Le mouvement de colère des lycéen(ne)s rentre dans sa troisième semaine. Ce mardi 6 octobre, ils et elles seront rejoint(e)s dans la rue par les enseignant(e)s et les étudiant(e)s. Retour sur les raisons de ce mouvement de contestation, à Strasbourg et dans toute la France.
Alors que de nombreux lycées alsaciens étaient fermés ce lundi 5 octobre, le mouvement de contestation se poursuit. Dans la journée d’hier, quelques jeunes se sont rassemblé(e)s devant le lycée Fustel-de-Coulanges à Strasbourg pour assister collectivement à leurs cours en distanciel. Sur le campus de l’Esplanade, le bâtiment du Patio a été bloqué par les étudiant(e)s. En Alsace, la situation était donc plus calme ce lundi, après une semaine émaillée d’affrontements entre policiers/ères et lycéen(ne)s.
Du côté de la jeunesse, les regards se tournent vers la mobilisation de ce mardi 6 octobre organisée par l’intersyndicale en appui au mouvement de colère des élèves du secondaire. Une manifestation partira de la place Kléber à Strasbourg à 14h pour rejoindre la place de la République.
La semaine dernière, plus de 400 établissements scolaires ont connu des perturbations et des blocages dans toute la France. À Strasbourg, Mulhouse et Colmar, mais aussi dans de plus petites villes, comme Sélestat, Haguenau, Saint-Louis, Molsheim, Sainte-Marie-aux-Mines et Guebwiller, signe de l’importance du mouvement lycéen.
Les consignes de fermeté du ministère de l’Intérieur ainsi que des dégradations en marge des manifestations ont entraîné une importante mobilisation policière toute la semaine.
À l’échelle nationale, selon les chiffres du gouvernement, plus de 5000 personnes ont été interpellées. 170 jeunes, 65 membres du personnel éducatif et 305 personnels des forces de l’ordre et des pompiers ont été blessé(e)s, toujours selon le ministère de l’Intérieur.
De nombreuses vidéos d’interventions policières devant les lycées interrogent sur la politique de maintien de l’ordre engagée par les pouvoirs publics. Syndicats et militants dénoncent une répression qui ne laisse aucune place au dialogue et s’exerce avec une violence débridée contre des adolescent(e)s. Dernière information en date : à Lens, un lycéen de 15 ans a eu une main arrachée par une grenade. Si on ne connaît pas encore les circonstances précises, l’IGPN a été saisie.
Des moyens pour les lycées
Au cœur de la mobilisation, la question des moyens alloués à l’Éducation nationale. Initié à Créteil (94) le 21 septembre, le mouvement s’étend les jours suivants à l’ensemble de l’Île-de-France avant d’atteindre l’Alsace le 29, suite à un appel national des organisations lycéennes.
En région parisienne, l’état catastrophique de nombreux établissements scolaires est documenté depuis plusieurs années. Professeur(e)s et élèves font état de bâtiments en mauvais état, de locaux fortement dégradés, de manque de matériel pédagogique, et même d’infestations de rats et de cafards.
« Au lycée Couffignal, les murs et le plafond tombent. Il faut remédier à ça, il y a une inégalité entre les lycées », explique une élève de terminale de ce lycée. Dans les établissements du centre-ville, les élèves témoignent, eux aussi, de conditions d’études dégradées. « Même à Fustel, on est 35 par classe, il n’y a pas assez de profs », poursuit la jeune fille.
Une de ses camarades complète : « L’année dernière, quand on était en première, notre prof de français a été absente, on a eu une remplaçante seulement au bout d’un mois et demi. Cette remplaçante, à la base, était pour les secondes, du coup, c’est eux qui n’ont pas eu de prof de français et ont pris du retard. »
Au micro d’Ici Alsace, une lycéenne raconte : « On n’a pas de papier toilette, on n’a pas de serviettes hygiéniques. On est en manque de moyens total. » À cela s’ajoutent des bâtiments mal isolés dans de nombreux établissements, rendant les périodes de grand froid et de canicule particulièrement pénibles pour le personnel et les élèves.
Pression et journées à rallonge
Dans les manifestations, les lycéen(ne)s dénoncent la pression du contrôle continu et particulièrement de la plateforme Parcoursup. Les deux lycéennes de Fustel-de-Coulanges poursuivent : « Parcoursup est un algorithme qui sélectionne les personnes de façon élitiste, il y a des critères de classement qui sont dangereux notamment en fonction de notre lycée et du classement dans les classes. Parcoursup crée de la compétition entre les élèves. »
Dans les cortèges, de nombreux/ses élèves de terminale témoignent du stress induit par la plateforme de candidature aux études supérieures.
Sur les réseaux sociaux et les pancartes des jeunes revient un slogan : « 8 h – 18 h. » De nombreux lycéen(ne)s dénoncent des journées d’études à rallonge et des emplois du temps chargés et mal adaptés. « Je fais du 8 h – 19 h, pendant 45 minutes je fais la queue [à la cantine, ndlr], j’ai 10 minutes pour manger. Je n’ai même pas le temps d’aller aux toilettes alors que j’ai 10h de cours », témoigne une élève du lycée Kléber à Ici Alsace.
Un autre dénonce, au contraire, des trous de plusieurs heures dans son emploi du temps.
Ras-le-bol général
Si les revendications sont multiples, c’est un ras-le-bol général qui s’exprime dans les lycées. En témoigne l’ampleur du mouvement, qui touche des établissements habituellement peu mobilisés sur les questions éducatives et sociales. « On est tous réunis pour le même but, on se bat pour la même chose, c’est plus que positif », concluent, en cœur, les deux élèves de Fustel-de-Coulanges.
« Ce que je retiens de cette mobilisation, c’est beaucoup d’espoir. J’ai vraiment envie de voir les choses changer réellement », explique Gabin, du collectif Lascar (Lycéen·nes autonomes de Strasbourg contre l’autorité et la répression).
S’il apprécie le soutien des étudiant(e)s et des syndicats de salarié(e)s, il s’inquiète que cela puisse atténuer la portée des voix lycéennes. « J’aimerais que l’on puisse autogérer nos lycées. On pourrait justement parler des sujets qui ne vont pas au niveau de chaque lycée. »


