Le 4 septembre, Jean-Philippe Vetter (LR) a adressé une « main tendue » à Catherine Trautmann, en vue de la rentrée politique strasbourgeoise. Le tout sur la base de trois propositions qui lui tiennent à coeur : les finances publiques et la non-augmentation des impôts, le « pouvoir de vivre » et la sécurité. Une promesse de collaboration plutôt qu’une opposition bornée, au risque de diluer son message politique.
Le changement, c’est maintenant. Si la maxime ne vient pas de son parti politique, elle convient parfaitement à l’état d’esprit qui anime Jean-Philippe Vetter en cette rentrée politique. Après sa défaite en mars dernier, le candidat LR déchu s’est posé tout le long de l’été avec son groupe, pour décider de la marche à suivre sous la mandature Trautmann. Avec une question : opposition frontale ou non ?
On a plus de 27 000 personnes qui ont voté pour nous. Ces gens-là, ce qu'ils souhaitent, c'est que les raisons qui ont fait qu'ils ont voté pour nous puissent être prises en compte dans le futur projet porté par la maire de Strasbourg.
Contrairement à la posture plutôt frontale qu’ils avaient adopté lors du mandat de Jeanne Barseghian, il semblerait que Jean-Philippe Vetter et son groupe choisissent cette fois de tendre la main à Catherine Trautmann. Un positionnement qu’il défend par sa volonté d’être utile aux plus de 27 000 Strasbourgeois(es) qui ont voté pour lui, « sans alliance ni fusion de liste », comme il aime fièrement le rappeler.
Car que l’on ne s’y trompe pas : s’il s’avère souriant et affable dans sa main tendue, « afin de pouvoir non pas jouer les oppositions, mais jouer les complémentarités », l’ex-candidat reste un homme politique. Il précise donc que cette concorde ne pourra se faire qu’à condition que quelques priorités programmatiques, qu’il a défendues durant la campagne, soient respectées.
Finances, « pouvoir de vivre » et sécurité : Jean-Philippe Vetter dresse ses priorités
Celles-ci sont au nombre de trois, et représentent sans grande surprise des thématiques chères à la droite. D’abord les finances publiques : comme tout le petit monde médiatico-politique strasbourgeois, Jean-Philippe Vetter est suspendu aux conclusions de l’audit financier commandé pour dresser le bilan des finances de la ville.
À l’instar de l’opposition de gauche, le conseiller municipal craint que Catherine Trautmann utilise l’audit comme un prétexte. Lui ne redoute pas qu’on suspende des projets, mais plutôt qu’on augmente les impôts locaux. C’est donc sa première priorité : pas d’augmentation des impôts locaux, et à la place une baisse des dépenses de fonctionnement, soit les dépenses courantes mais surtout les salaires des personnels et agent(e)s de la collectivité.
S’il y a un dialogue franc, sincère et une volonté de pouvoir travailler en commun pour mettre en œuvre ces trois priorités, nous on s'engage aussi à faire un pas.
La deuxième est le « pouvoir de vivre », ce qui était l’un des slogans de campagne de Catherine Trautmann [signe qu’ils peuvent s’entendre, ndlr]. Pour Jean-Philippe Vetter, le « pouvoir de vivre » passera d’abord par l’emploi, « première politique sociale qu’on doit mener dans un territoire avec 30 % de taux de pauvreté ». Puis par l’abandon de l’interdiction des près de 43 000 voitures Crit’Air 3 au 1er janvier 2027, une « bombe sociale à retardement ». « On ne peut pas améliorer la qualité de l’air tout en étouffant des dizaines de milliers de familles. »
Enfin, la dernière priorité ne surprendra que peu : la sécurité. Cela concerne la vidéosurveillance, éviter les vols de vélos, la propreté, et surtout l’augmentation massive des effectifs de police municipale sur le terrain dans les quartiers et aux horaires « où les Strasbourgeois en ont le plus besoin ». Si ces trois priorités sont respectées, Jean-Philippe Vetter s’engage à ne pas voter contre le budget, ainsi qu’à garder une attitude bienveillante et constructive à l’égard de la mandature Trautmann.
Collaborer, au risque de se diluer ?
Mais cette main tendue pourrait-elle se retourner contre Jean-Philippe Vetter, en risquant de diluer son message et ses volontés politiques au sein d’une grande coalition ? Surtout à l’échéance du prochain mandat, où pourra lui être reproché de s’être allié aujourd’hui avec ses adversaires de demain.
Pour l’ex-candidat, la question ne se pose pas, pour une simple et bonne raison : il ne demande aucun poste, il reste donc éminemment libre de ses choix. Une donnée qu’il a souvent répétée, comme des piques déguisées envers ses alliés macronistes d’alors, partis chercher herbe plus verte ailleurs avec Catherine Trautmann.
Si Catherine Trautmann dit qu'elle aime le soleil, on va pas subitement se mettre à aimer la pluie.
Au contraire, pour Jean-Philippe Vetter, son groupe a tout a gagner de cette proposition, notamment en termes de crédibilité. « On garde cette totale autonomie, et je pense que ça donne peut-être plus de force à notre engagement aujourd’hui : si on est pour, c’est qu’on pense que c’est bien, si on est contre, c’est qu’on pense que c’est pas bien. Au final, ce qu’on attend d’un élu, c’est d’être en cohérence avec ses convictions. »
Le temps des campagnes est terminé et pour Jean-Philippe Vetter, l’heure est désormais à servir les intérêts des Strasbourgeois(es) : « Nous, on est prêts à travailler sur le long terme sans a priori. » Reste à savoir si Catherine Trautmann acceptera la main tendue de son compagnon de luttes du tram Nord ou si le courrier restera lettre morte. La réponse donnera un premier aperçu des couleurs que prendra la rentrée politique strasbourgeoise, avec un exécutif qui pourrait être tenté de prendre quelques teintures de bleu.



