Avec ses 2 890 € pour 77 m2 dans le quartier Contades, une annonce pour un « appartement meublé de standing » a fait lever nos sourcils avec son prix délirant. Disponibles sur leboncoin, SeLoger mais aussi sur un groupe Facebook de personnes ne parlant que anglais à Strasbourg, les annonces se dédoublent également pour chacune des trois chambres. Une colocation à prix d’or.
Sur les photos, tout paraît lumineux. Du parquet, une (petite) terrasse, une vue imprenable sur l’avenue de la Paix, l’annonce d’un certain Jean pour la location d’un appartement de 77 m2 au quartier Contades, disponible sur SeLoger et leboncoin, attire l’oeil.
Sauf que tout de suite, la descente est brutale à cause du prix. Si vous souhaitez louer l’entièreté de l’appartement, comme l’annonce le propose en premier lieu, il faudra débourser 2 890 € par mois. Pour celles et ceux qui en douteraient, non, ce n’est pas une erreur de frappe : c’est bien un prix de 37 € du m2, soit à des années-lumière de tout ce qui est pratiqué aujourd’hui à Strasbourg.
Une possibilité de colocation douteuse
Mais rassurez-vous (non), il existe une autre possibilité : découper l’appartement en trois chambres, de façon à faire une colocation. Deux d’entre elles coûtent 890 €/mois, et la dernière est à 1 090 €/mois, avec sa propre douche et son balcon. Bien-sûr, là encore, ces tarifs se trouvent dans la fourchette très (trop) haute des prix qui se pratiquent pour une colocation à Strasbourg. Et sur ces annonces, on ne trouve aucune mention de la taille des chambres.
Sauf qu’à y regarder de plus près, pour les deux petites chambres, on se retrouve davantage face à une résidence étudiante qu’à une chambre de standing, comme vendue par l’annonce. Un bureau, un petit lit une place et un dressing, les m2 paraissent se compter sur les doigts d’une main. Et ce ne sont pas la douche à l’italienne ou la machine à laver qui nettoieront la tenace impression de se faire rouler.
Une annonce d’abord supprimée puis republiée sur les réseaux
Une impression confirmée après une recherche sur les réseaux sociaux. En effet, cette annonce a également été publiée sur un groupe Facebook de personnes ne parlant que anglais à Strasbourg, avec notamment des étudiant(e)s Erasmus ou des employé(e)s des institutions européennes.
Signe que la sérénité n’était pas de mise quant à la réception d’une telle annonce, les commentaires ont été désactivés sous la publication Facebook.
C’est d’autant plus douteux que l’annonce aurait d’abord été publiée le 21 août, avec des prix très différents. Les petites chambres avaient d’abord été mises à 1 090 €/mois pour 9,5 m2, tandis que la grande était à 1490 €/mois pour 16,7 m2. En seulement deux jours, les prix ont baissé de 200 et de 400 €, pour atteindre respectivement 94 €/m2 et 65 €/m2. Si on attend une semaine de plus, peut-être qu’ils seront enfin raisonnables.
Un phénomène de moins en moins isolé
Si l’annonce est tellement lunaire qu’elle en paraît presque drôle, elle met en lumière une tendance de fond, alors que le marché de l’immobilier est de plus en plus compliqué. La crise du logement étudiant s’accroît chaque année, avec en moyenne 740 candidat(e)s par annonce et des prix qui s’envolent. Ce qui entraîne mécaniquement une hausse des arnaques à la location, alors qu’il est toujours plus difficile de se loger à Strasbourg.
De plus, alors que la construction de logements neufs est inférieure à la demande toujours plus grande, le phénomène de division pavillonnaire s’accentue. L’objectif de cette démarche ? Découper des appartements/maisons en plus petite surface, afin d’en accroître la rentabilité. Ce qui risque d’accentuer le développement de logements microscopiques ou insalubres, attirant les marchands de sommeil.
Alors si tu es étudiant(e)s et que tu viens d’arriver à Strasbourg : fais attention lorsque tu regardes une annonce, une arnaque se cache peut-être au bout de la rue. Et si tu es victime d’une arnaque à la location ou que tu loues un appart’ en dessous de 9 m2 (ce qui est illégal), tu peux contacter l’ADIL 67, l’association de défense au logement, située au 5 rue Hannong en prenant RDV en ligne ou téléphoner au 03 88 21 07 06.


