédentaires (ceux installés toute l’année à Strasbourg).
« D’après les premières tendances, cette édition n’était pas exceptionnelle [d’un point de vue comptable, ndlr] », souffle Gwenn Bauer, président des Vitrines de Strasbourg.
Une « érosion » du panier d'achat moyen chez les commerçant(e)s
En réalité, le problème réside plutôt dans l’acte d’achat du visiteur selon Gwenn Bauer. « On a constaté une érosion du panier moyen, également chez les touristes. On vit une période compliquée, les gens ne dépensent pas trop. »
Chez les commerçant(e)s strasbourgeois(es), au cas par cas, les opinions divergent au moment de tirer le bilan des fêtes de fin d’année. Certain(e)s voient même d’un bon oeil le léger désengorgement de la ville.
On ne fonctionne qu’avec les touristes, les Strasbourgeois ne viennent plus faire leur shopping dans le centre.
La librairie Quai des Brumes (120 Grand’Rue) s’est retrouvée dans de meilleures dispositions cette année. « On a mieux vécu cette édition car il y a eu moins de tensions liées à l’affluence, on a pu être disponibles pour les clients. Toute la démarche d’une librairie indépendante prend sens dans ces moments », explique Juliette, cogérante.
Selon Anne et Charlotte, conseillères ventes à La Droguerie (20 rue des Serruriers), les visiteurs/ses ont répondu présent(e)s. « Nous avons eu beaucoup de passage, avec beaucoup de touristes et, financièrement parlant, on a fait un bon mois », détaillent-elles.
Pour ces commerçantes, la période de Noël est un moment clé dans l’année d’une boutique du centre-ville. D’après le duo, « c’est le seul mois dans l’année où il y a autant de monde dans la boutique. Aujourd’hui, on ne fonctionne plus qu’avec les touristes, les Strasbourgeois ne viennent plus faire leur shopping dans le centre. »
Une répercussion financière inégale selon les quartiers
À la librairie Quai des Brumes, les fêtes « restent toujours une période très importante, avec des journées durant lesquelles on double notre chiffre d’affaires classique. Et sur ce mois de décembre, on n’a pas fait de moins bons chiffres qu’en 2024 », conclut Juliette.
Ambiance différente dans les quartiers périphériques strasbourgeois qui ne bénéficient pas de la même visibilité.
« La majorité des clients qui viennent ici [au Neudorf, ndlr] sont des clients de proximité, il n’y a pas de touristes », affirme Sébastien, gérant et fleuriste de Blumstein (64 route du Polygone). Il observe cependant « le chemin de pèlerinage [des touristes, ndlr] vers le centre-ville le week-end ».
Nous n’avons pas du tout l’effet marché de Noël, c’est même plutôt l’effet inverse.
Le point de vente du torréfacteur Omnino, basé à la Krutenau (6 rue du Renard-Prêchant), souffre de la comparaison avec ses deux grands frères installés au centre-ville.
« Nos boutiques du centre-ville doublent presque leurs chiffres, ici c’est moins fort. On a ressenti la baisse de fréquentation », raconte Tom, employé et alternant en direction artistique.
Enfin, à Koenigshoffen, le constat est sans appel du côté du bar-brasserie Overground Brewing (8 rue de la Tour). « Nous n’avons pas du tout l’effet marché de Noël, c’est même plutôt l’effet inverse, même si on reçoit quelques locaux qui veulent quitter le centre-ville », explique Julien, gérant de l’établissement.
« Les mois de décembre et de janvier sont nos mois les plus faibles en général. On a presque l’impression que les gens en ont un peu marre du marché de Noël et préfèrent rester chez eux », conclut le gérant.
Quelles évolutions dans le futur ?
Au milieu de ce bilan mitigé, les acteurs/rices du marché de Noël pensent déjà aux évolutions à apporter aux prochaines éditions.
Il faudra être un peu patient pour les commerçants du secteur Saint-Étienne.
Joël Steffen espère réussir à rediriger les flux touristiques de manière plus homogène, dans les secteurs qui se sentent délaissés, comme celui de la place Saint-Étienne.
« Je pense qu’il y a un cheminement à imaginer de la cathédrale vers la place Saint-Étienne, pour ensuite poursuivre peut-être vers la Manufacture des tabacs, les Bains municipaux, le Planétarium ou le Musée zoologique. Pour un visiteur, ça peut avoir du sens mais ça ne va pas se faire en une seule édition. Il faudra être un peu patient pour les commerçants du secteur Saint-Étienne », disserte l’élu.
La question de la plage d’ouverture du marché de Noël continuera aussi à alimenter les débats. Testée cette année, la mise en route anticipée des illuminations de Noël pour les habitant(e)s de Strasbourg a été un succès selon Gwenn Bauer.
« Nous sommes très contents de ce dispositif, on a eu des retours très positifs et la démarche est également très intéressante pour les commerçants sédentaires », se réjouit le président des Vitrines de Strasbourg.


