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« Une année très sèche » : en Alsace, Olivier veille sur 500 ruches bio face au changement climatique

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Installé à Fréland, dans les Hautes-Vosges, Olivier Gotorbe a été le premier apiculteur alsacien professionnel à s’installer en bio dans les années 2000. Ses quelque 500 ruches produisent toute la diversité des miels que l’on peut trouver en Alsace, mais doivent aujourd’hui s’adapter au changement climatique.

Sous le ciel gris chargé d’orage, une quinzaine de ruches bourdonnent doucement à l’orée de la forêt. Son enfumoir à la main, en short et en marcel, sans combinaison ni chapeau, Olivier Gotorbe ouvre les hausses pour jeter un œil à ses essaims. Un miel sombre colore les alvéoles, au centre du cadre. Mais la saison de la récolte est déjà terminée.

« Nous sommes dans une année très sèche depuis le début du mois de juin, explique l’apiculteur. On a été obligé de les nourrir parce qu’elles n’avaient plus assez de réserves. »

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Apiculture miel abeilles apiculteur environnement
© Adrien Labit / Pokaa

Composer avec les espaces naturels

Installé à Fréland avec Isabelle, son épouse et associée, Olivier Gotorbe veille sur 500 ruches exploitées en apiculture biologique. « Nous avons un cahier des charges à respecter », explique-t-il. La zone de butinage doit être composée majoritairement de cultures biologiques ou d’espaces naturels non-traités. Les ruches doivent être construites principalement à partir de matériaux naturels et le traitement du varroa, un parasite mortel pour les abeilles, se fait avec de l’acide oxalique, une substance naturelle que l’on retrouve notamment dans l’oseille, la rhubarbe et la betterave.

Ces consignes concernent aussi le nourrissement des abeilles. Lorsqu’il est nécessaire, « nous faisons du sirop nous-mêmes à base de sucre bio », détaille-t-il. Environ 4 kilos de sucre distribués toutes les deux semaines en fonction des besoins. « Mais il faut quand même qu’elles trouvent des ressources, alors on redescend toutes les ruches en plaine, le long de l’Ill ou du Rhin, parce qu’il reste quelques fleurs de rivière qui leur permettent de trouver du pollen. Le pollen, c’est des protéines, c’est essentiel pour qu’elles puissent élever des larves l’hiver. »

En Alsace, la production de miel suit normalement un cycle qui débute en février avec la floraison des noisetiers. D’abord, le miel de fleurs, récolté en avril-mai, puis le miel d’acacia, en mai. « Ensuite on a les tilleuls et les châtaigniers qui donnent en même temps, mais pour le premier on met les ruches en plaine, et pour le second, sur les coteaux vosgiens », poursuit l’apiculteur. C’est aussi à ce moment-là que commence le miel de sapin, quand il donne. Tout comme le miel de montagne.

Ces deux miels sont liés. On peut trouver du miel de sapin dans le miel de montagne, mais ce dernier est un mélange réalisé sur un périmètre géographique spécifique, à partir d’une altitude qui varie selon les régions. En Alsace, la plus grande zone de production se situe dans le parc des Ballons des Vosges. On y trouve également du miel d’épicéa, de ronce, de lotier et de bruyère, en fonction de ce qu’il y a sur les chaumes.

Apiculture miel abeilles apiculteur environnement
© Adrien Labit / Pokaa

« Les productions se déséquilibrent avec le changement climatique »

Le miel du sapin est produit à partir du miellat des pucerons. « Pour qu’il y ait des pucerons, il faut que le sapin monte de la sève : il faut de l’humidité dans l’air, des nuits fraîches et de la rosée le matin, détaille l’apiculteur. Si vous avez les chaussures mouillées en allant voir les ruches, c’est bon signe. » Lorsque les sapins donnent, les abeilles les préfèrent aux autres essences d’altitude : l’apiculteur récolte alors plus facilement du miel de sapin que du miel de montagne. « C’est la nature qui nous dit ce que l’on récolte, sourit Olivier. Il faut goûter ! »

Cette année toutefois, les conditions n’étaient pas réunies pour faire du miel en altitude, qu’il s’agisse de miel de montagne ou de sapin. Tout était trop sec. Même la bruyère, dont les fleurs n’ont pas pu donner de nectar faute d’humidité. « Au printemps, on monte les ruches. En juillet, on a tout redescendu : il n’y avait plus rien à espérer. »

Depuis au moins une dizaine d’années, le calendrier des miels change inexorablement. « Les productions se déséquilibrent avec le changement climatique, expose Olivier Gotorbe. On démarre de plus en plus tôt et on fait beaucoup de miel de fleurs. Cette année, c’est presque deux tiers de ma récolte» L’acacia aussi fleurit plus tôt, mais ses bourgeons sont très sensibles au gel : les floraisons précoces sont donc risquées. Et courtes : la fleur ne dure que 10 jours.

« Avant, je faisais de l’apiculture de manière beaucoup plus simple »

Quant au sapin, c’est aléatoire. « Quand ça donne, ça peut donner beaucoup jusqu’en septembre. Mais çan c’est une fois tous les quatre ou cinq ans. On ne sait pas. On n’a pas intérêt à se louper : quand ça donne il faut y aller. » Pour vivre de l’apiculteur, il faut désormais savoir s’adapter à ces changements parfois brusques. Savoir saisir la miellée quand elle se présente. « Il faut être réactif, appuie l’apiculteur. Avoir des ruches très fortes, en très bonne santé. »

Apiculture miel abeilles apiculteur environnement
© Adrien Labit / Pokaa

« Avant, je faisais de l’apiculture de manière beaucoup plus simple. Je divisais mes ruches, je laissais élever : je ne faisais pas de sélection. Aujourd’hui je suis obligé d’en faire pour avoir une abeille qui produit du miel. Je fais de l’élevage de reines pour en avoir des jeunes. Plus on a de jeunes reines, plus elles vont pondre et plus on va avoir des abeilles capables de produire au rythme de la miellée. » Il faut également scruter la météo et la production des ruches pour les déplacer rapidement si nécessaire.

Cette année, la saison se sera terminée bien avant le 15 août pour permettre aux abeilles de faire leurs réserves avant l’hiver. Les ouvrières qui naissent à partir de septembre vivent entre cinq et six mois et assurent la survie de la colonie pendant la saison froide. Elles font naître les abeilles du printemps qui vivent cinq à six semaines. Si l’automne est doux, elles trouveront encore un peu de pollen ou de nectar pour leurs ruches. Mais rien n’est plus très certain, à l’heure du changement climatique.

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