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On a discuté avec les Strasbourgeois qui n’aiment pas le marché de Noël

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Le marché de Noël débute ce vendredi 26 novembre, sous des conditions sanitaires compliquées mais avec vin chaud et baguette flambée. Pas de doute : on est content de le retrouver, surtout après une année blanche sans chalet. Néanmoins, beaucoup de Strasbourgeois et de Strasbourgeoises semblent ne plus se retrouver dans l’événement phare de leur ville. Qui a, depuis plusieurs années, un peu perdu en qualité et en proximité. Ainsi, avant les débuts en fanfare du marché avec un concert de folie (non), on est allé leur demander pourquoi ils en avaient gros.

Le marché de Noël est ZE événement à Strasbourg. Rien que cette année, pas moins de quatre points presse ont été organisés, afin de présenter tous les aspects de cette fête de Noël. Néanmoins, de nombreux Strasbourgeoises et Strasbourgeois continuent de ne plus s’y retrouver. Avec un post sur la page Facebook Étudiants de Strasbourg, on est allé prendre la température du désamour qu’ils portent à leur marché. Sans surprise, comme les températures hivernales, elle est glacée.


Plus de magie au marché de Noël

Les Strasbourgeoises et Strasbourgeois interrogés sont formels : le marché de Noël a perdu sa magie. Une des conséquences d’une perte de qualité de notre grand événement de Noël, souvent associée avec son côté commercial. Chris* (tous les prénoms ont été modifiés) l’explique : « Le marché de Noël de Strasbourg n’a absolument plus rien de traditionnel, et encore moins d’Alsacien ». Un postulat partagé par Tom : « Les choses vendues ont perdu le goût et l’authenticité qu’il y avait il y a 15/20 ans ». De son côté, Leslie accentue sur la perte d’authenticité : « Surfait est le mot. Le marché de Noël de Strasbourg est de plus en plus commercial, perdant peu à peu son côté authentique, traditionnel et pittoresque. Surtout quand tu sais qu’initialement, le « vrai » marché de Noël de Strasbourg c’étaient quelques cahutes toutes mignonnes place Broglie ».

Même son de cloche chez Donna : « Celui de la place de la cathédrale est à mon sens une honte. La beauté du lieu est dénaturée. Un marché de produits chinois à cet endroit c’est comme mettre un cirque dans les appartements de la reine d’Angleterre. Cela n’a aucun sens à part celui de faire de l’argent ». Une critique envers les produits vendus qui revient dans de nombreux témoignages. Dont celui d’April : « C’est vraiment devenu n’importe quoi à un niveau cosmique. Avec les vendeurs de maroquinerie, de poteries, de camelote égyptienne (clairement le pire du lot) qui n’ont strictement rien à voir avec Noël. »

Conséquence ? Des produits qui ne flirtent même plus avec l’Alsace. Ainsi qu’une ambiance qui se dégrade, selon Ann : « Il y a des stands qui n’ont rien à voir avec Noël. La qualité des produits laisse à désirer vraiment… Je trouve qu’il y’a une fausse bonne ambiance. On se marche tous dessus, les prix sont monstrueux. » En ressort ainsi une certaine « hypocrisie », comme le dénonce Ron, ainsi que la « destruction des petits commerces locaux » selon Chris. Qui rajoute : « Et qu’on ne vienne pas me dire qu’il est impossible d’avoir un marché de Noël traditionnel Alsacien, c’était le cas jusqu’en 2007. D’ailleurs, c’est heureusement encore le cas dans les villages Alsaciens. »

© Martin Lelièvre/Pokaa


À Noël, Strasbourg a tendance à bloquer

Si vous êtes Strasbourgeoise ou Strasbourgeois et que vous avez vécu un jour un marché de Noël, vous le savez : l’enfer, c’est effectivement les autres. Leslie abonde : « J’ai l’impression que ma ville entière est prise d’assaut. » La raison ? Le monde, évidemment, mais également une « organisation horrible » selon Ann. Une opinion que partage Chris : « Le marché de Noël est tellement mal organisé et agencé que cela bloque le passage pour les riverains, qui se retrouvent franchement dans la merde pour circuler. Sans compter les personnes handicapées ». Trams et rues bondées, enfer pour les cyclistes, Strasbourg connait un « envahissement global de son espace de vie » pendant la période, selon April. Eleanor appuie le propos : « Tout le positif : les illuminations, la bouffe, la musique, l’esthétique de certains cabanons… Tous ces éléments sont parasités par la foule, les musiques reloues, les prix exorbitants. En fait, tu n’as jamais une expérience apaisée du truc. »

Cela est beaucoup dû aux stations de trams du centre-ville, qui fermaient leurs portes durant les heures d’ouverture. Néanmoins, la Ville a déclaré, lors d’une de ses conférences de presse, vouloir « aérer » le marché de Noël. Pour cela, davantage de places utilisées pour y mettre des chalets, mais également moins de stations de tram fermées. En effet, seule Broglie fermera ses portes durant l’entièreté du marché de Noël. Une nouvelle propice à rassurer les Strasbourgeoises et Strasbourgeois cette année. Pour qui souvent les déplacements dans le centre équivalaient à des casse-têtes géants.

Des conditions de circulation espacées, contre-allégorie. © Martin Lelièvre/Pokaa


Les touristes… mais oui bien sûr ! Les touristes !

Au-delà de l’organisation-même, la raison des rues bondées ? Le succès du marché évidemment. Qui s’ensuit donc de la venue des redoutés… touristes. Donna donne le là : « Pour moi le marché de Noël, c’est ma ville transformée en Las Vegas pour touristes ». Une critique à plusieurs niveaux. Déjà, contre le marché de Noël en lui-même selon Tom : « Je pense que on s’est laissé déposséder du centre-ville juste pour le fric et que maintenant on en paye le prix. On se sent vraiment pas chez nous pendant le marché de Noël car il est cher et fait pour les touristes. » 

Dès lors, le problème est double. D’abord, les touristes étant des touristes, ils ne connaissent pas Strasbourg. Ainsi, ils découvrent la ville en même temps que de milliers d’autres, créant alors de gros bouchons. Selon Tahani : « J’ai l’impression qu’ils sont dans leur monde et oublient qu’autour d’eux le monde continue de tourner et sont par conséquent super gênants. Ils marchent à deux à l’heure, s’arrêtent en plein milieu de la route, changent de direction sans regarder s’il y a quelqu’un derrière ou non ». Deuxième corollaire bien connu de la présence de touristes : tout devient plus cher. Gina commence : « Ils font augmenter les prix d’à peu près tout à Strasbourg ». Une affirmation qui n’est pourtant pas de fait des touristes, puisque ce sont bel et bien les commerçants qui profitent de leur venue pour afficher des prix parfois délirants.

© Martin Lelièvre / Pokaa


Bondé, densifié, sécurité

Depuis les attentats du Bataclan du 13 novembre 2015, et encore plus depuis les attentats de Strasbourg du 11 décembre 2018, Strasbourg a vu la sécurité de son marché de Noël drastiquement se renforcer. Un dispositif de checkpoints principalement, qui n’améliore pourtant pas le sentiment de sécurité. Tom débute : « Transformer le centre-ville en Berlin est/Berlin ouest, et me faire contrôler par des policiers ou agent de sécurité parfois armés, fatigués et stressé, je me sens pas en sécurité. »

En outre, ce dispositif se révèle également très contraignant pour tous les Strasbourgeoises et Strasbourgeois. Comme le développe Ann : « Personnellement je devais passer tous les jours devant le même mec pour qu’il regarde mon sac et me faire perdre 10/15min sur mon trajet. Sans parler du slalom humain à faire pour se rendre à son lieu de travail ». April exprime les mêmes griefs : « Tel qu’il s’est déroulé ces dernières années c’est devenu infernal de se déplacer dans le centre avec les checkpoints et les queues sans fin… En plus je me demande bien l’intérêt de dispositifs pareils, dans la mesure où ça n’était pas constant toute la journée et que ça ne revêtait qu’un aspect dissuasif. »

Des réflexions partagées par la préfecture du Bas-Rhin et la Ville de Strasbourg. Désormais, comme on vous l’expliquait ici, fin des checkpoints pour 2021. À la place, des contrôles « aléatoires et dynamiques » seront réalisés, « plus efficaces que des contrôles statiques ». Enfin, cette année plus que toute autre, la situation sanitaire occupera une place centrale dans notre marché de Noël. Une donnée que met en avant Chris : « Avec ce type d’événement, les attroupements sont en pleine croissance, donc niveau sécurité, on a déjà vu mieux… ». Là encore, la situation a été pensée en amont, puisque, comme on vous l’expliquait ici, deux scénarios sont prévus en cas de flambée de l’épidémie. Et il semble bien que l’on s’y dirige.

© Martin Lelièvre/Pokaa


Les illusions perdues de l’enfance

Finalement, est-ce que le marché de Noël strasbourgeois n’incarnerait-il pas l’image des illusions perdues concernant le marché de Noël ? Gina débute : « Malheureusement le marché de Noël n’a rien de vraiment magique, comme le monde entier le vend. C’est toujours la même chose. Les mêmes cabanes, au même endroit, chaque année. Donc, on le voit une fois et on le connait par cœur ». Ron appuie l’argument : « Le marché de Noël en étant strasbourgeois c’est sympa la première fois. La 2ème, t’y vas pour le vin chaud. La 3ème, fois t’as compris que prendre 2h30 pour faire 2km c’est pas la peine. »

Pourtant, la magie de Noël existe. Et on appréciait le marché de Noël strasbourgeois. Alors qu’est-ce qui coince ? Eleanor possède peut-être un élément de réponse : « Ça te renvoie au fait que tu n’es plus un gosse. Ce contraste entre le souvenir que tu as en tête et la réalité est toujours triste. Je ne pense pas que le marché de Noël soit devenu mercantile, commercial et relou ces 10 dernières années. Ça a toujours été comme ça. Oui y a trop de monde, il y a des cabanons avec des trucs inutiles et moches, tout est trop cher. Mais quand tu es gosse tu t’en fous. »

Dès lors, s’oppose dans nos têtes deux visions de Noël : « Ma vision de gosse au marché de Noël de Thann, assez féerique en sortie de messe. L’odeur du chocolat chaud et le son des cantiques. Et de l’autre, ma vision étudiante à Strasbourg. La foule immense. Les gens stressés. Le vin chaud à 5 euros. Le flux qui fait que tu peux pas circuler comme tu veux. La musique de Noël en boucle, et tu n’achètes rien parce que rien ne te fait envie ».

© Martin Lelièvre/Pokaa


L’odeur et le goût du vin chaud

Pour terminer, si ce n’est sans doute pas le point le plus important sur le désamour porté par certains et certaines au marché de Noël, c’est sans doute un point de vue surprenant. Le vin chaud ne ferait en effet pas l’unanimité. Déjà pour sa qualité, « dégueulasse » selon Mindy, « plus que moyen » selon Leslie, ou encore « pas bon » selon Ann. Mais également pour son odeur. En effet, Eleanor « n’aime pas l’odeur du vin chaud » tandis que Michael est catégorique « Ça pue le vin chaud dans les rues ». Néanmoins, pour finir sur une note positive, retenons tout de même l’un des avantages du marché de Noël, selon Gina : « Le seul avantage, c’est de pouvoir boire du vin dans la rue à 15h comme si tout était normal. »

Cela fait plusieurs éditions que la grogne contre le marché de Noël est présente. Et ce n’est sans doute pas cette année que les choses changeront, la municipalité écologiste n’ayant pas énormément innové pour son premier marché. Quoiqu’il en soit, il sera intéressant d’observer comment cette institution évoluera dans les prochaines années, une promesse de la municipalité. En attendant, Strasbourgeoises et Strasbourgeois, courage pour la période qui arrive. Et surtout, profitez quand même de votre magie de Noël à vous !

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Commentaires (4)

  1. Résidant au centre-ville depuis 40 ans, je suis d’accord avec tous les intervenants.
    Moi aussi je connais ce marché par coeur et je n’y dépense plus un euro depuis belle lurette.
    Eleanor a raison : ça a toujours été comme ça.
    Et j’ai toujours détesté le vin chaud…

    • Bonjour,

      Tous les prénoms ont été modifiés, et font référence aux séries télévisées Parks and Recreation ainsi que The Good Place 🙂

      Bonne journée à vous,
      Nicolas Kaspar

  2. A Colmar, même combat! Je vis dans un disneyland pour touristes, et les contraintes quand on habite dans l’hyper-centre sont devenues monstrueuses au fil des ans (déplacement, contrôles, ravitaillement, sorties, etc).
    Je paie un garage pour rien pendant 6 semaines, c’est la guerre des places partout ailleurs, c’est un calvaire de se déplacer, que ce soit en voiture, à vélo, et même à pied. Dégouté que la ville où je suis né me prenne en otage tous les hivers et me donne envie de fuir loin, très très loin.
    Les décos de noël sont posées presque 2 mois avant, on vit le quart de l’année dans ce Noël mercantile dégueulasse imposé aux rares habitants qui restent, chaque appartement qui se vend devenant un gîte ou un B&B. Y’en a plus que pour les commerçants et les limonadiers, qui se gavent à outrance! Quand on veut se faire un resto, on tourne avec 2 adresses tellement tous les établissements se transforment en attrape-touristes, où on vend clairement de la merde au prix de l’or… et le pire c’est que ça commence à devenir ainsi toute l’année… Consternant!
    Marché de Noël, marché de Pâques, à quand un marché de carnaval ou d’halloween?

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